Biodiversité @4

Napoléon III — Khalifa ben Zayed al-NahyaneJ’ai entendu d’une oreille distraite puis courroucée un reportage sur la réouverture du Théâtre impérial de Napoléon III au château de Fontainebleau suite à des travaux de rénovation financés par un mécène : le Cheikh Khalifa bin Zayed al Nahyan de l’émirat d’Abou Dabi. Au départ, j’ai juste entendu « foot » associé à « donner son nom », « théâtre ». J’ai tendu l’oreille. Après cette introduction dont je n’ai saisi que des bribes, des touristes présents sur le château étaient interviewés sur la question de savoir s’il était acceptable que ledit théâtre soit désormais baptisé du nom du Cheikh Khalifa bin Zayed al Nahyan en remerciement de son action de mécénat.
C’est là que mon oreille a rougi de courroux. Se sont succédé des auditeurs faisant remarquer que cet homme avait un nom à coucher dehors, un nom imprononçable, que quand même, la grandeur de la France…, et que rien ne justifiait que l’on vole le nom de son théâtre à Napoléon III. Pour finir, un responsable du château a quand même conclu que ce baptême avait un sens au vu de l’investissement d’Abou d’Abi.
Je n’ai pas retrouvé le reportage pour mieux l’écouter mais l’impression qu’il m’a laissée est que France Info a provoqué une parole raciste et xénophobe tout à fait inacceptable. Car si le chèque en question n’avait pas été « Khalifa bin Zayed al Nahyan d’Abou Dabi » mais « Monsieur du Crétin Lyonnais » ou « Madame de la Branque Postale », aurait-on eu les mêmes réactions ? Forcément non ! Et ne propose-t-on pas à toute personne qui finance un projet d’avoir son nom associé au dit projet ? Je note d’ailleurs que, sur le site du château de Fontainebleau, il est toujours question de « théâtre impérial ».
Quant à la mémoire de la France et de Napoléon III… On honore trop nos rois et nos empereurs, même les pires esclavagistes (ici, ou ), pour jouer les vierges effarouchées devant d’autres têtes couronnées… à moins, bien sûr, d’être jaloux de leurs pétrodollars. C’est vrai qu’en France, on n’a pas de pétrole, mais qu’est-ce que l’on cultive la pensée raciste néocoloniale !

6 commentaires pour Biodiversité @4

  • Serge DAVID

    Je ne dirais pas que c’est du racisme : je pense qu’il aurait été judicieux de laisser le nom original au théâtre avec une plaque sur un mur pour remercier le donateur. Quand Notre Dame de Paris a été refaite on n’a pas mis le nom des tailleurs de pierre qui avaient restauré le monument, je sais que ce n’est pas de l’argent qui sortait de leur mains, mais de la sueur, de la motivation, du travail bien fait : il vrai que ce ne sont pas des pétrodollars. En plus l’argent du cheik, comme l’argent de tous les milliardaires, ne vient pas de son travail, mais de celui de ceux qu’ils exploitent à la limite de l’esclavage pour certain. Le nom des milliardaire n’a pas plus de valeur que celui de la personne qui nettoie son bureau…

    • Cécyle

      Napoléon III non plus ne vivait pas de son travail… ! 😉 Et j’espère que le tailleur de pierre a été rémunéré pour son travail.
      Je ne sais pas si c’est bien ou non de donner le nom du financeur à un projet. Je remarque simplement que si je donne quelque chose pour financer le film de ChrisLag (c’est l’exemple qui me vient à l’esprit), mes 5 euros me permettront d’avoir mon nom au générique. Cette pratique est donc l’air du temps. Si on l’applique, on le fait à tous, quel que soit le nom du chèque. C’était le sens de mon billet.

  • Serge DAVID

    Je pense humblement que de nos jours le don ne veut plus rien dire, on ne donne que si il y a une rétribution sous quelque forme que ce soit. Donner est peut-être ringard, mais indispensable. Le vrai bénévolat est en déroute, dans notre pays, sauf celui qui permet la photo dans la presse. Pour revenir au nom du financeur, si son don est vraiment la motivation, pas besoin de son nom au fronton, sinon c’est du sponsoring et c’est autre chose. Le sponsoring n’est pas désintéressé, et là il est juste de mettre le nom.

    • Cécyle

      Si l’on en croit Marcel Mauss, le don ne va jamais sans le contre-don… Il n’en demeure pas moins possible, à mon sens, qu’il soit désintéressé. Mais c’est là un débat finalement très moral. Que serait le désintéressement ? Peut-il être total ? Cela aurait-il un sens qu’il le soit ? Autrement dit, le don ne perdrait-il pas sa qualité de don sans le contre-don ?
      Ceci étant, pour notre Cheikh, il me semble qu’il s’agit en effet d’une action de mécénat. Que cela pourrait-il être d’autre ?

  • Psychanalytiquement parlant, le don n’appelle pas le remboursement. IL s’agit donc bien du Théâtre impérial Napoléon III, dont (oh la ! la ! « Dont », « Don » , « Cheikh », « chèque », Lacan où es-tu ? Que fais-tu ? …-tu ?) un généreux donateur a permis la restauration.

    • Cécyle

      Je suis surprise que le don soit considéré comme sans contrepartie (remboursement ?), surtout en psychanalyse. Rien n’est gratuit, dans l’inconscient… 😉

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