Grand homme @14

"Rue Ordener, rue Labat"Claudine Tiercelin, dont j’ai déjà parlé, avait partagé sur le fameux réseau social FB, une photo et un texte d’hommage à Sarah Kofman, professeure de philosophie à l’opposé de la pensée et du style de Claudine Tiercelin, mais avec laquelle, à des relations de respect intellectuel, avait succédé une relation d’amitié. Ce sont pour moi deux grandes femmes.
Sarah Kofman s’est suicidée en 1994, quelques jours après la publication de Rue Ordener, rue Labat, où elle évoquait la déportation de sa famille, notamment de son père, rabin.
J’avais lu ce texte lorsque Claudine Tiercelin l’avait publié sur le site, début novembre. Je l’ai relu ce lundi 17 et j’ai eu envie d’y réagir.
Je vous le livre.

    « Merci à Claudine Tiercelin de cet hommage et de cette évocation de Sarah Kofman que je relis aujourd’hui. 
J’ai suivi l’enseignement de Sarah Kofman en Deug. Je suivais parallèlement celui de Claudine Tiercelin. Ces professeures font partie des quelques plus importants enseignants que j’ai eus pendant ma formation universitaire, quand de certains autres, je ne me rappelle pas toujours le nom. Mais là, dans des styles très différents, quelle force, quelle exigence exceptionnelle pour aider à penser ! Si j’ai choisi en licence la voie de la philosophie analytique et de la logique proposée par Claudine Tiercelin et Jacques Bouveresse, Sarah Kofman m’a marquée par sa ténacité, parfois matérialisée dans un acharnement à « faire penser » ses étudiants, abruptement si nécessaire, en les enguirlandant si besoin, pour les pousser dans les derniers retranchements de leur réflexion. C’était l’expérimentation de « la philosophie à coup de marteau ». Gare à celui qui se contentait de lancer une idée.
    Rue Ordener, rue Labat est un livre court, dense, puissant, éprouvant. Je l’avais lu, puis j’en avais offert un exemplaire à ma mère, que j’ai récupéré après sa mort. Je viens de relire la dédicace que j’avais notée pour ma mère, c’était il y a dix-huit ans tout juste.
    Le début de ce livre est magnifique.

      « De lui, il me reste seulement le stylo. Je l’ai pris un jour dans le sac de ma mère où elle le gardait avec d’autres souvenirs de mon père. Un stylo comme l’on n’en fait plus, et qu’il fallait remplir avec de l’encre. Je m’en suis servie pendant toute ma scolarité. Il m’a « lâchée » avant que je puisse me décider à l’abandonner. Je le possède toujours, rafistolé avec du scotch, il est devant les yeux sur ma table de travail et il me contraint à écrire, écrire. Mes nombreux livres ont peut-être été des voies de traverse obligées pour parvenir à raconter « ça ». »

    « Ça » me touche toujours autant. »

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