Différence @3

À l’occasion de la journée mondiale contre l’homophobie, Metro a consacré un article au Refuge, avec cette phrase : « (…) il ressort que la peur du regard des autres reste un obstacle majeur dans l’affirmation de son homosexualité. »
« Le regard des autres »… Il y a quelques années, on aurait plutôt mis en avant les discriminations et la peur de l’agression. Peut-être que cela revient au même (je n’ai pas lu le rapport et me fie donc au propos du journaliste) mais cette manière de le dire me semble symptomatique de deux choses.
* Le fait que le « regard de l’autre » est une contrainte sociale forte et ce, d’une manière générale. Ce « regard de l’autre » a toujours existé, comme moyen de coercition (pardon, de « cohésion sociale »), mais j’ai le sentiment qu’il n’agit plus comme une morale (« Que vont penser les voisins ? ») mais comme un « étalon » (« Je veux les mêmes seins qu’Angelina Jolie, ceux d’avant son opération, quand même »). Ainsi, ce « regard » pose une volonté de conformité à une norme là où autrefois il me semblait plus une volonté de se fondre dans la masse, une peur de se faire remarquer (un effet de l’Occupation, peut-être ?) Mais je peux me tromper. J’atteins un âge où je dois me méfier des « Autrefois, c’était… »
* En ce qui concerne plus spécifiquement l’homosexualité, il me semble que le poids de ce « regard » est un signe de la défaite (ponctuelle ?) de l’homosexualité politique, c’est-à-dire cette homosexualité qui propose un contre-modèle social, une contre-culture, une autre façon d’être au monde. Dans sa volonté de « laver plus blanc » comme gage de sa capacité à assumer ces droits nouveaux qu’elle réclame et fait des homosexuels des deux sexes des « bons pères de famille » (au sens du Code civil), une bonne part du mouvement homosexuel se retrouve coincé dans une norme qui ne lui ressemble pas, et porte de nombreux jeunes filles et gens à craindre « ce regard » qui dirait qu’ils sont différents, qu’ils ne seront jamais pareils, ce qui, soit dit en passant, est incontournable.
Vous pensez bien, qu’en ce qui me concerne, ne pas « être pareil » est une qualité ; et c’est tout à fait vivable car j’en fais depuis toujours une revendication politique non convertible en sentiment d’exclusion. C’est ma façon d’être au monde et, si le « regard des autres » m’importe, c’est le regard des « pas-pareils » qui me touche. Car franchement, que celles et ceux qui aspirent à intégrer l’ordre hétérosexiste ou y participent déjà me considèrent comme une sale gouine, je trouve que c’est un compliment !

 

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