Mère porteuse @3

Bonjouir !Parfois, l’envie me démange de participer à des échanges sur des réseaux sociaux, uniquement dans le cadre restreint de mes quelques amis sur l’un de ces réseaux. Heureusement, c’est rare…
L’autre jour, quelqu’un que je ne connais pas (amie d’ami) développait des arguments en défense de la PMA et de la GPA, commençant par « Je ne comprends pas qu’on puisse interdire à quelqu’un d’avoir un enfant tout simplement. », pour terminer par « pour la GPA, cela devrait exister depuis longtemps. Les contre parlent tout de suite de futurs potentiels abus, de trafics infâmes, de malversations financières. Bien sûr que cela existe, mais est-ce une raison pour pénaliser une partie de la population désireuse d’avoir un enfant comme n’importe quelle famille aimante ? » en passant par des propos pas forcément au fait du droit en France aujourd’hui.
J’ai réagi à cette notion de famille aimante, en affirmant combien moi aussi je n’accepte pas non plus que l’on prive des personnes d’élever des enfants comme des familles aimantes. C’est bien pourquoi je ne peux accepter l’idée que des femmes qui portent des enfants ne peuvent pas les élever comme n’importe quelle famille aimante uniquement pour des questions d’argent, uniquement parce qu’elles ont tellement peu de moyens de gagner leur vie qu’elles se retrouvent contraintes à porter ces enfants contre de l’argent. Ce ne sera pas le seul cas, mais il se posera forcément si la GPA est légalisée (c’est déjà le cas là où la GPA est organisée).
Le point de vue de la femme qui porte l’enfant me semble plus important que celui des familles (qui peuvent recourir à la PMA et pour les couples d’hommes à l’adoption, à ouvrir plus largement). D’autant « qu’avoir » un enfant ne me semble pas en soi un dû. Une fois que l’enfant est donné à la famille qui l’a « commandé », cette mère n’a plus de possibilité d’élever cet enfant qu’elle a porté. Cela me touche que des femmes puissent vivre cette situation et cela me semble une souffrance à ne pas infliger à des femmes. Bien d’autres le vivent déjà quand elles abandonnent leurs enfants pour des raisons économiques. Cela me semble essentiel de prendre en compte prioritairement ce point de vue. C’est une question de ressenti. Je n’ai pas suscité beaucoup d’adhésion. L’envie des hommes occidentaux d’acheter des enfants balaye le pauvre ressenti des femmes, un avatar de la domination masculine, n’est-ce pas Cécyle ?

12 commentaires pour Mère porteuse @3

  • Cécyle

    Tout à fait, Isabelle ! 😉

  • Locks971

    Beau billet. Merci de le partager avec nous.
    Moi j’aurais tendance à remettre en cause le fondement même de vouloir « avoir » un enfant. La nature est ainsi faite. Vous pouvez avoir des enfants, ou pas. Et même quand vous pouvez, vous n’êtes pas obligé d’en avoir.
    Je suis issue d’une société où les enfants étaient les enfants de tout le monde au sens où tous les adultes en étaient responsables, et où la famille s’étendait aux oncles, tantes, cousins, cousines, belle famille, amis et parfois même amants et maîtresses. Celle qui n’avait pas enfanté n’avait pas le sentiment de ne pas avoir d’enfant. Je ne pense pas que ce soit une question d’époque mais une question de modèle de société. Celle à laquelle je fais référence avait prévu une place pour chacun au sein de la communauté.
    C’est pour cela que l’équation :
    Famille = Parents + enfants ne veut rien dire pour moi.
    Bon la société en question étant bien évidemment dominé par les hommes, cela nous amène aujourd’hui à affronter exactement les mêmes problèmes que partout dans le monde.
    Mais il me semble qu’aujourd’hui malheureusement la domination masculine est aussi bien le fait d’hommes que de femmes. Malheureusement.

