Adieux… @2

Le 3 juillet dernier, Laurence Chanfro, photographe, s’est donné la mort. Je vous laisse découvrir son travail, sur son site, et son parcours, sur Foleffet ou sur Wikipédia. Je veux juste évoquer mes deux rencontres majeures avec elle, me souvenir parce que même si nous ne nous sommes pas fréquentées, Laurence aura su me donner de ces moments qui font du sens.
Tout commence avec une histoire de trou du cul. Oui, de trou du cul. Le sien, forcément. C’était à Marseille. J’y étais invitée par les 3G, bar lesbien tenu par Laurence, pour y réaliser ma première performance littéraire. Elle était venue nous chercher à la gare, nous, soit mon éditrice de l’époque et moi. Laurence s’était garée n’importe où, bien sûr. Il faisait chaud. Marseille débordait de voitures fenêtres ouvertes, de cris et d’invectives. Laurence, autant que tous, un bras à la portière de sa voiture pourrie, l’autre sur le volant… quoique. Des fois, c’était moins sûr. Et entre deux, la voilà qui nous raconte, se raconte, une histoire d’opération inconfortable, de… Elle lâche très vite le morceau et nous transforme sans préavis en le témoin des grandeurs et misères de son trou du cul. L’incongruité du récit, son manque cruel de pudeur, m’ont d’emblée fait sourire. En moins d’un quart d’heure, j’en savais plus sur son anus que sur tout le reste de son existence. Un grand moment dont l’évocation me ravit : d’emblée, j’ai trouvé Laurence aussi fantasque que touchante. Et je lui ai toujours conservé cette affection que l’on doit à quelqu’un qui sait que son intimité n’est pas là où la convention sociale la place.
Je passe sur le reste de mon séjour à Marseille dont Laurence avait donné le ton. Et je suis revenue dans cette ville en 2002, pour les UEEH. J’en animais cette année-là le cycle Culture avec Madame H et Érik Rémes. Nous avions invité Laurence à exposer ses fameuses photographies de vulves, dont une en grand format dans l’amphithéâtre qui servait de salle d’AG. J’ai peu vu Laurence à cette occasion mais ai véritablement rencontré son travail de photographe. J’aime ces photographies-là de Laurence Chanfro, leur esthétique autant que ce qu’elles disent. Et elles ont scellé sans doute mon engagement féministe au sein du mouvement LGBT.
L’amphithéâtre en question servait également de salle de répétition aux Gais musettes, les fameux. Une majorité de garçons, quelques filles. Tous unis quand il s’est agi d’aller recouvrir d’un voile cette grande photographie de vulve — si grande qu’il leur a fallu une échelle ! Insupportable vision d’un sexe féminin ; insupportable mépris à l’égard d’une œuvre d’art sous prétexte de son sujet. Ça vous rappelle quelqu’un ? Moi oui. Et nous avons bataillé avec Érik et Madame H — et Isabelle aussi qui était là — pour dévoiler l’invisible.
J’ai peu revu Laurence depuis. Une fois, à Paris. Je me souviens que sa souffrance m’avait fait peur. Elle ne souffre plus, du moins je l’espère. Sa mort m’a touchée. Et la manière dont je l’ai appris mise en colère contre les médias LGBT. Mais ça, c’est un autre billet

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