Bigleuse @22

Près de moi ou dans les médias, j’entends souvent dire qu’il est très difficile pour un proche d’un malade d’Alzheimer quand ce malade ne le reconnaît plus. Et moi qui ne reconnais personne sans souffrir de cette maladie !
— Ce n’est pas pareil, me direz-vous.
Pour moi, à coup sûr, mais pour vous ?

10 commentaires pour Bigleuse @22

  • Cécyle

    Elle est si idiote que ça, ma question, qu’elle ne suscite aucune réponse ? 😉

    • Isabelle

      Cécyle, tu es dure, j’y ai répondu en discutant avec toi ! 😉
      Bon, je reprends mon idée pour le blog : la grande différence est dans la notion de reconnaissance.
      Tu ne reconnais pas les gens visuellement uniquement : si tu sais que je suis en face de toi, nous discutons en utilisant nos souvenirs, notre vie passée, ce que nous avons partagé, etc., comme nous pourrions le faire au téléphone. Tu sais qui je suis. Tu ne me reconnais pas, mais tu me connais toujours.
      Une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ne reconnait pas l’autre, non pas tant visuellement, que dans le lien qui la relie à elle. Imaginons qu’une mère soit atteinte de cette maladie : elle peut voir ses enfants, nettement, clairement, mais n’avoir aucune idée que ce sont ces enfants. Même si on lui dit, elle peut avoir même oublié qu’elle avait des enfants ou perdu des années de souvenirs, croire que telle femme de 30 ans est encore une petite fille et lui parler comme tel. Ce qui est vu n’a plus le sens qu’il a pu avoir. Si elle m’avait connue, elle ne me reconnaitrait pas, mais ne connaitrait pas (plus) non plus.
      D’ailleurs, pour les personnes les plus atteintes, qui n’ont pas de moment de « lucidité », la douleur est, comme tu le soulignes, pour les proches.
      La peine des proches d’un malade atteint d’Alzheimer est qu’ils ne peuvent plus vivre ce que toi et moi pouvons vivre même si tu ne vois pas mes yeux : jouir du plaisir des liens tissés, de la complicité, du « parce que c’était elle, parce que c’était moi », la reconnaissance de l’attachement à l’autre.
      Ce n’est pas simplement le noir, mais un trou noir dans lequel émotions et sentiments tombent.
      Voilà pourquoi cela ne me pose pas de problèmes que tu ne me reconnaissais pas en raison de ton handicap, mais pourrait être plus difficile si c’était en raison d’une maladie qui nous faisait perdre une qualité de notre relation liée à notre proximité affective.

  • Tempérance

    Non, elle n’est pas idiote, mais c’est vrai que je me suis demandé comment il fallait la comprendre….Voici ce que je me suis dit :
    Si une personne qui a la maladie d’Alzheimer me voit sans me reconnaitre, ça ne me fait pas le même effet que si une personne qui ne voit pas bien ne me reconnait pas dans un groupe. La personne qui a la maladie d’Alzheimer me voit mais ne pourra plus communiquer avec moi. Alors qu’une personne -myope- par exemple, communiquera avec moi dès que je lui aurai signalé ma présence. Dans un cas, il n’y a plus d’espoir et dans l’autre, il suffit que je sois attentive et la communication sera rétablie.
    J’ai aussi essayé d’imaginer ce que ça faisait d’avoir la maladie d’Alzheimer et de ne plus reconnaitre personne. J’ai vite cessé car je sombrais dans un néant sans fin et ça m’a fait peur. Idem si j’imagine que j’ai un bandeau sur les yeux et que je suis dans une foule, ou un lieu et que je doive attendre que mes amis daignent signaler leur présence pour que je sache qu’ils sont là. Un grand sentiment d’insécurité et d’angoisse m’ont alors étreint à cette pensée.
    Voilà ce que j’ai pensé, mais je ne suis pas sure que cela réponde à ta question…..

    • Isabelle

      Ce que tu as imaginé, c’est de perdre la vue, pas d’être atteinte d’Alzheimer, car alors tes amis auraient bien signaler leur présence, tu n’aurais pas la moindre idée de votre lien d’amitié, voir ce que peut être l’amitié.

    • Isabelle

      Une personne atteinte d’Alzheimer pourrait communiquer avec toi, en soi ce n’est pas impossible, mais cette communication serait dénuée du caractère personnel de votre relation.

      • Tempérance

        Oui, une personne atteinte d’Alzheimer peut me voir, mais ne me reconnaitra pas, même si je lui rappelle mon nom toutes les 5 minutes. Il n’y a pas de communication. Par contre si je me fais reconnaitre d’une personne qui a un handicap visuel, la communication s’établit et demeure.
        J’ai bien imaginé (je dis imaginé car je dois être loin du compte dans un cas comme dans l’autre) les deux situations. Dans tous les cas de figure je me sens extrêmement mal à l’aise et je pense qu’il doit falloir des trésors d’adaptation et beaucoup de patience.