    • Cécyle

      Bien sûr que les femmes participent activement à la domination masculine, dans la manière dont elles élèvent leurs enfants, en premier. Et dans leur propre rapport à l’ordre social. Je parle bien sûr des femmes « en général », ce qui n’exclut pas que certaines femmes en particulier ne collaborent pas si facilement à l’ordre sexiste.
      Ceci étant, j’aime beaucoup cette idée d’enfants qui « sont à tout le monde », et par extension cette famille qui finalement est un groupe social où le lien filial n’est pas prédominant. Il va peut-être falloir que je change de culture ! 😉

      (Note : juste pour rire. Dans votre énumération des membres de ce « groupe familial », seul « amant » et « maîtresse » étaient au singulier. Je me suis permis de mettre un pluriel ! 😉 Mais je peux le retirer… )

  • Locks971

    Je suis d’accord sur l’éducation des enfants. Une femme mariée, restée au foyer pour entretenir la maison et s’occuper des enfants, mais qui élève ces derniers en leur apprenant qu’ils sont libres de ne pas se marier, ne pas avoir d’enfant… Ca c’est une femme pour la cause (d’après moi).
    Comme quoi c’est dans les actes de tous les jours qu’on milite aussi.
    Pour ce qui est de la culture, celle dont je parle n’existe presque plus, remplacée par le modèle occidental avec tout ce qu’il entraine comme aberrations, et qui fait que la situation est aujourd’hui catastrophique et explosive. Il ne peut en être autrement tant il me semble que ce que nous appelons culture, ce n’est qu’un cadre de vie que les gens ont créé pour eux, en fonction de leur environnement. La question est : Sommes-nous encore capables, comme ceux qui nous ont précédés, de créer un tel environnement et cadre de vie ?
    Vous parliez dans un post précédent de « votre monde ». Le mien commence à prendre forme… On est en plein dedans je crois. Nous sommes en train de créer une culture, même si celle-ci ne concerne qu’un nombre limité de gens. C’est comme ça que tout a commencé, non ?
    (Note : Au pluriel bien sûr !)

    • Cécyle

      Oui ! 😉 Je crois très fort que l’action politique commence par chacun, là où il vit, avec les personnes qui partagent sa vie. Dans la mesure du possible, bien sûr, car la contrainte économique et sociale est forte et souvent incontournable. Mais on peut aussi la « pervertir », soit la détourner au profit de ce que l’on défend. C’est un autre moyen de résistance.
      Quant aux cultures qui ne sont « presque plus »… La mémoire, peut-être, nous sauvera !
      Et vive le pluriel ! 😉

  • Locks971

    « Pervertir ». Voilà un de ces mots qui m’interpellent. De ceux dont le sens communément admis aujourd’hui a une tellement forte connotation, qu’on doit le mettre entre guillemets lorsqu’on l’utilise dans son sens premier ?
    Et dire que dans la langue des oiseaux, on pourrait entendre « perversion », qui perd la version.
    La langue n’est pas vraiment celle qu’on croit.
    Désolée pour cette parenthèse (encore !), mais la langue française et ses méandres me titillent l’esprit en ce moment.

    • Cécyle

      Je suis fille d’analyste. J’utilise donc toujours le terme de « perversion » dans son sens psychanalytique : de mémoire, me vient toujours cette citation de Lacan, citation que j’ai sans doute pervertie à mon tour ; « La perversion c’est la version (l’aversion) du père ».
      À mon sens, le pervers est donc celui qui n’affronte pas la Loi mais la contourne. C’était la thèse de maman à propos de la création dans les régime totalitaire. Vous devriez en retrouver des traces sur son site.

      • Locks971

        Alors ok pour une perversion, même (et peut-être surtout) psychanalytique de la contrainte économique et sociale.
        Mais ça fait bizarre d’appeler les gens à devenir pervers…Rires

        • Cécyle

          Rien ne nous oblige à leur suggérer de porter un imperméable ! 😉

  • Nicolas

    Je rejoins Cécyle et Lock971 sur le fait qu’à mon avis l’action politique commence dans le quotidien de l’individu au sein de son cercle social. En tout cas je suis à 100% dans le sens d’Isabelle…
    PS: le site de Michèle Jung est très intéressant merci de l’avoir indiqué dans votre commentaire Cécyle grâce à vous je viens de faire une belle découverte!

    • Isabelle

      Bienvenue en Hétéronomie Nicolas ! Ce billet est toujours d’actualité, j’espère que les débats actuels pourront être aussi sereins et argumentés que les échanges que nous défendons ici.

      • Cécyle

        Tellement d’actualité que j’en remets une couche ce matin ! 😉
        Bienvenue en Hétéronomie Nicolas, et vive les droits des femmes !

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