Archives mensuelles : août 2014

Bééé @7

La machine populisteJe regardais l’autre jour un documentaire « La Machine populiste » de Jean-Pierre Krief (2007) — documentaire que je vous recommande — et ai remarqué ce qui m’a semblé un proverbe cité par Jean-Marie Le Pen, « On ne transmet que la foi que l’on a. » Je l’ai noté pour la Cocotte ; cela lui aurait fait un joli thème de billet. J’imaginais déjà qu’elle ne serait pas trop d’accord avec ça, non parce que Le Pen était sa source, mais parce qu’elle connaît nombre de paroissiens et d’ecclésiastiques qui n’ont pas tant la foi qu’ils transmettent… mais alors, est-ce la foi ou le dogme qu’ils transmettent ? Vaste débat.
Avant de proposer le sujet à la Cocotte, j’ai voulu en savoir plus sur ce proverbe. J’ai donc fait une recherche dans Google, mettant la phrase entre guillemets. Et là, surprise ! Huit résultats, pas un de plus. Et quels résultats ! L’intégrale du « discours de Marine Le Pen, présidente du Front national, lors du Congrès de Tours des 15 et 16 janvier 2011 » (deux fois), sa reprise partielle sur LCI et deux blogs liés au FN, un autre discours de Marine Le Pen toujours à Tours mais en 2007, cette fois, lors d’un congrès du FN. Plus anciennement encore, en 2005, Marine Le Pen encore, sur une plateforme programmatique du FN. On retrouve enfin la formule sur le blog d’un militant FN démissionnaire de son parti.
Par acquis de conscience, j’ai fait d’autres recherches sans trouver trace de la formule. Ce que je pensais un proverbe semble donc une simple formule du père, ou de la fille ; j’ignore lequel des deux l’a inventée. J’en suis surprise tant la phrase m’était familière. Le populisme frontiste m’est-il devenu familier ? Ça fait mal !

 

Réclamation @52

Interdiction de fumerJ’ai rendez-vous avec des amis pour dîner dans un endroit que nous ne connaissons pas, mais dont j’ai entendu parler. Il pleut en ce jour d’août très frais. Mes amis ont d’ailleurs été un peu malades et ne sont pas encore tout à fait rétablis.
La salle est bien remplie et nous ne trouvons une table que près d’une porte donnant sur une terrasse extérieure. Il fait froid à cause d’un courant d’air. Nous arrivons à trouver une autre table, mais pas beaucoup plus protégée. Je demande alors à un employé s’il est possible de fermer ces portes, qui, étant des issues de secours, pourront très bien être ouvertes par simple poussée en cas d’évacuation. Il va voir et me dit qu’il ne peut en fermer qu’une, la plus petite, car il n’est pas possible de les ouvrir de l’extérieur et des personnes vont sur la terrasse pour fumer. Ces personnes pourraient aussi sortir sur la rue, certes moins sympathique, mais nous n’insistons pas.
C’est comme cela que nous n’avons pas eu de bien agréables conditions pour dîner. Avant, dans un restaurant, le risque était d’être dérangés par la fumée et devoir changer entièrement de vêtement en rentrant chez soi. Maintenant, c’est d’attraper froid. À quand la véritable primauté des non-fumeurs sur les fumeurs ?

