Gentil @2

CarottesJe rentre du judo via la ligne 2. La rame est d’un seul tenant, avec des soufflets entre chaque wagon. Chaque entrée de soufflet est encadrée par deux banquettes (une de chaque côté) parallèles à la marche.
Je monte en tête. Tous les sièges sont occupés. J’avance vers le fond de la rame et me résous à manger mes carottes debout dans un soufflet. Sur une des deux banquettes, un homme sirote une bière ; son apparence me porte à surveiller du coin de l’œil (parfaitement !) ses faits et gestes. Sur la banquette d’en face, une jeune fille s’installe. Je vois alors un casque audio par terre, l’homme le ramasse. Je mange deux morceaux de carotte de plus. L’homme se lève, jette son casque au sol entre les deux banquettes et se met à le piétiner avec une rare violence.
Il cogne avec un pied, puis l’autre. C’est impressionnant. Je le regarde, tranquille. Je n’ai étrangement pas peur. Il tangue un instant sous les mouvements du métro et l’alcool, sans doute. Il manque tomber sur la jeune fille assise sur la banquette d’en face. Elle le remet debout, sans inquiétude. Je ne bouge toujours pas. Une station passe, il piétine toujours son casque. Trois morceaux de carotte plus tard, le casque est en miette mais ni la jeune fille ni moi n’avons bougé. Sa violence n’est pas pour nous. C’est une évidence. Il finit par se rasseoir, remercie la jeune fille de l’avoir remis debout. Place de Clichy. Nous descendons tous les trois et le flot des voyageurs nous sépare.
Pourquoi je vous raconte cette histoire ? Parce que je me demande pourquoi je n’ai pas eu peur. Parce que j’ai senti que sa violence ne pouvait pas se diriger contre moi ? Parce que la jeune fille n’avait pas peur ? Et qu’est-ce qui fait que j’aurais senti cela avec justesse ? Je ne sais pas.

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