Ailleurs @9

Le thème du WE annuel Femmes de David et Jonathan était « La famille en chantier ». J’y étais. Et j’ai passé, affectivement, un week-end comme j’aime, riche de rencontres, de partages et de tendresse. Je suis pourtant rentrée triste, et fatiguée, comme lasse, car une fois encore, j’ai pu mesurer le « décalage » croissant que je ressens avec mes concitoyennes. J’en suis à me sentir « dans un autre monde », plus que différente, ailleurs, définitivement ailleurs. Et sans doute que le thème n’a fait que renforcer ce sentiment.
« La famille en chantier ». Le sujet ne m’intéresse pas. Qu’est-ce à dire, « le sujet ne m’intéresse pas » ? Que je ne veux pas parler de « la mienne », de famille ? Car j’en ai une, bien sûr. Je ne la renie pas. Et je n’ai avec elle ni plus ni moins de problèmes que tout un chacun. Mais ce n’était pas le sujet, la relation à « sa » famille ; il était plus « la » famille, en tant que cellule sociale, ce qu’elle est, ses évolutions (entendre son ouverture à la dimension homosexuelle et homoparentale). Et le sujet, en effet ne m’intéresse pas, au moins pas dans une problématique où l’existence même de la famille n’est pas mise en cause, en question, comme si la vie sociale ne pouvait se concevoir qu’à travers ce prisme-là. Le gouffre s’ouvre…
Car ce qui m’intéresse, ce n’est pas de disserter sur les « nouvelles familles » tant elles me paraissent aussi légitimes que garantes de l’ordre établi (c’est d’ailleurs bien pour cela qu’elles sont légalisées, car grandes pourvoyeuses d’ordre). Ce qui m’intéresse, c’est de penser une autre forme d’organisation sociale, humaine, qui nous sorte de ce foutu ordre fondé sur l’oppression des femmes et l’exploitation du plus grand nombre pour fabriquer toujours plus de richesses économiques au profit du plus petit nombre et sur le dos de la planète.
Alors oui, peu me chaut la « famille », et encore plus son « chantier » qui va bétonner un peu plus la pensée sous couvert d’une « ouverture » qui permet simplement d’entrer, jamais de sortir. Jamais de s’échapper. Toujours, rester, là… Il est urgent que je me trouve un objet d’écriture. J’ai besoin de m’envoler.

24 commentaires pour Ailleurs @9

  • Evy

    « La famille en chantier » « le sujet ne m’intéresse pas », moi non plus. je ne suis pas famille. Bien sûr j’aime ma famille ; mes parents, ma jumelle etc., mais je ne suis pas préoccupée le moins du monde par le fait d’avoir une quelconque progéniture (famille=reproduction vous me suivez ?) Non ça ne me dit rien. Plus jeune je me disais que ça viendrait, mais non. Tiens je me disais aussi que je n’étais pas attirée par les hommes mais que ça viendrait aussi, mais non ça non plus. Bref je n’ai pas d’enfant. Je n’en veux pas. Je ne recherche pas non plus leur présence, ça ne m’intéresse pas. Ce n’est pas un problème, chacun vit sa vie… sauf que dans notre société nous sommes regardés à travers ce prisme de la famille. N’y aurait-il pas une autre façon de se définir qu’à travers notre « vie de famille » ? Combien de fois entend-on à la TV « Machine, mère de trois enfants » voila qui elle est, voila son identité, fantastique !!!
    Je pensais qu’en tant que lesbienne il y avait moyen de vivre dans une sphère plus libre de ces contraintes hétéros normées et patriarcales. Mais ça c’était peut-être valable dans les années 90, maintenant il n’est question que d’adoption et de PMA. Voila, la roue a tourné pour revenir au point de départ : la femme, les enfants, la maison. Ça fait hurler les cathos et les hétéros bien pensants mais finalement il n’y a rien de révolutionnaire là dedans. Et suivant avec qui on en parle, il n’est même pas politiquement correct d’émettre une opinion « négative » sur le sujet. Enfin le positif est que pour celles qui le veulent encore la notion de femme libre reste plus que jamais à inventer.

    • Isabelle

      Merci ! Cela fait du bien à de lire un contre-discours à ce dont on nous bassine actuellement ! 😉

    • Cécyle

      Vous avez bien raison de rappeler que l’ « identité féminine » (je mets bien des guillemets) passe invariablement par la maternité. Cela me rappelle ce billet.
      Comment donc être une femme libre, qui existe ni par son mari ni par ses enfants ? Il y avait la solution « lesbienne », dans les années 30. Aujourd’hui ?
      On lève le poing et on résiste ! 😉 Et on invente le monde qui nous va. Oui. Ça c’est du bon en barre. Inventons !

