Colère @6

Dans le dernier numéro de Philosophie magazine, je lis le Questionnaire de Socrate variante du questionnaire de Proust inventée par le mensuel. Ce mois-ci, sous le titre de La bienfaisante, c’est Brigitte Fossey (qui sort un livre) qui est interrogée.
Il me semble faire référence à deux réponses que je vous cite avec les questions correspondantes :

    « — Le lieu qui se rapproche pour vous le plus de la cité idéale ?
    — Noisy-le-Grand. J’ai visité cette cité en rencontrant l’association ADT Quart Monde et je l’ai trouvée extrêmement épanouie. Les plus démunis pratiquent la musique, la peinture, la littérature, la poésie. Fantastique.
    (…)
    — Le combat dont vous être le plus fière ?
    — Le combat que je mène dans le secret. »

Ce texte m’a mise en colère. J’y lis une telle condescendance chez cette femme faisant son beurre d’une publicité détournée en posant sa vanité en bienveillance. Son évocation du « secret » donne l’impression que non contente de se mettre en avant avec des accents de dame patronnesse, elle se pose comme si elle ne voulait pas profiter de son bon cœur alors qu’elle étale ses « bonnes actions » quelques lignes plus haut. Je l’ai lu comme l’espoir que le télescopage permettra de déjouer sa fausse pudeur de bienfaitrice anonyme.
Quel mépris dans son discours. Au plus proche de la « cité idéale » selon elle, il ne semble pas nécessaire de remettre en cause la pauvreté. Non, l’essentiel est de s’extasier sur ce truc « fantastique ». Il est tellement incroyable que les « plus démunis » aient des activités culturelles. C’est fou, ce ne sont pas que des consommateurs de produits formatés de l’industrie culturelle, passivement vautrés devant leur télé. Il faut bien aller à Noisy-le-Grand pour constater que les plus démunis ne passent pas tout leur temps à grogner en reniflant, ou pousser des onomatopées, mais peuvent parler, voire lire et ont une sensibilité si épanouissante. Je ne sais pas comment ils « pratiquent la littérature », mais on sent bien l’ébahissement de l’actrice quant aux ressources de ces sauvages qu’elle découvre grâce à une association associant la proche banlieue parisienne au « Quart monde » et qui ont des activités si proches de celles que les gens civilisés peuvent avoir dans le 7e arrondissement.
Bienfaisante ? Je n’y aurais pas pensé.

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