Kendo @11

Bleue 2Monsieur C. assène parfois des sentences qui m’agacent ou me font sourire selon mon humeur. Il aime dire, par exemple, quand un judoka exprime une douleur consécutive à une posture particulière « C’est bien, tu découvres ton corps. » C’est le moins que l’on puisse dire, surtout quand la séance est rude.
Ces dernières vacances, par exemple, j’ai enchaîné le lundi un cours de Christian, un cours de monsieur C. le mardi puis un autre cours le jeudi soir, toujours avec monsieur C. Les trois cumulés, cela fait près de cinq heures trente de judo, avec peu de récupération. Le mardi soir, notamment, je suis rentrée marquée par la fatigue, un peu hagarde même la première semaine. La seconde je me suis réveillée le mercredi matin avec, de haut en bas, les cervicales en vrac, le deltoïde douloureux en traction, l’omoplate gauche coincée, la deuxième phalange de chaque annulaire tétanisée, les côtes embouties, les lombaires fourbues, mon point douloureux dans la fesse droite plus douloureux encore, une contracture inconnue dans la cuisse droite, les restes de mon entorse à la cheville gauche sensibles et les doigts de pied incapables de fléchir. C’est tout. Pas grand-chose…
Je suis allée dérouler trente minutes pour remettre tout cela en ordre. 6°, petit soleil entre les nuages, pas de vent. Les cinq premières minutes, toutes les douleurs sont remontées une à une, plus vives, puis, petit à petit, entre deux grimaces, j’ai senti les muscles se détendre, les épaules s’ouvrir. J’ai transpiré plus vite que d’ordinaire, la sueur venant comme laver contractures et autres myalgies. De foulée en foulée, je me sentais comme libérée de quelque chose, retrouvant un peu de vitalité, et le sourire ! C’était vraiment une sensation rare, comme une « reprise de possession » de ma chair, et oui, une découverte de mon corps assez délicieuse.
Après mon tour, j’ai enchaîné avec des étirements qui sont venus raviver les douleurs, puis ai pris une douche très chaude qui les a éteintes. Un grand verre d’eau. Café. Je suis assise à mon bureau. Mon corps fait de nouveau sentir sa présence. Cette douleur-là, finalement, n’est pas si désagréable… J’éprouve, donc je suis. Cela me rappelle quelque chose… ici. J’éprouve. Je suis en vie.

Envoyer un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>