Vérité syndicale @15

puréeLa « lutte » est un mot qui fait partie de mon vocabulaire oral et écrit tant son versant politique est au cœur de ma vie. Sur ce blog, par exemple, je l’ai utilisé dans deux fois plus de billets qu’Isabelle, vingt pour moi, neuf pour elle. C’est donc un mot que je sais écrire… Que je savais écrire ? Depuis quelque temps, j’ai une fâcheuse tendance à l’écrire avec un seul « t », ce qui donne « lute », soit une forme conjuguée du verbe « luter », « Fermer une ouverture avec du lut » nous dit Antidote, le « lut » étant une sorte d’enduit résistant au feu. Le feu du peuple en lutte ? Je ne crois pas que mon erreur vienne de là. Je me suis donc demandé d’où cela pouvait venir.
J’ai souvent un problème avec les lettres doubles, je vous avais déjà parlé ici. Et c’est vrai qu’un ou deux « t », je ne fais pas bien la différence, visuellement s’entend. Mais ce qu’il y a de surprenant avec « lutte » et « lutter » c’est que cela ne fait pas si longtemps que je leur retire un « t ». Et, allez savoir pourquoi, ce matin (nous sommes le 7 août), la solution m’est apparue telle Marie à Marie-Bernade (je trouve le prénom plus joli que Bernadette).
Verdict ? C’est la faute des frites ! Oui, des frites que j’ai toujours écrit avec deux « t » jusqu’à ce que Pascale, avec qui je vais en manger depuis quatre ans certains soirs de judo, me reprenne. Il a lui fallu plusieurs rappels à l’orthographe pour que j’intègre que l’on mange des « frites » avec un « t » là où la « fritte » (féminin aussi) est un « Mélange de sable siliceux et de soude, qu’on fait fondre à demi, employé dans la fabrication de certains produits céramiques ou de certains verres. » Même dans un mauvais bain d’huile, la première reste plus digeste que la seconde !
Donc, ce matin, alors que j’écrivais mon billet sur les « féminicides », j’ai écrit « lutte » spontanément avec deux « t », ai pensé à « frite » et ai retiré un « t » (avant de changer ma phrase et de supprimer le mot). Étrange association, tout de même, ce d’autant que dans les manifs, les sandwichs merguez ne sont pas accompagnés de frites… C’est par contre vrai que cela fait un moment que je ne suis pas allée manger des frites avec Pascale. Ô, mon Ça, tu as été le plus fort dans ta lutte avec le Surmoi. Bravo ! Et vivent les frites !

Réclamation @51

Logo FlunchPassant devant un restaurant en libre-service, que j’avais fréquenté il y a longtemps, mais où je ne penserai plus descendre manger, je vois sur la porte en cette journée de juillet assez chaude une annonce alléchante. Les glaces sont à 1 euro une boule seule, 1,90 euro les deux boules et 2,70 les trois. Je descends, décidée à me payer un petit pot avec deux boules. Au moment de payer, l’employée m’annonce que c’est 2 euros. Je lui fais remarquer que ce n’est pas le prix affiché à l’entrée, sur la rue. Pour autant, le tarif noté sur le panneau en bas et celui enregistré sur la caisse sont de 2 euros. Elle me dit que c’est sans doute un oubli après enlèvement de l’échafaudage qui est resté longtemps. Toutefois, il a été enlevé il y a un moment et ne bouchait pas l’entrée, permettant de passer pour entrer donc de changer le panneau.
Agacée par ce qui me semble une manière assez grossière d’attirer le chaland, je regarde le site de la chaîne et trouve un formulaire de réclamation. Rapidement, je reçois un courriel du directeur de ce self. Il présente ses excuses et m’explique que les prix sont changés automatiquement sur les caisses quand il y a un changement de prix décidé par la chaîne, mais que les autocollants sur les portes ne seraient remplacés que dans quelques jours, car il n’avait pas reçus les nouveaux. Il m’indique que pour preuve de sa bonne foi, il me propose de me rembourser ou de m’offrir la même glace et m’invite à lui dire quand je pourrais passer. Après un échange de courriels, nous convenons que je viendrai le dimanche midi et serai reçue par son adjointe.
Ledit dimanche, Cécyle et moi avions prévu de déjeuner à ce self lors de ma pause repas, car je travaille pas très loin. Pour le dessert, nous demandons à l’employée des glaces où est l’adjointe. Elle n’est pas loin, avec le directeur. Je me présente, lui serre la main et le remercie. Il nous accompagne au comptoir des glaces. Je passe ma commande et Cécyle aussi, avec sa pièce de 2 euros dans la main. Au moment de payer, il indique à l’employée que c’est aussi offert. C’est une surprise et un geste très sympathique. Nous le remerciions bien et partons déguster notre glace dans un très joli espace vert à deux pas.
Rentrée chez moi, je refais un message via le site de la chaîne pour dire tout le bien que je pense de la gestion par ce directeur à ma réclamation. Je lui envoie aussi un courriel de remerciements en lui indiquant que j’ai envoyé un message via le formulaire afin qu’il soit pris en compte par les services centraux. Je précise aussi que son accueil m’a donné envie de retourner dans son self. En effet, c’était bon, pas bien cher et pas désagréable. Ce directeur m’a répondu « J’ai été ravi de vous rencontrer et votre amabilité et sincérité ont facilité également ce contact. Je suis heureux que cela vous ait donné confiance pour venir nous rendre visite régulièrement. »
Pour deux euros de glace, pour ma petite réclamation bien modique, ce directeur a pris la peine de plusieurs messages, avec amabilité et sincérité lui aussi. Je n’ose imaginer le nombre de clients mécontents désagréables dans ce self très fréquenté du centre de Paris. En tous les cas, j’ai trouvé un endroit pour manger pour un bon rapport qualité-prix dans un quartier central où pullulent les restaurants réchauffant des plats surgelés à des prix indécents.