        • Isabelle

          Je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’il n’y aurait pas de communication. Si on s’en tient juste à la communication verbale, elle est possible, mais sans lien avec le vécu interindividuel, même si cela n’est qu’une discussion avec quelqu’un qui te prendrait pour une infirmière. Ce n’est pas la même chose que de dire qu’il ne peut pas du tout y avoir de communication. Sinon, cela me semble une façon restrictive de penser la communication. En tous les cas, ce peut être vrai dans certains cas d’Alzheimer, mais pas dans tous.
          De même, dans un échange avec un malvoyant ou un non-voyant, il y a des dimensions de la communication, ce qui est non verbal, qui peuvent échapper.
          D’accord pour l’imagination des deux situations, désolée. Ma confusion vient du terme de néant que je ne comprends pas dans ce contexte. Pour une petite question métaphysique : comment le néant pourrait-il être sans fin ? 😉

  • Cécyle

    Merci de vos échanges…
    Je suis d’accord avec Isabelle, la communication avec l’autre n’est pas liée au fait de le connaître et/ou le reconnaître. Et j’entends bien qu’une fois qu’une personne me dit « C’est moi ! » (avec un prénom, c’est plus efficace, sauf ni nous avons rendez-vous), je sais qui c’est.
    Je sais, mais sans reconnaissance… visuelle (j’aurais dû mettre l’adjectif qui sort effectivement ma question du cas particulier d’Alzheimer).
    Et ma question devient. Je suis face à vous (Isabelle, Tempérance), je sais que c’est vous = si par magie on met quelqu’un d’autre à votre place, je peux continuer à vous parler sans savoir un certain temps que ce n’est plus vous. L’idée vous pose un problème ??
    Quand j’étais au lycée, les filles échangeaient leur pull souvent, et je me souviens que ma méprise était fréquente. Ainsi, si on me change la fille nue qui est dans mon lit par une autre sans que je ne le sache, si elles ont la même corpulence, le même « style »… quelle bévue !!!

  • Evy

    Je suis restée un peu perplexe par ce post ; bon maintenant je vois un peu mieux le sujet.
    Contrairement à vous Cécyle je vois relativement bien avec mes lunettes (bon sans c’est un autre problème mais là n’est pas la question). Par contre, je ne suis pas physionomiste du tout, mais pas du tout !!!! Si je rencontre quelqu’un pour la première fois je suis incapable de la/le reconnaitre sans hésitation la fois d’après. C’est rigolo dans mon job. Je travaille « en saison » et le personnel change chaque année, j’ai donc quelque semaines un peu floues. Ainsi, je me retrouve à la pose café en train de discuter avec quelqu’un qui visiblement « me connait » un peu et moi je pédale dans ma tête pour me souvenir…  » Mais qui c’est ? Mais qui c’est ?  » souvent le sujet de conversation abordé m’aide à me souvenir. Bien sûr au bout de quelques jours le problème ne se pose plus mais quand même c’est gênant. Alors voila je n’ai pas Alzheimer, et me sers de mes yeux au mieux mais l’interaction avec mes congénères est des fois compliquée aussi.
    Voila mes deux sous de contribution au sujet en espérant que ça ai à voir avec le schmilblick LOL 😉

    • Cécyle

      Merci de votre contribution.
      Si je posais la question, c’est parce que ma bigleuserie dépasse ce que vous imaginez. Il ne s’agit pas d’un défaut de mémoire, comme quand on n’est pas physionomiste. Il s’agit plus certainement d’un défaut d’enregistrement des informations visuelles.
      Ainsi, si vous m’envoyez une photo d’Isabelle que je ne connais pas (la photo), je ne saurai pas qu’il s’agit d’Isabelle. Mais bon, je ne la connais que depuis 15 ans… Je prends un autre exemple : ma mère, mon père, mon frère, moi. Si je ne connais pas la photo, je ne saurai pas qu’il s’agit d’eux… et de moi. Je me regarde dans une glace. Je sais que c’est moi… Je le sais. Mais je n’en sais finalement rien.
      Donc, si je reprends le cas d’un visu avec Isabelle en exemple, toujours, je la vois, je suis face à elle, je sais que c’est elle, mais je ne la reconnais pas visuellement. Et je persiste à penser que cela fait une différence, un différence de nature à blesser mes interlocuteurs, à les mettre mal à l’aise… Ne serait-ce que parce que quand je me dis que je ne me reconnais pas dans la glace, cela ouvre de sacrées questions ! 😉

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