Bigleuse @17

Via la liste de diffusion des albinismes, j’apprends l’existence d’un « Questionnaire sur l’accès à l’art pour les personnes déficientes visuelles » réalisé par une étudiante en troisième année d’ergothérapeute. Je m’empresse d’y répondre, ravie que l’on s’intéresse aux activités culturelles des malvoyants, ce d’autant qu’il s’agit d’une activité où il est question de voir.
Je m’amuse un peu avec la question 6 puis très vite, mon enthousiasme est porté à mal par des questions « malfoutues » qui ne me semblent pas prendre en compte la multiplicité des déficiences visuelles, ramenant au final celles-ci à de la cécité…
Le questionnaire est ici… et voici quelques-unes de mes réponses qui, j’espère, feront réfléchir la dame. Qui sait ?

6. Quel intérêt portez-vous aux musées ?
J’y entre gratuitement. J’y accompagne donc souvent des amis pour leur permettre de bénéficier de la gratuité et du coupe-file. J’y vais aussi souvent faire pipi !

12. Si vous aviez toujours le choix, [quelle adaptation] préféreriez-vous et pourquoi ?
Les audioguides sont très ennuyeux. Je préfère laisser aux amis qui m’accompagnent le soin de me faire regarder telle ou telle œuvre et me laisser porter par l’ambiance. C’est un partage.

13. Lors de la lecture d’une image en relief, comment procédez-vous pour la découvrir ? Quels éléments vous permettent de bien la comprendre ?
Je ne sais pas lire une image en relief.
Cela ne pourrait d’ailleurs guère me parler car je n’ai pas de représentation mentale du relief.

14. Pensez-vous avoir suffisamment de références tactiles (différentes représentations pour un même objet) pour reconnaître ce que vous découvrez ?
Pourquoi voulez-vous que je « tactile » alors que je vois ? Pas grand-chose, me direz-vous ; mais je vois. Donc je me sers de mes yeux.
Je croyais révolu le temps où l’on considérait les malvoyants comme des aveugles… Dommage.

L’image tactile : ce moyen permet l’apparition d’une image mentale précise et détaillée. C’est une technique qui s’appuie sur le principe du dessin industriel. C’est-à-dire que la représentation de l’objet se fait avec une projection orthogonale de deux vues différentes de l’objet (vue de face, de profil et parfois du dessus). La compréhension de ce principe de projection demande un apprentissage car il faut reconstruire mentalement le volume de l’objet à partir des différentes vues. Une formation complète en 4 fois 2 jours existe pour se former à ce principe de représentation.

17. Maintenant que vous en savez un peu plus sur l’image, est-ce une adaptation qui vous semble intéressante et pourquoi ?
Je n’ai pas d’image mentale… Oui, je sais, je cumule les handicaps ! Cela me serait donc d’aucune utilité.

19. Utilisez-vous les mêmes méthodes d’exploration et de discrimination (reconnaître et différencier les diverses perceptions du toucher) vues avec votre ergothérapeute lors de vos visites au musée ? [La dame commence sérieusement à m’agacer !]
Je ne touche que les fesses des filles que je trouve jolies et qui le veulent bien (eh ! oui. Je suis homosexuelle aussi).

20. S’il vous était proposé un accompagnement ergothérapeutique centré sur l’accès aux musées, qu’attendriez-vous de cette rencontre ?
Je ne sais pas ce qu’est un ergothérapeute. Si c’est quelqu’un qui veut me rendre plus handicapée que je ne le suis, cela ne m’intéresse pas.

21. Avant ce questionnaire pensiez-vous qu’un ergothérapeute puisse vous aider dans ce domaine ? Pourquoi ?
Non. Et je n’en suis toujours pas convaincue.
En fait, je n’ai pas besoin d’aide pour les musées. Par contre, je veux bien un certificat pour que l’on m’installe une douche à la place de ma baignoire. Pourquoi est-ce si compliqué ?

7 commentaires pour Bigleuse @17

  • Hélène

    Ah mais comme je voudrais être là quand elle lira tes réponses !! J’espère que le questionnaire n’est pas anonyme, elle peut te retrouver ? Si ça se trouve elle est jolie !

    • Cécyle

      Malheureusement, le questionnaire était anonyme !
      J’aurais dû laisser mon mail dans n’importe quel champ, mais sur le coup, je n’y ai pas pensé. Bah ! une de perdue… 😉

      • Isabelle

        Tatata, grâce à La vie en Hétéronomie, qui sait ce qui peut arriver ? 😉

        • Cécyle

          Il t’est arrivé quelque chose ? 😉

  • En relisant, je tombe sur deux néologismes charmants :
    – « malfoutu », rencontre somme toute logique de « infoutu » et de « mal foutu » ;
    – « coupe-fil », mélange, peut-être, de « fil à couper le beurre » et du « coupe-file » dont Cécyle veut bien faire office avec ses amis qui contournent ainsi… la queue !

    (pardon j’ai pas pu m’empêcher)
    (oui j’ai honte)

    • Cécyle

      N’aies surtout pas honte ! J’aime effectivement vivre en orbite ! 😉

      * Pour le « malfoutu » j’étais convaincue que cela s’écrit ainsi ; je vais mettre des guillemets et le laisser. Je l’aime bien.
      * Pour le « coupe-fil » (qui existe en couture, semble-t-il), j’ai tout simplement pensé à « compte-fils », tu sais, le truc qui me permet de lire les petits caractères. Pour le coup, je vais lui rajouter son « e », car sinon, il faudrait un « s » pour rester dans la logique.

      • Isabelle

        Pourtant les stars ne sont pas en orbite, ah ! tout fout l’camp… 😉

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