Archives mensuelles : mars 2013

Commémoration @7

La loi de 1905 sur la laïcité, qui est l’un de nos fondements culturels, est régulièrement interrogée par certaines pratiques du culte musulman, comme le port d’un foulard dans l’espace public, ou aujourd’hui dans l’espace privé. Et il semble que se développe, à chaque atteinte (avérée ou supposée) au principe de laïcité par des musulmans, un rejet de l’islam, sans distinction de pratiques ni de pensée.
Mais que se passe-t-il quand les bibliothèques de la Ville de Paris sont fermées le samedi 30 mars pour cause, je cite de « Fêtes de Pâques » ? Y a-t-il quelqu’un pour protester, dénoncer l’atteinte majeure à la laïcité que constitue cette référence à une fête religieuse pour fermer une bibliothèque publique, alors que le samedi « de Pâques » n’est ni férié, ni dimanche… Je n’ai rien vu passer en ce sens.
Si l’on veut défendre la laïcité, il faut la défendre partout, et pour tout le monde. Sinon, on entre dans des pratiques discriminatoires qui ne sont pas bonnes pour la paix sociale, ni pour les principes que l’on prétend défendre.
Ce me semble, en tout cas.

Agit-prop’ @4

J’ai profité de mon week-end à Berck-sur-Mer pour aller la voir, la mer. Elle était loin du bord terrestre de la plage, plus d’un kilomètre, à ce que l’on m’a dit plus tard. J’ai avancé en ligne droite, vérifiant toutes les deux minutes que j’avais toujours un amer remarquable pour le retour. J’ai été arrêtée par une bâche, que j’ai pu contourner, puis une seconde qui a stoppé ma progression. J’ai entendu le grondement des vagues mais n’ai rien vu d’autre que ce que j’ai supposé être de l’écume. Au retour, j’avais un vent de face, si froid, si fort. Il m’a fallu près de quinze minutes pour rejoindre le bord de mer. J’avais du sable dans la bouche et la peau du visage congelée. Un café s’imposait. Ce que je.
Un client était là, avec le patron. Ils discutaient de la vague neigeuse du 10 mars et de l’incompétence du gouvernement à dégager les routes. Très vite, la conversation s’est portée sur l’incompétence du gouvernement dans tous les domaines, conversation alimentée par le facteur arrivé entre-temps. Il ne semblait pas d’accord avec les deux autres, dont l’un a fini par avancer l’argument-choc :
— Les gens qui ont voté pour lui se cachent ! C’est dire s’ils ne sont pas fiers.
C’est le moment que j’ai choisi pour partir. Je me suis levée et suis allée au comptoir. J’ai essayé de sourire le plus possible.
— Excusez-moi. Puis-je payer mon café même si j’ai voté pour François Hollande et que j’en suis fière (il y a des fois, il faut mettre de l’eau dans son vin) ?
Ils ont été surpris. Le facteur a ri. Le client vindicatif s’est tu. Le patron s’est excusé :
— C’était juste pour la conversation, madame. Il ne faut pas…
Le facteur a enchaîné pour se moquer de ses acolytes. Nous avons ri ensemble. Le patron m’a annoncé le prix de mon café en rigolant aussi :
— 1,10 euro madame. Et ce n’est pas plus cher !

Clavier @9

Bonjouir !J’ai un téléphone portable très simple. Je n’ai pas écrit « simplet », comme s’il pouvait être bête parce que ce n’est pas un smartphone. En tous les cas, je peux passer et recevoir des appels et des textos, mais pas de MMS. Lorsqu’on m’en envoie, j’ai une notification me le signalant, précisant qu’il y a « échec » à la connexion permettant de le récupérer sur le réseau. À chaque fois que j’informe l’expéditeur que je ne peux pas recevoir de MMS, je n’ai pas de réponse. Je dois passer pour une pauvre technopauvre, ce qui n’est pas bien gênant. En revanche, il m’est pénible de n’avoir aucune information sur ce que la personne a voulu m’envoyer. C’est ça le plus frustrant…

