Soldes @7

Nuit du 4 août 1789 – Dessin de Monnet, gravé par Helman — Assemblée nationale

Un article de Que choisir sur les « Ventes privées de voyage » en ligne me rappelle que cela fait longtemps que je voulais faire un billet sur ces « Ventes privées » que j’exècre. Le verbe peut sembler un peu fort pour une simple opération commerciale, même si d’aucuns y laissent parfois la vie. Ce qui déclenche mon indignation, dans ces « ventes privées » c’est l’idée que l’échange commercial peut avoir ses privilégiés, comme s’il était un acte si magnifique, si important, qu’y accéder de manière privilégiée serait un honneur. Et, dans cette histoire, le privilège est accordé sur la fidélité commerciale (réelle et supposée).
Voilà ainsi atteint le paroxysme de la société de consommation, quand le commerçant fait croire à son client qu’il est un privilégié à consommer, qu’il est mieux traité que son voisin, parce qu’il a été choisi, parce que consommer est ce que l’on peut faire de plus valorisant, et qui donne du sens à la vie ! Je pourrais ici parodier le pasteur de l’Oratoire du Louvre et suggérer que l’on ne consomme pas pour donner du sens à la vie, mais que l’on consomme parce que notre vie a du sens… Ce n’est pas mal, finalement, comme idée.
Alors, même si l’on peut y faire des affaires, je ne mettrai jamais les pieds dans ces ventes pour privilégiés ! Et je publie ce billet un 4 août… Un minimum.

12 commentaires pour Soldes @7

  • Cécyle

    En fait, nous sommes le 5 août ! Bah ! les privilèges, cela s’abolit tous les jours ! 😉

    • Petit Koala

      C’est bien vrai, c’est pour ça que j’ai modifié la date et pis ça m’arrangeait dans ma programmation. Foi de hacker !

      • Cécyle

        C’est donc toi, Petit Koala ! Tss… 😉

  • Bonsoir,
    une petite question: qui doit on incriminer dans ce cas ? Le commerçant qui impose une technique de vente effectivement totalement hypocrite, ou le consommateur qui impose de plus en plus d’être traité comme un roi ?
    D’ailleurs, l’adage « le client est roi », est très prisé du client lui-même… La nuit du 4 août aurait-elle juste déplacé les privilèges alors ? et le Français serait-il alors simplement nostalgique du « bon vieux temps » (je précise, c’est une ironie de ma part) ?

    • Cécyle

      Je ne suis pas économiste mais je pense que c’est l’offre qui crée la demande. Nous avons notre responsabilité, bien sûr, et l’on peut résister au rouleau compresseur du capitalisme libéral en refusant le mode de consommation qui nous est proposé mais tout est fait pour que l’on ne résiste pas. Je ne parle pas uniquement de publicité, mais bien d’un système global auquel même les politiques publiques participent. Le consommateur est en effet dans la toute-puissance, comme la personne dans sa vie sociale, familiale, affective. On flatte ses bas instincts à tout bout de champ. Et on licencie dans les entreprises qui font du profit. On ne peut pas toujours agir contre cela mais on peut résister. À chacun ses choix !

  • Effectivement, il y a une véritable corrélation de va-et-vient entre l’offre et la demande. Cependant, que l’offre crée la demande, ça se discute fortement dans le sens où c’est aussi la demande qui crée l’offre. Chacun est moteur à tour de rôle à mon sens, ce qui fait que nous sommes dans une société de consommation frénétique, où l’escalade vers LE produit n’a aucune limite. Mais j’en reviens toujours à la constatation que sans client, il n’y aurait pas d’offre, non ? Justement, « flatter les bas instincts » revient simplement à proposer ce qui est réclamé profondément. Et ne serait-ce pas là que le bâts blesse ? Quel mal nous ronge, nous tous qui composons cette société dont il est question, pour être toujours dans cette quête perpétuelle et inassouvie de consommation en tout genre, d’acquisition à tous les niveaux puisque même l’Autre devient objet, une « chose », façon George Perec, à conquérir, garder, conserver, posséder. Donc je reprends vos termes : « à chacun ses choix » et loin d’être victimes, nous sommes bel et bien responsables du rouleau compresseur que vous mentionnez qui permet l’apparition et le développement de ce marketing prônant l’élitisme.