      • Evy

        Il y a des années de ça, je participais à une réunion de mon association lesbienne locale (j’ai arrêté depuis). Je ne me souviens plus le sujet mais, ce dont je me souviens, c’est qu’une des adhérentes était venue avec son bébé car elle n’avait pas trouvé à le faire garder et du coup la réunion s’était transformée en une sorte de session garde d’enfant. Ah tiens c’est peut-être pour ça que je ne me souviens plus du sujet ! J’étais rentrée chez moi le moral dans les chaussettes.
        Effectivement aujourd’hui être lesbienne pour vivre hors du schéma ne suffit plus car à l’intérieur même de ce sous-groupe j’ai envie d’être dans un sous-sous-groupe. Par exemple, je voulais aller manifester contre les cathos et pour le mariage pour tous (car je pense que l’on doit avoir la possibilité de protéger son couple si on le désire) mais vu la tournure que ça prend (famille patin couffin) je n’irai pas…

        • Cécyle

          Famille, patin, couffin… c’est joli !! 😉
          Je suis comme vous. Je n’ai pas participé à la manif de mercredi car si je défends l’égalité des droits, mon engagement s’arrête là. Et je pressens que cela va encore se corser avec la GPA…

          • Evy

            GPA? Il va aussi être question de GPA? Oh la la, ça va pas être joli du tout!

          • Cécyle

            @ Salanobe
            J’aime tant rêver… 😉

            @ Evy
            On défend des principes… Mais on vit ici et maintenant, dans le monde tel qu’il est. Autrement dit, la réalité nous rattrape très souvent. On fait de notre mieux pour ne pas vivre trop en contradiction avec nos principes. On fait de notre mieux. Après… 😉

        • salanobe

          Ce n’est qu’un exemple. On peut très bien être lesbienne, avoir des enfants, vivre avec eux sans vivre par eux, être chef d’entreprise, célibataire ou en couple et se sentir bien plus libre que la majorité des gens. Je ne considère pas que je fasse partie d’un groupe ou d’un sous-groupe et je ne le souhaite pas. Ni le groupe des lesbiennes, ni celui des mères de famille… Je suis juste pour l’égalité des personnes, quel que soit leur mode de vie. Je pense même qu’une femme hétéro, mariée avec des enfants peut être aussi libre qu’une lesbienne. C’est une question de mode de vie et d’envie.

          • salanobe

            Des mères (avec un s, c’est mieux).

          • Cécyle

            Les mères ont récupéré leur pluriel ! 😉

            Bien sûr que la liberté n’est pas stricto senso attachée à une situation. Il n’empêche qu’il est théoriquement plus facile de s’affranchir de la norme sociale quand on y colle moins (en n’ayant pas d’enfants, par exemple). Et être lesbienne sans enfant au début du siècle dernier était un vrai symbole de liberté… même si, au regard des relations amoureuses entre certaines de nos célèbres lesbiennes américaines, on peut en douter.
            Ce qui me paraît discutable dans l’égalité des droits que l’on nous propose aujourd’hui, c’est qu’elle passe par le mariage, forcément par le mariage. On aurait pu espérer (au moins moi) que cette égalité se fasse autrement, par exemple en reconnaissant les mêmes droits à toutes les personnes, indépendamment de leur situation amoureuse ou parentale. Pourquoi le couple est-il valorisé fiscalement ? Pourquoi les enfants héritent de leurs parents ? Pourquoi ce besoin de voir son union reconnaître socialement ?
            J’ai bien sûr une réponse à ces questions ! 😉 Et je regrette juste que l’on ait sacrifié une certaine réflexion sur l’autel de la norme et de l’ordre social.
            Quant à votre liberté, Sandrine, croyez bien que je n’en doute pas !! ;-))

          • salanobe

            Il ne faut pas rêver, le mariage est le principal garant de l’ordre social et de la soumission des peuples. L’égalité des droits ne passera que par ce compromis. C’est donnant-donnant. Tant pis, j’ai toujours préféré les chemins sinueux aux autoroutes (payantes) mais j’aurais préféré la reconnaissance et l’égalité pour chacun à l’égalité pour tous.

          • Evy

            Je vais partager ma situation et mes réflexions avec vous toutes : je n’aime pas les mariages et je n’ai jamais rêvé du mariage de princesse à la noix que l’on fait miroiter aux jeunes filles comme étant le merveilleux début de la « vie de femme ». Bon voilà je rencontre la femme de ma vie, petit à petit certaines situations me font réaliser que si je la perdais, je pourrais aussi bien tout perdre. Le Pacs ne correspond pas du tout à ce que l’on veut (mêmes devoirs mais pas les mêmes droits) alors maintenant il y a peut-être ce mariage… ça ne me fait toujours pas rêver, nos familles nous ont acceptées mais, en même temps, il règne une légère hypocrisie que ne me donne pas envie de faire la fête… Par contre si le mariage est le seul moyen de faire de nous, les LGBT, autre chose que des citoyen/nes de seconde zone, moi ça me va quand même. Ce sera à moi de faire de ce « mariage », si mariage il y a, quelque chose qui nous correspond et non pas qui correspond au reste de la société.

