Ils @3

mariage Petit Mouton Lapin crétinIl m’arrive parfois, quand mes utopies politiques sont un peu en panne, ou en manque trop cruel de réalité, de me bercer d’illusions. C’est bon aussi, de se bercer, même si l’on sait au fond de soi que trop de balancements peuvent nous éjecter à tout moment. Même si l’on sait… Oui, parfois, je sais d’avance ; parfois je ne sais pas (ou ne veut pas savoir mais ce n’est pas le sujet).
Dans les choses que je sais, il y a que l’institution, toute institution, de la plus petite (le couple institué) à la plus grande (État, organisation internationale) développe une sorte de « vie autonome » par rapport aux individus qui la composent. Au-delà de son objet, elle est elle-même corps vivant et se comporte comme tout corps vivant : elle doit se nourrir, se protéger, grandir, se reproduire, tenter par tout moyen de vaincre la maladie et mourir le plus tard possible.
Les individus qui composent cette institution peuvent donc être considérés comme les chevilles ouvrières de ce « corps social » : ils l’alimentent, tricotent ses pulls pour l’hiver, font battre l’éventail pour lui donner un peu de fraîcheur, provoquent des lésions, pansent ses plaies, la font enfanter plus ou moins dans la douleur des fils indignes ou des filles prodigues et, le jour venu, pleurent sa mort avec fleurs et couronnes.
Voilà ce que je sais. Et mon utopie est que l’on vive sans institution, que le « faire ensemble », à toutes les échelles, puisse se désinstitutionnaliser. À défaut, je nourris parfois l’illusion que les personnes puissent prendre le pouvoir sur l’institution.
Ces dernières années, par exemple, j’ai fréquenté une institution composée de personnes particulières, de celles qui ont conscience que l’amour est loi d’airain et que l’on peut partager son humanité sans que l’institution n’en suce la sève. J’ai espéré que nos partages interindividuels soient au final les plus forts et que nos actions communes ne soient jamais corrompues par les enjeux institutionnels. Perdu ! Dommage… Oui, dommage. Mais sans doute que l’envie d’aller me faire bercer ailleurs n’est pas étrangère à cette illusion que je viens de lever.
Vais-je gagner face à l’institution, cette fois ? J’y crois ; sinon, je n’irais pas. Et je suis heureuse d’y croire. Toujours. Y croire.

8 commentaires pour Ils @3

  • salanobe

    Vivre et faire ensemble, sans les institutions, ça voudrait dire un monde sans règles. Ce serait l’anarchie !
    En fait, si j’ai bien compris, vous reprochez aux institutions de prendre le dessus sur l’individu, c’est ça ?

    • Cécyle

      Il ne me semble pas nécessaire d’institutionnaliser pour qu’il y ait des règles de fonctionnement. Et l’anarchie, ce n’est pas le bordel. Il s’agit avant tout de concevoir un mode d’organisation qui ne soit pas fondé sur un système de domination. C’est une utopie, bien sûr, mais je crois qu’il est possible de s’en approcher, notamment dans les relations interindividuelles de type « relation amoureuse ou amicale » ou « réseau personnel ».
      Et oui, je reproche aux institutions d’opprimer les individus et aux individus de participer à cette oppression sans même se poser la question de son existence. À l’échelle de la société, on n’a guère le choix mais on a toujours des marges de manœuvre, notamment celle, minimale à mon goût, d’avoir conscience de l’existence de ce qui se joue dans l’institution.

      • salanobe

        J’employais bien le mot « anarchie » au sens politique du terme, pas particulièrement dans l’emploi péjoratif de ce terme, même si je n’en partage pas l’idéologie politique.
        Je crois que les institutions, qui en général régulent les relations privées, sont souvent remplaçables par le bon sens et la bienveillance de l’être humain (si si, j’y crois).
        Ce que l’on peut reprocher aux institutions, c’est qu’elles finissent par vouloir mettre l’homme à leurs services, plutôt que l’inverse mais avec un peu de clairvoyance, il est également possible de se servir de ces institutions sans se laisser berner par ce que l’on veut nous faire croire.
        « A l’échelle de la société, on a guère le choix » et j’ai envie de dire, tant mieux. D’ailleurs, je le dis, tant mieux ! 😉

        • Cécyle

          Ce n’est pas « qu’elles finissent par », c’est que c’est dans leur nature. D’où mon idéal de supprimer toute institution pour créer un autre mode d’organisation. Mais, contrairement à vous, je suis en effet anarchiste ! 😉
          Et ce non-choix dont je parle, c’est dans le monde d’aujourd’hui. J’espère toujours qu’un jour on aura le choix de déconstruire les institution pour créer ce monde sans système de domination auquel j’aspire.

  • Cyrille

    Croire en l’amour, s’autoriser à le vivre, dépasse n’importe quelle institution, même une institution qui veut faire de l’amour une institution.
    L’être humain est un animal social qui crée des structures pour vivre. Pour quoi (et non pourquoi) les crée-t-il? Chaque génération doit se poser la question, pour déstructurer, pour reconstruire et là encore pour quoi?
    Tout en acceptant des temps d’incertitudes.
    Tu n’as pas été, tu n’es pas et tu ne seras pas une Pharisienne !
    Nous ne pouvons que te souhaiter le meilleur !

    • Cécyle

      Si l’amour suffisait, cela se saurait ! 😉
      L’amour s’institutionnalise, comme le reste, mieux même que le reste, et est un puissant agent coercitif. Et combien de violences « par amour », « au nom de l’amour » ?

  • Locks971

    L’âne Archie (Bouh, ok pas terrible !) clame haut et fort son innocence et nie toute implication dans cette affaire ;-).
    Plus sérieusement, je comprends qu’une telle utopie fasse peur… Pour ma part, elle m’effraie… Mais j’ai tellement envie d’y aller que je crois que j’y vais. De toute façon, je ne crois pas qu’on soit sur terre pour être tranquille. Et puis il y a mon côté un peu (fée)rosse…Alors quand on me dit de ne pas y aller…
    Moi je dis il faut que ça bouge ! Et par définition, les institutions, ça ne bouge pas !
    Et puis j’aime mon âne Archie 😉

    • Cécyle

      Pour l’âne, il suffit de changer le « haine » en « aime », et de laisser notre âme gouverner… Zwèl ! 😉

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