Dixit @9

Envoyé spécialJe suis tombée par hasard sur un « Envoyé spécial, la suite », samedi 12 avril 2014. Il était question d’agriculteurs. La chaîne les avait filmés il y a vingt ans, et revenait les voir.
Une agricultrice disait dans le reportage d’il y a vingt ans (je cite de mémoire) « Les premières années seront beaucoup de sacrifices ; dix ans, je pense ; dix ans de sacrifices. » Et dans le reportage d’aujourd’hui, elle commentait (toujours de mémoire) : « C’était les paroles d’une jeune agricultrice qui ne savait pas ; c’est toujours des sacrifices ; ce sera toujours des sacrifices »…
Je vois bien de quoi il est question, à travers ce mot de « sacrifice » : une présence sans discontinuer sur l’exploitation, pas de vacances, pas de soirées à l’extérieur, un certain isolement, une ceinture que l’on serre quand le marché vacille et que les intempéries s’en mêlent… Pourtant, le terme me choque, ou me surprend.
Cette femme disait avoir choisi son métier et ne semblait pas le regretter. Les contrariants auxquelles elle faisait référence me semblent bien des contraintes, et non des « sacrifices », en plus de ne pas forcément être considérées comme tels pour tous les agriculteurs. Un petit détour par le Grand Robert m’amène à considérer que je me trompe à rejeter le terme de « sacrifice » dans cette situation : « Renoncement ou privation volontaire (en vue d’une fin religieuse, morale, esthétique, ou même utilitaire). » Ce qui me gêne, pourtant, c’est combien l’utilisation de ce terme, sans doute à cause de sa forte implication morale et religieuse, renvoie à « avec tout ce que j’ai fait pour toi ; je me suis saigné aux quatre veines » avec la sentence qui tombe « ingrat » !
Alors oui, cette agricultrice fait des sacrifices. Mais c’est « volontaire ». On est d’accord, madame ?

2 réflexions sur « Dixit @9 »

  1. salanobe

    Je ne suis pas tout à fait d’accord. Elle pensait signer pour dix ans de sacrifices, pas toute une vie. Mais lorsque vous passez dix ans à construire quelque chose, il est difficile de cesser l’activité. Finalement, les sacrifices (volontaires) deviennent des contraintes qui finissent par peser plus que la passion du départ qui se transforme en une sorte « d’attachement » inexplicable.

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    1. Cécyle Auteur de l’article

      Bien sûr ! C’est juste le terme « sacrifice » que je trouve « connoté » même si le dictionnaire me donne tort.

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