    • Cécyle

      Oui, à chacun ses choix mais certains ne l’ont pas. Je crois que vous négligez l’aspect idéologique et culturel des choses. Althusser en son temps parlait des « appareils idéologiques d’États » pour les opposer aux « appareils répressifs d’État », les deux faisant la paire. Nous sommes en plein dedans.
      Et c’est difficile de ne pas consommer, de refuser de jouer le jeu de Noël, de la fête des mères, de la Saint Valentin… Car c’est aujourd’hui là que se tisse le lien social, dans la famille, le cadeau qui vaut cher, la preuve plutôt que l’amour. C’est dur de s’extraire de tout cela. On en prend plein la tête. Et comment reprocher aux gens de choisir la solution de facilité, de chercher à être dans la norme ? Les homos ont bien cherché à se marier… Alors ?
      À chacun ses choix ; mais la dissidence est un combat. Et tout le monde n’a pas forcément envie d’être un petit soldat.

      • Oui c’est difficile mais qui a dit que la vie est facile ?
        Alors dans ce cas, chacun peut se poser la question suivante : qu’est-ce qui rapproche le plus du Bonheur, vivre dans la norme ? Alors que celle-ci, vue comme une solution de facilité plutôt rapide, aboutit le plus souvent à des contraintes pesantes, où effectivement des idéologies diverses et variées nous sont imposées pour nous soumettre, ou bien lutter pour devenir soi-même et s’épanouir en tant que tel ?
        Évidemment, tout le monde ne ressent pas l’envie de se lancer dans l’affrontement, mais tout le monde reste responsable de sa vie, et de ses choix, encore faut-il en faire, à un moment donné.

        • Cécyle

          Non, la vie n’est pas facile mais certains ne sont pas dans une posture sociale, économique, affective, culturelle qui leur permettrait de faire ce choix. Certains n’en ont même pas l’idée. D’autres ont l’idée mais pas les moyens, ou pas le courage, tout simplement.
          Ceci pour dire que si je ne partage pas leur non-choix, je n’ai pas envie de leur lancer la pierre, ni de juger leur attitude. C’est leur choix, ou leur non-choix, leur vie. La mienne, et les choix qui vont avec, ne vaut pas mieux, sauf pour moi. Et si je critique l’ordre social, ce n’est pas parce que j’ai envie de dire la vérité, juste ma vérité. Pas plus. Pas moins. Car je refuse d’opposer une norme à une autre. La visée totalitaire serait identique.

          • Oui, tout à fait Cécyle. Par ailleurs il n’a jamais été question de jeter la pierre à qui que ce soit en l’occurence car il est clair que personne ne détient LA vérité.
            Cependant, pour l’expérimenter au quotidien, je persiste tout de même à penser que, dans notre société de consommation, le diktat imposé par le client existe aussi, tout comme celui du commerçant. Je ne pense pas qu’on puisse remettre une seule partie du système en question.
            Au passage, je profite de ma petite réponse pour vous remercier de vos références qui me font toujours autant plaisir à lire, voire à approfondir. C’est toujours bon de s’instruire 🙂
            Bonne nuit à vous.

          • Locks971

            Votre échange m’a rappelé cette question fondamentale de mon enfance : Qui de la poule et de l’oeuf fut le premier ? Et la faute à qui (non ce n’est pas celle à Voltaire cette fois-ci…)?
            Je ne connais la réponse ni à cette question, ni à celle dont vous discutez, justement parce que je pense que la relation est la même entre le « consommant » et le « consommé » qu’entre l’oeuf et la poule.
            Ceci dit, en y réfléchissant, je préfère être une poule (voire une poulette 😉 et sortir de l’obscurité d’un oeuf, qu’être un oeuf et sortir de l’obscurité du…
            Hum ! Pas sûre finalement que mon intervention fasse avancer les débats. Désolée.

          • Cécyle

            @L-connection. Bien sûr qu’il y a des gens puants ! Des gens qui sont dans une toute-puissance insupportable. J’insistais juste sur le fait qu’en l’espèce, c’est le « système » qui est en cause, qu’il vient de très très loin et est inscrit très très profond en chacun de nous… et sans doute que si on le change, le « système », ces mêmes gens seront tout aussi puants et suffisants. Parce qu’il y a des gens comme ça… aussi.

            @Locks971. Oui, la position de la poule me semble la meilleure. Surtout si une renarde rôde ! 😉

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