Bigleuse @49

FresqueEn partant courir l’autre matin, je découvre qu’un versant de la passerelle au bout de la rue a été peint de quatre couleurs de l’arc-en-ciel. Je trouve cela très agressif, comme peinture, et ne comprends pas de quoi il s’agit. Dans la journée, je vois des peintres sur des échafaudages. En passant, j’entends parler d’art et de « passerelle » entre les gens… Trois jours plus tard, les peintres disparaissent du paysage laissant derrière eux une double fresque que je trouve moche et oui, agressive, tapageuse, et dont le sens m’échappe.
Je me renseigne un peu. Il s’agit d’un travail initié par une association qui prend en charge des personnes en situation de handicap à travers des pratiques artistiques. Bien. Et ce projet a pour objectif d’ « Embellir l’espace public en faisant tomber les frontières entre les personnes « ordinaires » et « extraordinaires ». » Bigre. Pourquoi alors mettre des guillemets si l’on distingue les uns et les autres, pour dire qu’ils ne sont pas si « ordinaires » ou si « extraordinaires » ? De qui s’agit-il, d’ailleurs ? Comme les personnes impliquées dans ce projet sont handicapées, j’imagine que ce sont elles les « extraordinaires » et que je n’ai rien à dire. Quand même, c’est joli, non, pour des gn’handicapés ?
Eh bien non, ce n’est pas joli, et je ne vois pas (un trouble identitaire chez moi !) pourquoi le fait d’être handicapé autorise d’occuper ainsi l’espace public avec une peinture tapageuse dont le caractère artistique reste à démontrer. Vous me direz qu’à la Fiac, c’est pire. Mais à la Fiac, il faut payer pour entrer. Chacun choisit ou non de voir. On me dira ensuite que les deux 4×3 au fond sont tout aussi tapageurs et agressifs ; là, au moins, on sait que ce n’est pas de l’art et l’on peut se mettre d’accord sur la nécessité de les enlever au nom de la « pollution visuelle », notion de plus en plus en cours. On me dira enfin que sur le trajet du tram (par exemple) ont été installées des œuvres dont on peut également mettre en doute le caractère artistique.
Mettons-le, cela ne me pose aucun problème, cela fait partie du débat obligatoire à toute époque sur ce qui serait de l’art ou non. Mais dans ce cas, que l’on m’autorise à dire que ce n’en est pas, que le handicap et les personnes handicapées valent mieux que ce truc criard dont on m’impose la vue chaque matin au départ de mon déroulé. Vous avez remarqué, d’ailleurs, dès que des gn’handicapés font un travail artistique, c’est très coloré ; c’est si joyeux le handicap ; il n’y a donc aucun gris dans leur imaginaire. Ça vous donnerait même envie d’être extraordinaire, toutes ces couleurs, non ?
Je ne vois en tout cas dans cette fresque, qui ne tient même pas compte de la structure de la passerelle, que l’expression de la culpabilité latente des valides face au handicap, le tout financé par les deniers publics. Et si vous saviez où je me la mets, cette culpabilité-là ? Voilà que je suis vulgaire ! Oui, je le suis. C’est cette fresque qui me l’inspire.

2 commentaires pour Bigleuse @49

  • lekin sylvie

    La publicité ce n’est pas de l’art ?
    Ma chère Cécyle, tu es vraiment bigleuse, car tu n’as pas vu l’espace laissé brut et donc gris peut-être est ce un message de la part de ces enfants ?

    • Cécyle

      Ça doit être ça ! 😉

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