Bigleuse @31

Par l’intermédiaire d’une association d’aveugles et malvoyants, j’ai pu bénéficier d’un « bilan gratuit » dans un centre basse vision financé par une grande marque d’opticiens. J’y suis allée avec l’idée de me renseigner sur les nouveaux matériels adaptés, considérant qu’un bigleux averti en vaut toujours deux. J’avais rendez-vous avec une orthoptiste et un opticien.
Ma visite à la première m’a très vite surprise : une lampe très blanche éclairant un pupitre, des exercices de lecture sur des supports aux typos pâteuses… La dame m’a assuré qu’elle n’utilisait que du matériel adapté. Dont acte. J’ai éteint la lumière, pris la feuille en main, reculé ma chaise jusqu’à la fenêtre et ai lu, nystagmus bien bloqué en position basse, des caractères beaucoup plus petits que ceux que je lisais en « position adaptée ».
Très perplexe, elle m’a accompagnée jusqu’à l’opticien. Il m’a fait tester quelques filtres jaunes et orangés destinés à limiter l’éblouissement ; il n’a pas semblé surpris que je lise moins bien avec. Il m’a ensuite mis sur le nez des verres loupes, avec cette sorte de lunettes pour adapter des verres chers aux ophtalmos, réduisant tant mon champ visuel que mon œil droit ne lisait plus rien quand le gauche cherchait en vain à faire la mise au point.
Il a très vite ôté ces lunettes…
— Avec la position de votre point de blocage, je ne peux vraiment rien vous apporter côté verres.
Nous parlions donc le même langage. Et nous nous sommes mis à papoter matériel, verres, lentilles rigides, tablettes, logiciels, loupes, etc. À chaque fois, il s’intéressait à mes solutions, en notant quelques-unes, notamment les moins orthodoxes. L’orthoptiste est alors revenue pour le bilan.
— Madame doit gérer son nystagmus pour s’éloigner de la feuille. Il faut lui faire faire un bilan orthoptique.
L’opticien a souri, m’a donné une tablette de Parinaud, me l’a fait lever à hauteur d’œil, m’a demandé de lire, puis me l’a fait placer sur la ligne du point de blocage et m’a redemandé de lire. La différence de ma capacité de lecture était impressionnante. L’orthoptiste ne comprenait pas. Il a tenté de lui expliquer. Elle insistait. Nous l’avons laissée me donner l’adresse d’un orthoptiste. Et elle est partie.
L’opticien n’a fait aucun commentaire, à part me remercier de ce qu’il avait appris, s’excusant de ne rien pouvoir faire pour moi, lui qui traite d’ordinaire des patients atteints de DMLA. Nous avons parlé un peu de mécanismes de suppléance. Nous étions vraiment contents tous les deux de cet échange. Quant à elle…
Misère.

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