Bigleuse @32

Cinquante ans d’amblyopie et je n’avais jamais utilisé un téléagrandisseur ! C’est sans doute parce que j’ai tendance à m’adapter plutôt qu’à chercher des outils pour me simplifier la vue. L’accueil que j’ai rencontré à la médiathèque Marguerite Yourcenar méritait que je profite de l’opportunité de tester ce matériel dans des conditions réelles de travail. Ah ! le facteur humain.
Après avoir pris rendez-vous, j’ai mis dans mon sac Tranquille, équipé d’un traitement de texte, un bloc papier, un stylo, mes lunettes et mon compte-fils. J’ai été accueillie avec la même gentillesse que la première fois et, guidée par un bibliothécaire, je me suis installée avec le Grevisse pour écrire un article du LexCy(que) sur « Demi-heure », en lecture ici.
La première remarque qui me vient à l’esprit suite à cette expérience est que, si cet outil m’a permis de travailler dans de bonnes conditions, il m’a néanmoins demandé une bonne dose d’adaptation.
* Premier écueil : trouver la bonne page. Il suffit pourtant d’en lire le numéro… Malheureusement, l’espace sous le téléagrandisseur ne permet pas de tourner les pages. J’avais donc eu du nez d’emporter mon compte-fils (à droite sur la photo) afin de lire les numéros de pages hors téléagrandisseur puis, replacer le livre une fois celle-ci trouvée.
* Deuxième écueil : choisir entre le confort visuel et le confort intellectuel. Un téléagrandisseur est une grosse loupe qui projette sur un écran l’image capturée par un système vidéo. C’est à l’utilisateur de régler le niveau de grossissement. La taille de caractères à l’écran qui m’est confortable visuellement à une distance de vingt centimètres ne permet, dans le cas du Grevisse, l’affichage que de deux tiers de la ligne. La lecture suppose donc de déplacer en permanence le plateau sur lequel est posé le livre. Celui-ci est très réactif mais à chaque ligne, je ne dois pas la perdre, trouver la suivante… Bien que bigleuse, je suis comme tout lecteur : j’ai besoin d’un certain empan pour comprendre ce que je lis et le fait de devoir naviguer horizontalement en permanence, en plus de donner la nausée, ne permet pas de se concentrer sur le texte. J’ai donc dû choisir un niveau de zoom où j’ai toute la largeur du texte à l’écran, mais où je dois tendre l’œil pour lire et zoomer pour voir certains caractères (comme les chiffres). Cela reste néanmoins plus confortable d’une simple loupe.
* Troisième écueil : le poste de travail. Celui de la médiathèque n’est pas équipé pour un bon confort d’écriture. Le téléagrandisseur est posé sur une table simple. La chaise n’a pas de roulettes. Je devais donc poser Tranquille à droite, déplacer ma chaise quand j’écrivais, revenir devant l’écran pour lire. L’idéal serait sans doute un poste un L, avec une chaise mobile, et un plan d’écriture inclinable et réglable en hauteur selon les besoins de l’utilisateur… J’en ai parlé à mes bibliothécaires préférés. Ils y ont été sensibles.
Je conclurai que l’expérience était positive et je retournerai travailler à la médiathèque. Son stock de dictionnaires et de grammaires devrait me permettre d’enrichir mon LexCy(que). Quant au fait que je dois m’adapter… « Pages », le traitement de texte Mac que j’ai installé sur Tranquille, a un zoom deux doigts qui ne redimensionne pas la longueur des lignes au grossissement ! Bah ! il suffit d’augmenter la largeur des marges et réduire ainsi celle du texte. Comment ? Ce n’est pas dans la doc ?
Demandez-moi, quand vous n’arrivez pas à lire ou faire quelque chose. C’est une façon de penser le monde, l’adaptation, quelque chose qui ressemble à « prendre le biais », « inverser la question », « changer la perspective ». C’est un peu usant, au quotidien, mais au final, qu’est-ce que c’est chouette de trouver la solution pour arriver là où la bigleuserie aurait dû atteindre sa limite. Nagerais-je en pleine toute-puissance ? Ce n’est pas ma faute, Jacques ; chez moi, c’est génétique !

Envoyer un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>