Couperet @5

King Kong TheorieCertaines de mes copines féministes contestent les termes de « crime passionnel » ou de « drame familial » quand un homme tue femme (et enfants), ex ou présente. Elles veulent ainsi dénoncer la violence conjugale comme crime particulier, considérant que ces expressions cachent un quotidien des femmes où s’exprime, par la violence sexuelle, psychologique et physique, la domination masculine. Elles proposent souvent le terme de « féminicide », comme il existe des infanticides, parricides…, dégageant le crime de toute considération sentimentale (la passion) ou le réduisant à un « drame » qui n’indique pas forcément qu’il y a mort de femme.
Dans un premier temps, j’ai trouvé la revendication sans grand intérêt et un reportage sur un homme ayant tué son ex-compagne et les parents de celle-ci m’a fait changer d’avis. Pourquoi celui-là ? Il n’a rien de plus affreux que les autres. Un homme poursuit en voiture son ex-compagne et ses parents, il leur tire dessus, froidement, et les abat tous les trois. La jeune femme avait porté plainte contre son ex-compagnon pour violence. Ite missa est. Elle l’a quitté. Il ne l’a pas supporté. Pan ! Pan ! Pan ! C’est le sort d’une femme en France tous les deux jours et demi.
Je me souviens de Despentes qui écrivait dans King-Kong Théorie que le viol est parfois considéré comme le « prix à payer » pour la liberté d’aller et de venir des femmes. Le meurtre et les violences conjugales sont-ils aussi le « prix à payer » ? Le prix de quoi ? Celui du droit à l’amour pour les femmes ? Celui d’une certaine paix sociale dans l’ordre capitaliste, patriarcal, hétérosexiste et raciste ? Et le fait que la domination masculine ait besoin de viol, de violences et de meurtres pour subsister, cela signifie-t-il que nous sommes en guerre, que les femmes qui résistent sont l’avant-garde d’une armée qui s’ignore encore ?
Quoi qu’il en soit, il est vrai qu’il est agaçant (pour ne pas dire plus) que ces crimes soient mis sur le compte de la passion. Quant à considérer qu’ils sont un drame pour les familles ? Vu le rôle de celle-ci dans l’ordre capitaliste, patriarcal, hétérosexiste et raciste, il me semble évident que ces violences et ces crimes lui sont ontologiques, un système fondé sur la domination ne pouvant que produire de la violence. Ce qui reste le plus étonnant, finalement, c’est que les femmes n’aient pas encore pris les armes… je parle de désobéissance civile, bien sûr. Bien sûr.
« Féminicide » ? Pourquoi pas ? Les choses existent parce qu’elles sont nommées. Et que l’on réserve alors le terme d’ « homicide » au sexe masculin et non à l’être humain des deux sexes. On peut dire aussi « crime patriarcal » ou « crime hétérosexiste » ; ce serait encore plus clair, non ?

Note. Je vous suggère la lecture de cet article en complément. Je l’ai trouvé quelques jours après l’écriture de mon billet. Il donne bien la position et les arguments de mes copines féministes.

Incyclicité @13

Ligne d'arrivéeJ’ai repris le vélo, surtout en plat ou en descente. Le genou se réhabitue doucement au mouvement du pédalier. En descendant rue de Belleville, je vois de loin le feu passer au rouge. Freinant doucement, je prévois de m’arrêter au feu tricolore. Deux hommes attendent pour traverser, considérant visiblement que je vais griller le feu. Alors que je m’arrête pourtant, ils passent et me remercient de la main. Je ne pensais pas que les incyclicités en étaient arrivées à un tel point.

