Couperet @5

King Kong TheorieCertaines de mes copines féministes contestent les termes de « crime passionnel » ou de « drame familial » quand un homme tue femme (et enfants), ex ou présente. Elles veulent ainsi dénoncer la violence conjugale comme crime particulier, considérant que ces expressions cachent un quotidien des femmes où s’exprime, par la violence sexuelle, psychologique et physique, la domination masculine. Elles proposent souvent le terme de « féminicide », comme il existe des infanticides, parricides…, dégageant le crime de toute considération sentimentale (la passion) ou le réduisant à un « drame » qui n’indique pas forcément qu’il y a mort de femme.
Dans un premier temps, j’ai trouvé la revendication sans grand intérêt et un reportage sur un homme ayant tué son ex-compagne et les parents de celle-ci m’a fait changer d’avis. Pourquoi celui-là ? Il n’a rien de plus affreux que les autres. Un homme poursuit en voiture son ex-compagne et ses parents, il leur tire dessus, froidement, et les abat tous les trois. La jeune femme avait porté plainte contre son ex-compagnon pour violence. Ite missa est. Elle l’a quitté. Il ne l’a pas supporté. Pan ! Pan ! Pan ! C’est le sort d’une femme en France tous les deux jours et demi.
Je me souviens de Despentes qui écrivait dans King-Kong Théorie que le viol est parfois considéré comme le « prix à payer » pour la liberté d’aller et de venir des femmes. Le meurtre et les violences conjugales sont-ils aussi le « prix à payer » ? Le prix de quoi ? Celui du droit à l’amour pour les femmes ? Celui d’une certaine paix sociale dans l’ordre capitaliste, patriarcal, hétérosexiste et raciste ? Et le fait que la domination masculine ait besoin de viol, de violences et de meurtres pour subsister, cela signifie-t-il que nous sommes en guerre, que les femmes qui résistent sont l’avant-garde d’une armée qui s’ignore encore ?
Quoi qu’il en soit, il est vrai qu’il est agaçant (pour ne pas dire plus) que ces crimes soient mis sur le compte de la passion. Quant à considérer qu’ils sont un drame pour les familles ? Vu le rôle de celle-ci dans l’ordre capitaliste, patriarcal, hétérosexiste et raciste, il me semble évident que ces violences et ces crimes lui sont ontologiques, un système fondé sur la domination ne pouvant que produire de la violence. Ce qui reste le plus étonnant, finalement, c’est que les femmes n’aient pas encore pris les armes… je parle de désobéissance civile, bien sûr. Bien sûr.
« Féminicide » ? Pourquoi pas ? Les choses existent parce qu’elles sont nommées. Et que l’on réserve alors le terme d’ « homicide » au sexe masculin et non à l’être humain des deux sexes. On peut dire aussi « crime patriarcal » ou « crime hétérosexiste » ; ce serait encore plus clair, non ?

Note. Je vous suggère la lecture de cet article en complément. Je l’ai trouvé quelques jours après l’écriture de mon billet. Il donne bien la position et les arguments de mes copines féministes.

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