Bigleuse @27

Métro, boulot, dodoMardi soir, en rentrant du judo, j’ai croisé un SDF albinos dans le métro. Il remontait le wagon et m’a vue. Il a arrêté son blabla, retiré sa casquette et m’a dit :
— Tu l’es ?
— Oui, je suis albinos.
Il souriait. On s’est mis à discuter. Il sentait un peu l’alcool et le mal lavé, raisonnablement. Il m’a demandé si ce n’était pas « trop difficile » pour moi car les gens « nous regardent tout le temps » ; je lui ai répondu que c’est la vie qui est difficile, pas l’albinisme. Il semblait d’accord.
Une jeune femme assise à côté de moi souriait en nous regardant. Il l’a remarquée. Alors, on a fait les fanfarons tous les deux sur le thème « nous sommes un spectacle rare ». Elle a ri et nous a expliqué qu’elle avait vu pas mal d’albinos au Cameroun où elle avait travaillé mais jamais deux Européens en même temps.
Le gars a appelé un ami qui l’accompagnait. On a parlé acuité visuelle. Il était embêté que je voie si peu (il était à 1/10 ; je suis à 1/20 et 1/50). Il s’est alors mis à m’appeler « frangine » en prenant un ton protecteur et m’a demandé « avec tout le respect que je te dois » si son ami pouvait faire une photo avec son portable. J’ai bien sûr accepté. Il m’a prise par l’épaule. Il a fallu un peu de temps pour la photo. Je n’étais pas tant à l’aise dans ce contact physique mais on était tous si heureux de s’être comme trouvés dans ce métro, la dame dont le sourire toujours me rassurait, l’ami qui prenait la photo, lui et moi. Après, il m’a collé quatre bises, chaleureuses, fraternelles, fondamentalement fraternelles.
Et nous sommes tous descendus à Invalides (eh oui !) nous séparant très vite sur le quai. Il m’a lancé « Fais attention à toi, frangine ! » Et je lui ai répondu de prendre soin de lui.
Que du bonheur !
J’en suis encore émue.

Annonces @9

Bonjouir !J’ai mis en vente diverses choses dont je me sépare après du tri et du rangement. À diverses reprises, des enchères se sont emballées pour des objets que j’avais en plusieurs exemplaires. J’ai utilisé une option qui permet de proposer aux enchérisseurs malheureux de se voir offrir une « seconde chance » d’obtenir l’objet en question, au montant de leur dernière enchère. Dans la majorité des cas, ces acheteurs potentiellement très intéressés n’ont pas donné suite. Je suis encore étonnée par ce manque de constance après qu’ils se soient battus pendant des jours pour remporter la mise. Voilà un nouveau terrain d’observation psychologique…

Objectivement @10

À force de bassiner mon entourage avec la décroissance et une consommation responsable, je me retrouve dans des situations épineuses. Une amie m’a ainsi interpellée :
— Je n’ai plus grande utilité de mes jouets sexuels. Tu en ferais quoi ?
— Eh bien…
J’ai demandé un temps de réflexion. Il fallait bien ça.
Après quelques recherches, j’ai remarqué qu’il ne s’en vend pas d’occasion sur les sites ad hoc. C’est vrai que j’aurais du mal à utiliser un jouet déjà utilisé par quelqu’un que je ne connais pas. C’est que… Cela a une certaine valeur affective, ces choses-là. Reste la solution de les jeter.
Ceux qui disposent d’un moteur sont forcément soumis à l’« écotaxe » ; peut-on les rapporter chez DollHouse, par exemple, quand on en achète un neuf, à l’instar d’un sèche-cheveux ou d’une cafetière électrique ? Je vais leur envoyer ce billet pour poser la question. Je vous dirai. Pour les autres, poubelle jaune ou poubelle verte ? Je vais demander à Isabelle, c’est la pro des couvercles.
Isabelle… Je pressens qu’elle va me dire « Mais elle ne peut pas les donner plutôt que les jeter ? » Il est vrai que c’est la solution adoptée dans Camellia rose :

    « Il n’était pas si facile de faire le tri entre les objets qui laisseraient un souvenir positif et ceux qui, trop imprégnés de vie commune et d’intimité, ne pourraient que précipiter Marcelline dans le regret et le chagrin d’avoir perdu sa compagne.
    « Par exemple : que devait-on faire de ce lot de godemichés, plugs, vibromasseurs, pinces, menottes, et autres qui avaient alimenté vingt-huit ans d’ébats sexuels ?
    « Il était si difficile de trancher que la discussion prit une bonne heure avant qu’il ne fût décidé que Marcelline conserverait les plus précieux, ceux dont l’efficacité sextonique avait été prouvée. Par contre, ceux qui n’étaient que souvenirs de voyage ou de Saint-Valentin avaient été répartis entre les bénévoles [du Secours catholique, NDCy], ravies de ces trophées pris directement sur la bête. » (p. 120).