        • Cécyle

          Oui, Evy, il va bientôt être question de GPA… Et l’APGL en fait déjà une revendication.

          • Evy

            Ouf !!! Alors là, je reste sans voix ! J’ai déja du mal avec la PMA !!! Mais je le dis à titre personnel car je pense que la société « évoluera » vers tout ça, mais pour moi ça restera de « la grande cuisine » quand même !

          • Cécyle

            À propos de cuisine, sur ce blog, le « faire des enfants » est associé au mot clé « Manufacture »… On n’en est pas loin ! 😉

          • Evy

            Ahahah manufacture, j’aime bien aussi !!!

  • Evy

    Auto correction « en tant que » lesbienne et non pas « en temps que » 😉 Oups sorry !
    Ravie que cela vous plaise Isabelle.

    • Cécyle

      Merci ! 😉 J’ai rentré la correction. On essaie toujours avec Isabelle de relire les commentaires pour les « mettre au propre » (un truc d’écrivaine). On aime bien que le blog soit « bien tenu »… pour que les idées puissent se lâcher avec plus d’aisance !

      • Evy

        Je suis rassurée d’apprendre que vous mettez au propre les commentaires. Je suis un peu fâchée avec la grammaire et l’orthographe français, du coup là je me sens mieux … je vais pouvoir me lâcher 🙂

        • Cécyle

          N’hésitez pas à vous lâcher, sans rien lâcher ! 😉

  • Tempérance

    Hello,
    Avant de dire ce que je pense de tout ça, vous pourriez me rafraichir la mémoire et me rappeler ce que c’est que la GPA, l’APGL, et la PMA ???
    J’ai l’impression de rater quelque chose….;-)

    • Cécyle

      GPA : Gestation pour autrui (mère porteuse)
      PMA : Procréation médicalement assistée (insémination)
      APGL : ici. Ou ! 😉

  • Temperance

    Tout d’abord merci Cécyle pour tes explications d’abréviations. J’étais loin de la plaque et du coup j’ai tout relu !!! C’est à dire que la GPA et la PMA ce n’est pas tout à fait dans mes préoccupations mais c’est important de connaitre ces sigles !!
    Je vous remercie aussi d’avoir instauré cette discussion qui ne laisse pas indifférente.
    En tout cas, j’ai l’impression qu’il y a autant de rapports lesbienne-famille que de lesbiennes et ça me semble difficile de généraliser. Je suis d’accord avec Cy Jung qui propose « de penser une autre forme d’organisation sociale, humaine, qui nous sorte de ce foutu ordre fondé sur l’oppression des femmes et l’exploitation du plus grand nombre pour fabriquer toujours plus de richesses économiques au profit du plus petit nombre et sur le dos de la planète. » et avec Evy qui voudrait avoir une identité autre que : épouse, mère, grand-mère.
    Si je parle de ma propre expérience je vais dire que le pacs, le mariage ne m’ont jamais intéressée. Par contre, j’ai des liens forts avec ma famille biologique et, en pratique, des liens familiaux se sont tissés avec ma compagne, sa famille et la mienne. Donc je suis loin de vivre une nouvelle forme d’organisation sociale….
    Ce qui me gêne et qui va dans le sens de ce que vous dites c’est que même si mes liens familiaux existent, ils sont bien sur différents et je ne peux jamais en parler (dans le monde du travail par exemple) car cela ferait désordre !!! C’est là ou effectivement j’ai du chemin à faire et la société aussi. Dès que l’on sort des sentiers battus on se sent seule dans son expérience. Mais ça fait du bien d’en parler, même si c’est embryonnaire.

    • Cécyle

      Il ne s’agit pas de « généraliser » mais d’avoir une position politique. Ensuite, chacun vit comme il le peut, comme il le veut.
      Mais cela reste important de l’avoir, cette « position politique », même si on la trouve irréaliste, utopique. Cela permet de donner du sens, de savoir pourquoi l’on fait les choses, vers quoi l’on tend, se donner du champ, de l’air… et prendre la mesure du possible.
      Et même si je suis aussi enferrée dans un quotidien qui me contraint, je veux toujours croire à une liberté possible. Toujours. Ou alors, je meurs. Et je ne me suis jamais sentie aussi vivante !

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