Bigleuse @51

TextoLa suite de l’histoire, donc… (le début est ici).
Je cherche à remplacer mon Doro EasyPhone740 parti au SAV et qui s’est révélé ne pas être un smartphone et à peine un téléphone. Mes contraintes sont les suivantes :
* Je veux pouvoir utiliser les SMS, les contacts et les fonctionnalités de base du téléphone facilement, soit avec une police de caractère qui m’est lisible.
* J’aimerais bien avoir un accès au Net via des applis lisibles pour accéder à mes mails, aux infos transport type RATP et SNCF, à un GPS qui guide mes trajets piéton, et qui me permettent aussi de « rester connectée ».
* La fonction appareil photo me plaît bien ; je voudrais en plus une radio FM, un bloc-notes, l’heure, un réveil…
* Je ne peux pas utiliser les claviers Azerty des smartphones actuels.
* Le coût des smartphones est un facteur de risque que je ne peux négliger.
Les deux derniers points suffisent à prendre l’option téléphone mais je m’accroche pourtant à l’idée d’avoir un smartphone… L’amie de Sarah, d’ailleurs, m’a dit en rigolant : « Je ne te vois pas te passer d’un smartphone »… sauf que tout bien réfléchi, je n’en ai jamais eu, le Doro n’en ayant que le nom. Pourtant, dans un autre registre, je sais que je ne pourrai jamais conduire ou rouler en vélo à Paris ; j’en ai fait mon deuil, sans souci. Pourquoi ici je ne le fais pas ? Parce que je suis une « férue de technologies », une « geek qui aime être connectée ». Un peu pour la seconde proposition mais pas tant que cela.
Alors, je ne sais pas pourquoi je m’accroche à cette idée de smartphone. J’ai demandé à Isabelle de me faire tester Petit Faune ; il ne m’a pas fallu longtemps pour l’adapter (j’ai les mêmes fonctions sur Tranquille). Par contre, toujours impossible d’utiliser le clavier et la question de son utilisation dans la rue et les lieux publics demeure. Alors… ? Je me demande si je ne suis pas blessée de me sentir exclue d’une avancée technologique qui aurait toute capacité à me simplifier la vie si tant est que ses concepteurs le décident.
Si je prends un autre exemple, l’ordinateur : dès les premiers Mac classic, Mac a intégré des systèmes résidants qui permettent aux malvoyants et aveugles de l’utiliser, et ainsi se simplifier beaucoup de choses dans la vie. Autrement dit, cette innovation d’emblée a été conçue par Apple comme un moyen d’intégration alors qu’il aura fallu vingt ans de plus à Windows pour faire de même. Devrais-je attendre vingt ans pour que les smartphones me soient accessibles ? Quand je constate que même Apple a raté cette avancée-là en ne proposant pas une alternative autre que vocale au clavier Azerty sur ses iPhone, je le crains. Eh oui, cela me blesse car cela me renvoie à ce que je ne peux pas dans un domaine qui justement est censé me donner de l’autonomie.
C’est idiot ? Je ne crois pas.

Exposer @5

Musée de la visitationEn visitant le CNCS, je vois un panneau indiquant que l’entrée d’une exposition de très belles chasubles brodées du musée de la visitation dans Moulins est gratuite avec mon billet du centre. Je demande à l’accueil du CNCS quelle est l’adresse.
Arrivée sur place, je me retrouve devant une grille fermée. Il faut sonner. Le jeune homme qui me reçoit m’indique que la visite est « accompagnée » et qu’il faut payer l’entrée. La visite gratuite est dans un autre lieu. Je sors ma carte d’étudiante, même si je vois du coin de l’œil que cela ne semble pas dans la liste des tarifs réduits. Mon interlocuteur ne bronche pas et m’accorde le tarif réduit. Il se lève et m’invite à le suivre.
Déjà, je me rends compte que je n’avais pas du tout prêté attention à la thématique du musée : la congrégation de la visitation. Peu à peu, je comprends le principe de la visite : le jeune homme me donne quelques informations sur les collections (très importantes), allume puis éteint la lumière de chaque salle et reste dans la pièce le temps que je regarde. On échange un peu, mais cela tourne souvent un peu court. Le musée est dans un hôtel particulier assez grand que nous arpentons en descendant, montant, passant d’une partie à l’autre. J’apprends beaucoup de choses, mais ne suis pas forcément à l’aise avec ce jeune homme tant il me semble assez traditionaliste coincé.
En sortant, il m’indique l’emplacement de l’exposition temporaire que j’avais remarqué initialement. C’est dans un espace tenu par la Drac, avec une autre ambiance, plus touristique. Au moins, je n’ai pas regretté ces deux visites même si c’était bien étrange.

