Colère @8

Petit CanalIl y a un peu moins de quarante ans (j’avais 13 ans), je suis allée rendre visite à mon papa qui travaillait à Dakar. Ce fut pour moi un séjour difficile mais j’en garde beaucoup de traces, comme la visite de l’île de Gorée, point de départ des esclaves déportés vers les Caraïbes et l’Amérique dont je conserve une image qui ne correspond à aucune photo que j’ai vue depuis, quelque chose comme gravé dans ma chair.
Et le mois dernier, je suis allée à l’autre bout du voyage, à Petit-Canal, en Guadeloupe, là où les survivants descendaient des bateaux, marchaient le long d’un bras de mer, et montaient l’escalier qui les menait là où ils allaient être vendus. Et là, qu’y a-t-il ? Un sobre mémorial, en bas des marches, aucun aménagement sur le chemin, rien comme à Gorée, rien, comme un effacement de la mémoire. Mais on n’efface pas tant de souffrance et les marches sont bien là. Je les ai descendues avant de les monter et de mesurer le souffle un peu court l’ampleur du déni.
Car en haut de ces marches, frêle étape de ce parcours de souffrance, que trouve-t-on ? Une église, pardi ! Quoi d’autre ? Une église, grasse et cossue, une des plus grosses que j’ai vue en Guadeloupe, symbole de la fierté de ces missionnaires qui ont activement participé, par leurs actes et leur discours, à la mise en esclavage de millions de femmes et d’hommes, trois siècles durant, et n’ont pas fait grand-chose pour laver leur âme depuis d’une telle souillure.
Une église, comme un furoncle qui masque de sa fatuité ce crime contre l’humanité qui ne dit pas encore son nom. Une Église, celle-là même qui se gausse de ses missions humanitaires pour cautionner depuis des siècles les pires exactions contre le genre humain. Une Église… Ça vous donne envie d’une galette ? Eh bien moi, ce sera « dans ta gueule », l’Église, que je te la colle, et « dans tes fesses », la couronne sans frangipane ! Deviendrais-je grossière ? Oui. Je n’ai que cela pour l’instant pour m’indigner. Mais gare à toi, l’Église. Il se peut que je me trouve d’autres armes.

 

4 réflexions sur « Colère @8 »

  1. Locks971

    « Une église, comme un furoncle qui masque de sa fatuité ce crime contre l’humanité qui ne dit pas encore son nom ».
    Voilà des mots qui résonnent presque aussi forts que des maux. Cela m’émeut et me laisse moi sans mot mais toujours avec les miens, de maux.
    Comme quoi le temps n’efface pas tous les mots/maux.

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    1. Cécyle Auteur de l’article

      Je suis touchée d’avoir su exprimer ta colère, notre colère.
      En programmant ce billet, je n’avais pas conscience de la date de sa publication. Le 4 février. Cet anniversaire de la première abolition de l’esclavage (sans indemnités, pour celle-là !) est-elle commémorée à Petit Canal ?

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  2. Locks971

    Ici, jusqu’à maintenant, la date de commémoration qui est retenue est celle du 27 mai, correspondant à « l’abolition de l’esclavage » définitive car pour mémoire, après avoir été une première fois aboli le 4 février 1794, l’esclavage a été rétabli en 1802 par Napoléon 😉
    Et pour moi, il s’agirait plus de douleur que de colère. Lorsque viendra la colère, j’espère être alors prête à la faire créatrice.

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    1. Cécyle Auteur de l’article

      Ah ! Napoléon. Je lui colle les noms d’oiseau qui s’imposent chaque fois que je passe à proximité de son tombeau. Il essaie de s’excuser mais je t’entends rien. Il n’est pas temps, en effet.

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