Mais si l’on ne connaît pas de bénévoles au Secours catholique, on donne à qui ? Toutes vos idées sont les bienvenues…

Pauvres enfants ! @17

J’apprends par ma voisine qu’il y a eu des préservatifs usagés trouvés dans le jardinet privatif derrière l’immeuble, sans doute jetés par quelqu’un de peu attentif à son environnement. Je suis assez d’accord que c’est franchement sale. Toutefois, quand elle ajoute que ce peut être dangereux pour les enfants « s’ils se piquent », je l’arrête : une capote n’est pas une seringue. D’ailleurs, après un moment à l’air libre, du sperme ne peut transmettre de maladies. Ah ! les clichés ont la vie dure…

Bigleuse @26

L’albinisme se caractérise par défaut de mélanine, l’enzyme de la pigmentation (pour faire très simple) qui, faute d’être correctement métabolisé durant les premières semaines de gestation, engendre une « mauvaise construction » de l’œil et du nerf optique. C’est comme cela que je l’ai compris, comme j’ai compris que toutes les recherches appliquées autour de l’albinisme partent de l’idée qu’il faut trouver un moyen de « réinjecter » de la mélanine dans le système (in utero pour l’œil, après pour la peau) si l’on veut y changer quelque chose.
Lors des dernières journées de Genespoir, l’association des albinismes, à Berck-sur-Mer, un chercheur espagnol est venu nous parler de ses travaux, indiquant qu’il semble que la dopa, un acide aminé, déjà utilisé dans le traitement du parkinson, serait un « stimulant » qui permettrait de reconstituer la charge en mélanine. Je n’ai pas bien compris à quel moment cela intervient (in utero ou plus tard) mais il semble que les souris albinos qui reçoivent de la dopa gagnent en acuité visuelle. Une avancée dans la recherche assez exceptionnelle, en somme.
Durant tout son exposé, ce chercheur qui parlait un français parfait mais très accentué a dû prononcer au moins une trentaine de fois cette phrase magique : « La dopa, c’est ça ! » Et à chaque fois, j’ai entendu… ceci. Le refrain me fait encore sourire.

Pour plus d’infos sur les recherches financées par Genespoir, voire faire un don, c’est ici.

Adieux… @5

Un matin, je remonte une rue pour rentrer chez moi. Sur le trottoir d’en face, un homme est allongé par terre, au milieu du passage, comme s’il s’était endormi. Il n’est pas particulièrement sale ou repoussant. Plusieurs personnes sont debout autour de lui, dont une des employées de la pharmacie d’à côté. Elle s’occupe de gérer la situation, appelant, je pense, les pompiers et tentant de le réveiller. Toutefois, elle le fait en le poussant du bout de sa chaussure et lui donnant des petits coups de pied sur les jambes, sans lui adresser un mot, sans se baisser pour le toucher de la main.
Pour plusieurs raisons soulignant l’incompétence de certains de ses employés, dont celle-ci, je change de pharmacie. À voir cette scène et cette façon méprisante de s’occuper de cet homme, ma décision s’est confirmée.

Bigleuse @25

À l’occasion d’une demande de prestation auprès de la MDPH-75 (maison départementale du handicap), j’ai eu la conviction qu’il avait été porté atteinte à mes droits par un excès de pouvoir et une atteinte au secret médical. Isabelle m’a conseillé de porter l’affaire devant le Défenseur des droits.
Pour des raisons de confidentialité liée à une procédure en cours, je ne vous en dirai pas plus mais sachez que pour la première fois de ma vie (vous vous souvenez, c’est cette année mon jubilé), quelqu’un qui incarne l’État (c’est comme cela que je le ressens) a spontanément dit « Mais madame, vous avez été humiliée ! » Oui, je l’ai été, encore plus que mes droits ont été atteints. Et vous n’imaginez pas mon émotion à avoir entendu cela !
Alors, si vous aussi vous avez le sentiment que vos droits n’ont pas été respectés (accès à l’information, décision arbitraire, mauvaise application de la loi, discrimination), qu’il s’agisse de la MDPH ou de toute autre administration, voire de la part d’un organisme privé quand il s’agit de discrimination, je vous invite à saisir le Défenseur des droits. Et si vous êtes en situation de handicap et que vous n’en pouvez plus que l’on vous cherche des poux dans la tête en multipliant les tracasseries et autres procédures abusives, je ne vous invite pas, je vous conjure de porter votre affaire devant Défenseur des droits ! C’est ici.
Ne vous dérobez pas. Sans nos actions individuelles, le monde ne changera pas. Et moi, le monde, j’ai envie qu’il change.