Lesbienne @7

Sur France info le lundi 27 mai au matin, il est question de la Palme d’or de « La vie d’Adèle ». La journaliste qui fait une longue chronique parle de Julie Maroh et de son livre dont ce film est l’adaptation. Comme beaucoup de journalistes, elle insiste sur le fait qu’il s’agit avant tout d’une « histoire d’amour » et non d’une histoire « lesbienne » et indique que Julie Maroh aurait déclaré que son livre « n’est pas un livre militant mais une histoire d’amour »…
Cela me rappelle d’emblée ma rencontre avec Véronique Bréger à la Pride de Tours, il y a quelques années. Nous ne nous connaissions pas et comme elle se disait non militante, je lui avais fait remarquer que publier un livre avec des personnages lesbiens heureux dans une maison d’édition lesbienne et le présenter dans une manifestation de visibilité LGBT ne me semblait pas les gages d’un non-engagement. Et c’est ainsi qu’a commencé notre amitié…
Mais je reviens à Julie Maroh. J’allais écrire la même chose à son sujet et voilà qu’elle a eu la bonne idée de publier sur son blog un billet où elle dit tout de son livre, de sa relation au film, etc. Et elle écrit bien « Aucun de nous n’avait une intention militante, (…) » avant de poursuivre « néanmoins j’ai très vite pris conscience après la parution du Bleu en 2010 que le simple fait de parler d’une minorité telle qu’elle soit participe à en défendre la cause (ou le contraire, selon.) et que cela nous dépasse complètement. » Et pour ce qui est de savoir si son intention était ou non de se situer dans une représentation de la sexualité lesbienne, ontologiquement lesbienne, je vous renvoie à la fin de son billet « Quant au cul ».
Merci Julie Maroh pour ces quelques précieuses précisions. La visibilité lesbienne a besoin de toujours plus de représentations qui disent leur nom. À bientôt pour votre prochain livre !

20 commentaires pour Lesbienne @7

  • Les intentions de Julie Maroh semblaient plus tournées vers une banalisation de l’homosexualité (sic dicit : « Moi ce qui m’intéresse, c’est la banalisation de l’homosexualité »). Personnellement, je trouve l’idée belle même si ça revient à mettre la charrue avant les bœufs finalement car effectivement, toute représentation d’une minorité participe aussi a un certain militantisme pour servir (ou desservir) la cause. Mais cela dit, je rejoins son intention d’origine car souvent je m’attache à revendiquer l’indifférence, mais… ça passe par la revendication…

    • Cécyle

      Je ne crois pas une seconde à une « homosexualité indifférenciée » ; car il existe une culture homosexuelle, un être homosexuel, qui dépassent l’orientation de chacun. Et je crois que cette prise de conscience d’un militantisme obligatoire ne dit pas autre chose que cela.
      Mais peut-être suis-je influencée par le fait que la « norme » m’ennuie et m’indiffére. Je l’ai souvent dit sur ce blog, je refuse d’être « normale » et mes amis sont mes amis car ce ne sont pas des gens « normaux ». Quant à imaginer vivre dans l’indifférence !? Mon ego n’y survivrait pas ! 😉

      Note perso : Vous avez eu mon mail de ce matin ?

  • Ah quel ego! ça me fait sourire parce que j’ai l’impression de me lire !! Mais oui absolument, la culture homosexuelle est inévitable, on est ce qu’on est, point, et on doit en être fière. Cela dit, quand je parle de revendiquer l’indifférence, c’est aussi parce ce que je trouve aussi restrictif de définir quelqu’un par sa sexualité. Franchement, On n’est pas qu’homosexuel, on est plein d’autres choses. Et la « normalité » peut finalement se retrouver dans l’amalgame qu’on peut faire d’UNE culture homosexuelle (attention de ne pas virer hétéro pour faire originale, vous m’inquiétez 😉 ). Ça ne vous est jamais arrivé de vous dire que ce serait bien que les gens se moque totalement de avec qui on couche. Pour moi c’est ça l’indifférence. Toutefois loin de moi l’idée de ne pas militer car c’est à l’heure actuelle, et depuis longtemps, très nécessaire. Ça, c’est un peu devenu un peu un réflexe finalement…

