Adieux… @7

Dans le numéro d’été de Philosophie magazine, je lis un entretien avec Imre Kertész, prix Nobel de littérature. Cet échange est très intéressant et surtout avec des passages d’une grande sensibilité, notamment quelques lignes à la fin :
« Vous avez cessé d’écrire l’année dernière. La maladie ne vous laisse-t-elle donc plus de répit ?
— Je souffre beaucoup, c’est vrai, pourtant, j’ai une raison précise de supporter ces souffrances, de ne pas en finir plus rapidement. Pensez aux suicides de Primo Levi, de Tadeusz Borowski ou de Jean Améry, à tous ces survivants des camps qui se sont donné la mort. Je ne veux pas ajouter mon nom à cette liste. Je ne veux pas qu’on puisse dire que j’aurais exécuté moi-même la sentence. C’est pourquoi je tiendrai jusqu’au bout. »
Ces mots sont d’une grande force. Ils s’élèvent contre le pessimisme, la déprime, le suicide… Ils sont durs et expriment beaucoup de souffrance, mais sont magnifiques. Ils me touchent énormément.

12 commentaires pour Adieux… @7

  • Locks971

    S’agit-il là d’un choix, ou ne meurt-on pas simplement comme on a vécu, dans la résistance, dans l’oppression, dans la résignation…?

    • Cécyle

      Je viens de lire « La question », de Henri Alleg. Lui dit un moment qu’il refuse de se suicider pour ne pas faire cadeau de sa mort à ses bourreaux, persuadé qu’il est qu’ils vont à un moment ou à un autre le tuer… Se suicider ou non, quand on souffre, peut être un choix ; ou ne pas en être un. Cela dépend de tellement de chose ! Ce peut être tout autant un acte de résistance ou de renonciation. Comment savoir ?

    • Isabelle

      Je pense que l’on peut aussi évoluer dans la vie. J’ose croire que c’est rarement du grand courage à la complète lâcheté, mais plutôt, même si c’est rare, l’inverse. Ce qui est plutôt rare est le grand courage tout court.
      Je crois que quelqu’un peut résister pour des raisons très différentes.
      Il y a quelques années, j’ai lu un livre de Philippe Breton qui avait inventé un néologisme, refusants, pour parler de ceux qui collaborent à un système répressif ou guerrier, mais réagissent quand sur un point ils ne sont plus d’accord, juste une situation précise qu’ils n’acceptent pas alors qu’ils sont partie prenante du système. La gamme est variée de ce qu’il est possible d’accepter ou non.

      • Cécyle

        Je me suis toujours demandé si le courage existait ou s’il était simplement le fruit d’un concours de circonstances dans un état de nécessité ?

  • Locks971

    Ce sont finalement différentes réactions en réponse à une situation qui n’aurait jamais dû être… Toutes ayant pour seul but d’échapper à… Mais honnêtement, l’une d’elle (survivre, se suicider, lutter, résister, collaborer…) a-t-elle résolu quoi que ce soit ?
    Si seulement cela pouvait garantir que nous ne recommencerons pas.

    • Isabelle

      Loin de « résoudre », il s’agit de ne pas laisser faire et de pouvoir assumer ses actes. Sinon, autant être nihiliste, voire cynique.
      Se suicider peut être un acte de courage ou de lâcheté. Kertész fait preuve de courage, un courage qui ne résout rien, mais qui lui apporte tout.
      Aujourd’hui, par le hasard de notre naissance, nous ne sommes pas dans un pays en guerre, mais pourrions choisir de lutter contre un régime totalitaire ici ou ailleurs. Sommes-nous lâches de ne pas y aller ? De ne pas prendre les armes dans des guerres où des individus sont massacrés ?

      • Cécyle

        Tu veux dire Isabelle que nous ne sommes pas un pays occupé ? Car en guerre, nous le sommes et nos armées interviennent dans des pays totalitaires…
        Quant à savoir ce que l’action résout, ou non… Elle dit notre humanité. C’est peut-être ça, ce qu’il y a à résoudre. La vie. Et ce que l’on en fait.

  • Locks971

    Je ne crois pour ma part pas au courage en tant que tel. Pas plus que je ne crois d’ailleurs à la lâcheté, la honte ou la fierté. Nous émettons, a posteriori un regard, un avis, un jugement, sur une femme, un homme, un acte, des mots… La plupart du temps, les gens que nous trouvons courageux ne voient pas les choses comme ça. Pour eux, c’était naturel…
    J’aime ce mot : « naturel, conforme aux lois de la nature ». Et c’était aussi simple que ça 😉

    • salanobe

      De manière un peu instinctive, alors ? Je ne suis pas tout à fait d’accord. Je pense que ça peut être le cas mais que la plupart du temps, les gens sont quand même conscients de la valeur de leurs actes, pensées, paroles… du moins je l’espère. En ce qui me concerne, j’ai envie d’être totalement responsable (en valeurs morales) de ce que je peux dire ou faire parce que ne pas avoir conscience que ce que l’on fait est courageux ou lâche, au moment où on le fait, c’est ne pas avoir de notion de bien et de mal.
      Le courage, c’est peut être justement lorsque ce n’est plus normal, instinctif ou dans l’urgence mais que c’est réfléchi, en mesurant les sacrifices que cela va entraîner et que malgré tout on fonce. Pareil pour la lâcheté.
      « Le fruit d’un concours de circonstances », sûrement mais « dans un état de nécessité » peut être pas forcément.

      • Locks971

        Dans une situation normale, je tendrais à être d’accord sur le fait d’agir de manière responsable, mais pas sur le fait d’y associer le bien ou le mal qui font appel, à mon sens, à des critères personnels.
        Ce que nous appelons courage, ne serait-ce pas le fait de répondre de manière naturelle, c’est à dire dans le sens de la vie, à une situation qui ne l’est pas. Car cela veut alors dire que notre « humanité » brille encore malgré des circonstances difficiles.
        Ce que je remets en question finalement, c’est que l’on en fasse quelque chose d’exceptionnel, c’est à dire hors la norme, alors qu’en réalité c’est l’état naturel de l’homme que d’agir dans le sens de la vie.
        Ceci étant dit, et après réflexion, si le courage existe, j’y mettrais chaque pensée, chaque mot prononcé, chaque acte qui nous éloignent de notre zone de confort et où nous acceptons de confronter nos peurs, nos doutes, mais surtout nos certitudes, à la vie que nous menons au quotidien. Sortir des sentiers battus, là où chaque pas est incertain.

    • Cécyle

      Merci à l’une et l’autre pour vos commentaires… je n’ai pas de positions arrêtées… à part peut-être que je ne crois pas une seconde à l’existence d’une « loi de la nature » pour les humains ; je suis trop imprégnées des « lois de la culture » ! 😉
      La « loi de la nature » justifie à mon sens trop de propos réactionnaires et totalitaires (je sais bien que ce n’est pas votre cas Locks ! 😉 pour que je puisse en prendre mon parti, même ponctuellement. Je dirais plus volontiers que ces gens que nous trouvons courageux et qui ne s’estiment pas tels ont agi parce qu’ils n’avaient pas le choix.

      • Locks971

        C’est exact Cécyle, il existe certains mots qui ont fait et font encore tellement de mal qu’il convient de ne pas les utiliser. « Naturel » en fait partie.

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