Colère @10

TextoJe ne vous ai pas encore parlé de mon nouveau téléphone, pourtant acheté en janvier dernier. Ce fut une épreuve. C’est une épreuve. Je souhaitais changer mon vieux Nokia équipé d’un logiciel de grossissement malheureusement peu performant mais seul disponible, Mobile Magnifier, aucun téléphone quand je l’ai acheté ne m’étant lisible, conséquence directe des meilleures qualités d’écran : quand on augmente la résolution d’un écran sans augmenter le nombre de points des caractères, ceux-ci rapetissent d’autant.
Sur mon Nokia, je pouvais lire mes mails et j’avais envie de l’équivalent. Je ne peux pas utiliser les smartphones, à cause du clavier Azerty le plus souvent. Leur coût et leur attrait pour les voleurs aussi me posent problème : j’utilise mon téléphone dans la rue et les lieux publics et je ne vois jamais autrui arriver. J’ai beau avoir une belle ceinture de judo, un smartphone m’expose donc à un mauvais coup sur la tête.
J’ai donc opté pour un Doro EasyPhone740, Doro, les « téléphones des vieux », version « smartphone », censé être lisible et pratique, « pour des vieux », donc. Il s’avère que ce téléphone une telle arnaque autant en matière technologique que d’accessibilité visuelle qu’il a fallu six mois pour que ma colère s’apaise et que je puisse écrire un mail (presque) serein au fabricant, fabricant qui ne m’a pas répondu. Depuis, mon téléphone a rendu l’âme. Sept mois de vie (en sachant que j’avais déjà dû renvoyer le premier reçu ; il n’avait jamais voulu démarrer). Je l’ai envoyé en SAV pour minimum quinze jours et ai repris mon vieux Nokia. Et pour le coup, je me dis que c’est l’occasion de voir si je ne peux pas me trouver un autre téléphone…
Ce billet est déjà long. Je vous colle ci-dessous le mail envoyé à Doro pour info consommateur (je le mets en petit, c’est juste une info). La suite de l’histoire dans deux jours…