    Note perso : oui oui, je vous ai répondu ce matin et ça devrait fonctionner, je m’en suis occupée 🙂

    • Cécyle

      Je vais sans doute vous surprendre, mais je ne suis pas homosexuelle parce que je « couche »… D’ailleurs, je ne couche pas ! 😉 Non, je me sens homosexuelle parce que l’homosexualité propose ontologiquement un rapport au monde qui me va bien. Je pourrais donc « coucher » avec un homme et le rester, homosexuelle.
      Ceci dit, mon identité ne se résume pas à l’homosexualité, bien sûr ; je suis une femme, albinos… Avec ces trois caractères-là, me voilà déjà bien habillée ! 😉

      Note perso toujours : Je n’ai pas eu votre mail.

  • Locks971

    Je suis d’accord avec L-connection… et Cécyle. Rires.
    Je pense que militer c’est se mettre debout et arpenter le chemin. Mais arrive un moment où on ça ne suffit plus (je parle pour moi, bien sûr, car je suis le seul sujet d’étude que j’ai en permanence sous la main).
    Un jour, un collègue avec lequel je parlais avec passion de la race noire, m’a posé la question suivante : « Est-ce que tu es fière d’être noire ? » Jusque là j’avais toujours crié haut et fort être fière d’être noire, mais le fait qu’il me pose la question m’a obligée à réfléchir (oui j’essaie de réfléchir un minimum quand même de temps en temps). Et là, la réponse m’est venue : « Je n’ai pas à être fière d’être noire. Je suis noire, c’est tout. »
    J’ai découvert ce jour là que le meilleur moyen de militer (toujours en ce qui me concerne), c’est d’être et de cultiver en soi toutes ces choses que l’on revendique. Alors de tout ça quelque chose se crée et émerge. On n’est plus simplement militant d’une cause, on est elle, et ça c’est grand. Pour la cause qui s’enrichit, mais aussi pour l’individu.

    C’est comme ça que je comprends les propos de Julie Maroh. Et c’est aussi comme ça que je vous perçois en hétéronomie.

    Apita

    • Cécyle

      Je partage votre raisonnement à cette nuance que je crois que l’on doit rester fière de qui l’on est, même si l’on aspire à l’être comme mode de revendication.
      Ceci étant, j’aurais une question : êtes-vous noire ou Noire ? 😉 Vous avez systématiquement mis la minuscule là où dans votre raisonnement, j’aurais mis la majuscule, même sur les épithètes.
      Comme j’imagine vous avez toujours votre larousse, je vous suggère de lire ceci pour argumenter votre réponse 😉

      • Isabelle

        C’est larousse ou Larousse ? 😉

        • Cécyle

          La Rousse, évidemment ! 😉

          • Isabelle

            La Rousse est Noire ?

          • Cécyle

            Dans ce cas, elle serait blanche, car albinos ! 😉

          • Locks971

            Je comprends mieux pourquoi le drapeau est arc-en-ciel, sinon on ne s’en sortirait pas avec toutes les deux !

      • Locks971

        Ce n’est pas bien de chambrer pour le Larousse. Plus que deux mois avant mon anniv’. J’ai passé commande.

        Pour répondre à votre question, et après lecture de votre article, je suis Noire car appartenant au peuple Noir et noire car je suis une femme de couleur (je ne rentrerais pas dans les nuances).
        Vous avez donc raison, la phrase juste est : « Est-ce que tu es fière d’être Noire ? », et « Je n’ai pas à être fière d’être Noire, je suis noire, c’est tout. » (J’avoue que j’hésite pour le dernier).
        En ce qui concerne la fierté d’être Noire, ce n’est pas quelque chose que je peux partager, ou dont je peux parler. Tout ce que je peux faire c’est le vivre. Le mot fierté n’est pas celui que j’emploierais. Encore une fois, c’est un simple point de vue, mais je peux être fière de ce que j’ai dit, ou accompli. Mais je ne peux être fière de ce que je suis.

        Mais peut-être après tout que le mot fierté ne revêt pas la même signification pour vous et moi et que finalement, on parle de la même chose. Peut-être que ce dont vous parlez, est la satisfaction à la fin de la journée, d’avoir été, tout simplement. Si c’est cela, alors oui, mais je trouve ça tellement… intime.

