Pauvres chéris ! @3

Le texte dans tous es étatsLe Centre LGBT Paris-IDF m’a invitée à animer quatre soirées littéraires (un atelier d’écriture, un jeu textuel, un jeu de piste et un pique-nique littéraire — le détail est ici) cet été, puis à organiser une session de rattrapage pour le jeu de piste plombé par la canicule. La « comm’ » a été faite sur mon nom et, bien que tout ait été annoncé comme mixte avec des références à la culture gay (j’y avais pris soin), hormis pour le pique-nique, les garçons n’ont jamais représenté plus de 10 % des effectifs.
Il est vrai que l’écriture est plutôt une activité « féminine » mais, renseignement pris, un atelier organisé par un garçon au Centre rassemble au moins 30 % d’hommes. Alors ? Un ami venu au jeu de piste m’a posé cette question avant de s’inscrire :
— C’est aussi pour les garçons ?
Pourquoi non ? Parce que je suis une femme ? Il a convenu qu’il n’aurait pas posé la question à un homme. Ma conclusion ? La faible participation masculine est l’expression d’un sexisme que je trouve de plus en plus manifeste au sein du mouvement LGBT qui, en déplaçant l’homophobie de ses fondements hétérosexistes pour en faire une affaire de mauvais sentiments sur fond d’adhésion au modèle patriarcal à travers l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, renforce les clivages de genre au lieu de les déconstruire (ce qui était sa vocation politique initiale, à mon sens). Joli paradoxe ! D’ici à ce que la roue tourne, on en verra d’autres.

6 commentaires pour Pauvres chéris ! @3

  • salanobe

    Qu’est-ce qui était à votre sens la vocation politique du mariage des couples de même sexe ? Renforcer les clivages ou les déconstruire ?

  • Cécyle

    « L’égalité des droits » a été le seul mobile avancé par des défenseurs du mariage pour tous sans que l’on ne sache vraiment ce qu’elle signifiait. À mon sens, l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe n’est pas autre chose qu’une mesure de coercition sociale destinée à produire de l’ordre (sous-entendu patriarcal et hétérosexiste), donc valider les clivages. Certains ont argué que cette ouverture permettrait de déconstruire le mariage (donc les clivages de genre). Je n’y crois pas une seconde. Je verrai ce que disent les faits dans les années à venir ! 😉

    • salanobe

      Je pense que le mariage, quel qu’il soit, est effectivement destiné à produire de l’ordre. Et, si on se fie aux pays qui ont adopté le mariage pour les couples de même sexe depuis plusieurs années, je n’ai pas l’impression que ça ait bouleversé le système patriarcal.
      Cependant, je me dis qu’au moins, les femmes pourront établir une filiation de façon officielle, acquérir ou transmettre un patrimoine et certainement faire d’autres choses auxquelles je ne pense pas forcément, là, sans aucun homme dans les pattes. Et quand je dis dans les pattes…
      Enfin, du moins j’espère. Je lisais des trucs sur les sociétés matrilinéaires et j’ai l’impression qu’il n’y a jamais de système où la femme puisse réellement, totalement être indépendante (soumise) à l’homme.
      Pour ce qui est du clivage des genres, je penserais même que l’ouverture du mariage des couples de même sexe ne risque que de le renforcer.

      • Cécyle

        Pour que les femmes puissent se reproduire sans homme, il faudrait une reproduction sans spermatozoïde. La science semble nous y mener. Pour une filiation sans homme, cela me paraît compliqué, même avec l’adoption. Car finalement, c’est quoi « un homme dans la filiation » ? Une personne de sexe masculin ou une personne qui « épouse » le genre « homme » dans la filiation ?
        J’ai souvent remarqué (ce n’est qu’une observation très partielle) que dans les couples lesbiens où l’enfant est conçu par insémination avec donneur anonyme, celle qui n’a pas porté l’enfant se sur-investit dans la fonction parentale avec un rôle très maternel (éducation, soin, etc.), celle qui a porté l’enfant se retrouvant dans une « posture paternelle », en sachant que ce « maternel » et ce « paternel » correspondent aux rôles tels que définis par l’ordre hétérosexiste.
        Cela m’a toujours surpris, cette composition des genres. Et, je le répète, mon observation est partielle. Je ne porte bien sûr aucun jugement sur cela, notamment pas en ce qui concerne le devenir de l’enfant, qui lui tirera forcément son épingle du jeu (c’est toujours lui le plus intelligent, dans ce genre d’affaire ! 😉

        • salanobe

          Je ne connais pas de couples qui ont eu recours à l’insémination pour avoir un enfant mais peut-être que plutôt qu’un « rôle maternel » et un « rôle paternel », c’est le fait que la mère qui n’a pas porté l’enfant se sente moins légitime et donc s’investit d’avantage dans le rôle de mère pour « s’approprier » l’enfant.

          • Cécyle

            Vous avez sans doute raison mais dans ce que j’en ai perçu, la mère qui avait porté l’enfant semblait vraiment incarner une figure paternelle.

Envoyer un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>