Adieux… @13

MouchoirsJ’ai eu un gros rebond de larmes trois semaines après la mort de ma-Jeanine, rebond provoqué par la reproduction d’une situation où elle aurait dû être là, et qu’elle aimait particulièrement. Une âme bien intentionnée, témoin de mon chagrin, m’a écrit plus tard « Jeanine n’aimerait pas que tu sois triste. » Ah bon ? Pour ma-Jeanine, je n’en sais rien (je n’ai pas l’habitude de prêter des intentions aux vivants, encore moins aux morts) mais, pour ce qui me concerne, j’aimerais bien que mes amis soient tristes le jour de ma mort, et même les suivants.
Je veux un beau culte protestant, avec l’Air de la Suite n°4 en ré majeur (la fameuse !) pour commencer et la cantate BWV 147 en final. Pensez ! « Jesus bleibet meine Freude » a été donné au mariage de mes parents puis à l’enterrement de mon père. Si avec ça, mes amis ne pleurent pas à chaudes larmes, c’est à désespérer de la musique baroque. Ensuite, je veux un bel enterrement, avec fleurs et couronnes et le Requiem de Mozart (pas moins !) diffusé dans le cimetière, que les larmes non encore versées puissent arroser ma tombe et en même temps laisser filer un peu de leur chagrin. Quand ils se souviendront de moi ensuite, je veux qu’ils pleurent ou rient selon l’émotion qui vient. Et tristes, oui, ils en ont le droit ; le devoir ? En quelque sorte.
L’émotion qui vient… C’est bien là le sujet, et là que le bât blesse. Car quand on dit « Jeanine n’aimerait pas que… », qu’exprime-t-on d’autre que son propre choix de refouler ses émotions, le triste en apparence, la joie au final. Tant de personnes les considèrent comme l’expression d’une faiblesse, une sorte de lâcheté, parfois. Eh bien, je n’en suis pas, ou plus. J’ai mis dix ans à accepter l’idée qu’il était légitime que la mort de mon père me plonge dans le chagrin alors que je me la jouais « Il a choisi de mourir, papa. Trop fort papa. Pan ! un seul coup de fusil. Je respecte son choix, son courage. Je ne dois pas en être triste. » (Tout est là.)
J’en suis sûre aujourd’hui, ce n’est pas comme cela que cela marche, la mort, le triste, l’amour. Pas pour moi, en tout cas. C’est même tout le contraire. Je ne veux pas refouler mes émotions, ni le chagrin, ni la joie ; les deux vont de pair et ma plus grande force est d’être capable de les éprouver, au plus profond de mon cœur et de les exprimer, sans craindre le jugement d’autrui. Alors quand je souffre, je pleure. Cela en gêne certains. Je le comprends ; mais qu’ils ne prétendent pas me dire comment je dois me comporter et encore moins ce qu’en aurait pensé celle ou celui dont je pleure la perte. Et qu’ils ne se disent pas mes amis car mes amis, eux, ils savent accueillir mes larmes ! Vous n’avez qu’à demander à Isabelle, elle vous dira que ce n’est pas si terrible ! Quoique.
Merci Isabelle. N’oublie pas ; le Requiem !

Note : À la réflexion, merci à cette bonne âme. Écrire ce billet et réécouter ces musiques m’ont fait du bien.

11 commentaires pour Adieux… @13

  • Salanobe

    Très bon choix de musiques ! Je trouve que Air donne envie de pleurer même lorsque le contexte n’est pas triste.
    Vous ne pensez pas que les 55 minutes du Requiem, ça va être too much au cimetière ?

    • Cécyle

      Vous avez raison, c’est un peu long. Mais quand on aime, on ne compte pas… ses larmes ? 😉
      Et puis, promis, vous aurez le droit de partir avant la fin !

      • Salanobe

        J’espère bien mourir avant vous !
        Vous avez dix ans de plus que moi mais il me semble que vous avez l’intention d’être un jour au moins centenaire et je ne souhaite pas dépasser les soixante-quinze ans grand max.
        Vous serez la bienvenue à mon enterrement. En revanche, vous n’aurez pas le droit de partir avant la fin.

        • Cécyle

          Et pourquoi cette limite ?
          Je vous confirme que j’ai très envie de vieillir, en bonne santé de préférence, et autant qu’il me sera permis. J’ai dans l’idée que la vie, ça vaut le coup d’être vécu très très longtemps. Je vous dirai pourquoi quand j’aurai cent ans ! 😉

  • Salanobe

    Parce que j’aimerais mourir heureuse et en bonne santé et que passé cet âge, la probabilité que ça arrive doit être plutôt faible.

    • Cécyle

      Pour la bonne santé, effectivement il y a un âge où inéluctablement, l’état général se dégrade (sans que l’on ne soit forcément malade, d’ailleurs). Mais « heureuse » ? Je crois que l’on peut être heureux et malade, non ?
      Quand je parle de bonne santé, c’est surtout la souffrance qui me fait peur. La maladie, en soi… je suis déjà albinos ! Alors ! 😉

  • Salanobe

    Je crois que l’on peut être vieille, malade et heureuse. Je pense juste que ça ne sera pas mon cas. Mon bonheur a toujours, en grande partie, dépendu de projets et de montées d’adrénaline parfois violentes). Ça n’a rien de catégorique et je sais bien que mon point de vue peut changer avec l’âge mais je me demande bien ce qui pourrait encore me faire vibrer après soixante-dix ans.

    • Cécyle

      Il va vous falloir relire Camellia rose ! 😉
      Je crois de plus en plus que même au fond d’un lit à ne pas pouvoir bouger on peut se faire de bonnes poussées d’adrénaline… Alors pensez, si on est debout, avec un peu de mobilité ! Mais comme vous l’avez dit, j’ai dix ans de plus que vous !

  • Salanobe

    Il va falloir déjà que je le lise avant de pouvoir le relire ! 😉

    • Cécyle

      Je ne peux que vous le conseiller ! Votre libido de future femme de plus de 75 ans ne peut qu’en tirer bénéfice ! 😉

  • Salanobe

    Merci du conseil. Je le lirai, des fois que je change d’avis, surtout que ma compagne sera encore une gamine de 70 ans.

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