        • Cécyle

          Allez si, quand même, je peux bien chambrer un peu, ce d’autant que je n’ai plus que deux mois ! 😉

          Je ne suis pas très anglophone mais j’aime bien utiliser « pride » pour cette sorte de fierté dont je parle. Je ne saurais pas en dire plus, mais il me semble que le sens en anglais est différent du français et permet justement d’être fier de ce que l’on est.
          Pour moi, cela signifie justement passer de l’intime au public, au politique. Être fière d’être Noire, ou albinos, ou lesbienne, (je fais un mélange de vous et moi ! 😉 c’est donc une manière de dire « je suis et voilà ; si cela vous pose un problème, tant pis car je ne nierai jamais que je suis Noire, albinos et lesbienne ; et pire, j’aurai des revendications par rapport à cela », une façon de dire que Noire, albinos ou lesbienne porte un autre rapport au monde, une certaine place dans l’histoire (surtout pour Noire) et dans l’humanité, dire que ces caractères-là sont notre identité et que nous ne les renierons jamais.
          Et moi qui ne suis pas noire, il m’arrive de me sentir Noire, de le revendiquer presque, par pur engagement politique. Comme parfois je me sens juive. Je crois qu’il y a une communauté dans le système d’oppression qui fonde notre ordre social ; et je pratique volontiers ce que l’on nommait autrefois la « solidarité de classe » !

  • Locks971

    En effet le mot « pride » me parle beaucoup plus.

    Mais pour ce qui est de passer de l’intime au public, je crois que c’est ce que je traverse en ce moment, et ça ne m’est ni facile, ni agréable. Mais je me sens inexorablement poussée dans cette direction (ou attirée dans cette direction, c’est un peu des deux je crois).
    « Je suis et voilà ». Oui ! Vous arrive-t-il de vous sentir chanceuse d’avoir ce rapport au monde si particulier ? C’est mon cas ! Est-ce cela que vous appelez fierté ? Alors oui je suis fière.
    Est-ce que je suis prête à le revendiquer ?
    Peut-être ne le suis-je pas encore tout à fait, Noire ? Il me reste encore tellement de choses à faire… Eh ! Oui, c’est décidément encore très intime pour moi. Mais je suis sur le chemin. Je crois.

    • Cécyle

      Oui, je me sens chanceuse d’être différente et de me construire sur ces différences. Je sens bien que le décalage avec « le monde » est de plus en plus important, mais « mon monde » est si plein de belles choses et de belles personnes. Plus le temps passe, plus j’en redemande ! 😉
      Prenez soin de vous et ne vous faites jamais violence ! Comme l’a dit mon président préféré, donnez le temps eu temps…

  • Locks971

    Merci pour ce bel échange.
    Et merci tout court.
    Apita

    • Cécyle

      Merci à vous. Il faut être au moins deux pour un bel échange.
      Si on ajoute Petit Mouton… Il ne faut jamais oublier Petit Mouton ! 😉 Ni toute sa bande.

      • Petit Mouton

        Merci Ma Cécylou !
        Moi aussi, j’suis content de l’échange, c’est chouuuuuette de joueeeeer fooooot avec des copaiiiiiins !!!

    • Petit Mouton

      Dis Locks971, t’as aimé l’échange au foooooot ? Avec la bande, on est très contents de jouer outre l’océan, même si c’est un peu fatiguant.

      • Locks971

        Salut Petit Mouton !
        Tu rigoles ? J’ai adoré ! C’est vrai que ça a été un peu fatigant. Surtout avec le décalage horaire. Renvoyer les passes de Gros Grizzli à minuit, j’avais pas les yeux en face des trous. J’espère que je t’ai quand même fait de bonnes passes Petit Mouton. Le prochain match, je pense que je vais appeler en renfort mes potes Racoon et Manglous. Mais avant il faut que je leur apprenne à jouer. Racoon est capable de passer son temps à laver la balle et Manglous à la prendre pour un gros oeuf de poule et vouloir mordre dedans.
        On remet ça quand vous voulez.

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