Peur @6

Bleue 4Je rentre de chez Pascale aux confins du 20e et du 19e arrondissement. Il est 22 heures 30. Je passe devant un restaurant avec des consommateurs en terrasse. Une jeune femme, 35 ans, s’approche de moi.
— Bonjour, je cherche le métro Télégraphe. J’ai raté mon bus…
Je lui indique le chemin tout en marchant. Elle dit vouloir se rendre à Châtelet. Je lui précise qu’elle peut prendre le métro à place des Fêtes, plus près. Je parle de passage sous un immeuble et de tours.
— Ce n’est pas dangereux ?
— Non, je ne pense pas. Il y a des jeunes, mais vous n’avez rien à craindre.
Elle m’explique alors qu’elle s’est fait agresser (vol à l’arraché) un soir, tard, à Bagneux, qu’elle est devenue peureuse. Je lui propose de m’accompagner jusqu’au métro Jourdain qui est sur la même ligne, une station de moins et guère plus de marche à pied. Elle est ravie. Je me la pète un peu en disant que je suis judoka, qu’elle ne risque rien. Elle rit. Elle est joyeuse, souriante. Nous bavardons sécurité des femmes dans la rue. Je lui suggère un sac à main plus petit, sans trop de choses précieuses dedans, et des chaussures qui évitent de trop signaler sa présence. Elle me raconte son agression, sans en rajouter. Nous parlons de peur, de la manière de l’évacuer de soi pour ne pas l’exhaler.
— La peur ne sert à rien. Cela gâche juste le plaisir.
J’ai des phrases, comme ça, parfois.
Elle acquiesce, me dit qu’elle allait demander à la terrasse et qu’elle ne sait pas pourquoi je lui ai inspiré confiance, qu’elle est ravie de ce trajet avec moi, qu’elle n’a pas peur. Nous sommes dans le métro. Elle me demande mon prénom.
— Cécyle.
— Moi, c’est Marie.
Et je descends à République. J’ai cru un instant qu’elle allait m’embrasser, pas sur la bouche, juste pour marquer la sororité. Tout cela n’avait vraiment rien d’un plan drague, c’était un plan « femmes solidaires face à la violence du monde ». On s’est dit au revoir, elle a ajouté :
— J’espère une prochaine fois !
Cette rencontre était si joyeuse, si simple, si tranquille. J’étais heureuse de lui avoir « inspiré confiance ». Et je me rends compte que l’on m’aborde de plus en plus souvent, pour un renseignement, un commentaire sur ceci ou cela… Deviendrais-je sociable ? Ne rêvez pas !

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