À support.fr
Bonjour,
Je vous avais demandé des informations sur la taille des polices d’affichage des SMS avant de commander en janvier dernier un Doro 740. Je vous précise que je suis amblyope.
J’ai attendu pour vous écrire tant votre téléphone et son système d’exploitation me mettent en colère. Je voudrais rester calme dans mes arguments mais je dois vous avouer que c’est chose bien difficile eu égard à la piètre qualité ergonomique et technique de ce téléphone.
Je remarque déjà que la taille des polices annoncée par votre mail n’est pas réelle. Ils me semblent plus petits, principalement en lecture. Et votre choix d’une police fine en écriture n’est guère plus judicieux. Autrement dit, si j’avais la police d’écriture grasse en mode lecture, je pourrais lire mes textos sans loupe.
Vous avez déjà lu un texto avec une loupe ?
Permettez-moi de vous dire que pour le champion du téléphone accessible, c’est un comble de ne pas être capable de proposer des polices plus adaptées.
Un autre argument pour les SMS ? Cherchez le curseur… Même des personnes voyantes m’ont dit avoir du mal à le trouver. Comment corrige-t-on un texto sans pouvoir positionner le curseur ? On efface tout et on recommence ?
Autre chose ?
Oui, autre chose; Comment pouvez-vous proposer un téléphone sans possibilité de sauvegarder un SMS en mode brouillon à des personnes qui justement peuvent avoir des difficultés visuelles à lire et écrire ? Dans le même ordre d’idées, proposer des boîtes de réception et d’envoi distinctes permet de mieux retrouver ses textos, considérant que mon acuité visuelle ne me permet pas de distinguer vos icônes d’envoi et réception. Mais peut-être ne vous a-t-on jamais dit qu’un icône n’est pas un mode d’identification aisé pour un malvoyant ?
Et ??
Oui, je note par ailleurs, pour les SMS… (sauf si je n’ai pas trouvé) des choses pourtant usuelles dans tous les téléphones que j’ai utilisés depuis quinze ans…
* L’absence d’apostrophe sur la saisie clavier sur la touche 1. Passer par la touche étoile est laborieux pour une simple apostrophe, ce d’autant que le tableau d’affichage des symboles n’est guère lisible.
* L’absence de smiley.
* L’impossibilité de mettre une majuscule à un mot (un nom propre, par exemple) en cours de saisie automatique sans modifier le mode de saisie.
* L’impossibilité d’enregistrer un nouveau contact à partir d’un SMS.
Cela fait beaucoup, pour un seul téléphone, vous ne trouvez pas ?
Si je devais prendre un dernier exemple de l’ineptie qui préside à vos choix ergonomiques, je vous renverrais à la calculette. Très jolies, les grosses touches à l’écran. Et parfaitement inutiles puisque ce pavé numérique existe sur le téléphone lui-même. Par contre, le champ de saisie et de résultat s’affiche dans une petite police. Pouvez-vous m’indiquer l’intérêt d’une calculette dont on ne peut lire le résultat du calcul ?
Le reste de l’ergonomie est l’avenant. Je vous en ferai volontiers le détail si la chose vous intéresse.
Je vous signale enfin un bogue dans le comptage des caractères en mode de saisie automatique. Faites le test, vous verrez que très vite le compteur perd les pédales à la saisie d’un caractère accentué. Quand on doit envoyer des textos à l’étranger, ce défaut de fiabilité coûte cher !
Pour l’ergonomie générale, je remarque enfin que la diode rouge indiquant que le téléphone est en charge (ce qui prend tout de même 5 heures !!) désactive la diode verte indiquant un appel ou un texto.
Je continue ?
Oui, je continue.
Côté appel (fonction de base d’un téléphone), je remarque qu’aucun icône ne signale le dépôt d’un message dans la boîte vocale. J’avais appelé votre service technique sur ce sujet, qui m’a renvoyé sur mon opérateur; celui-ci m’indique que la fonction est activée chez lui. Qui dois-je croire ?
Vu ce qui précède et ce qui va suivre, je crois mon opérateur.
Ce qui suit, donc.
Les fonctions « smartphone » ; un article de Que choisir avait indiqué que ce téléphone n’en a que le nom. Et c’est exact. Comment se fait-il que je ne puisse pas télécharger des applications connectées, comme c’est la fonction d’un smartphone, notamment celles indispensables à un malvoyant (plan, itinéraire avec géolocalisation, applications transport type ratp, sncf, aéroport, …) ?
Je peux donc appeler au secours mais pas être autonome dans mes déplacements. Vous défendez là une drôle de conception de l’autonomie.
Et ce n’est bien sûr qu’un exemple, une personne malvoyante ayant (a priori) les mêmes besoins que toute autre personne, besoin impossible à satisfaire avec ce téléphone qui ne dispose même pas d’un bloc-note !
Dernier point ?
Il faut bien que je conclue…
Les mails et la synchronisation.
Il n’est pas admissible qu’il ne soit pas possible d’envoyer des mails avec l’adresse de son choix sans un webmail qui compenserait.
Et la synchronisation ne fonctionne qu’un jour sur deux, ou sur trois… avec des messages d’erreur très bruyants. Les écarts entre la version en ligne des contacts et de la galerie ne sont pas rares. Le système bogue et se réactive plusieurs fois par semaine… Allez, je vous fais grâce de tous les autres bogues. On n’en sortirait pas.
Je conclurai en disant que ce Doro 740 est un téléphone totalement raté, que ce soit d’un point de vue ergonomique et technique. Dès que je trouve un autre modèle dont je peux lire les SMS, je me ferai un plaisir de vous le renvoyer. Il n’a pas plus de valeur que ça !
(J’envoie bien sûr ce mail à Que choisir, vous l’aurez compris.)
Cordialement
Cécyle Jung