Kendo @7

Mon dernier cours de judo avant dix jours de pause a été une épreuve. J’y suis arrivée fatiguée — la semaine d’avant, j’avais enchaîné quatre cours — et Christian avait décidé de nous faire un de ses cours très physiques dont il a le secret, un cours où les éducatifs et les uchi komi se succèdent comme prétexte à un renforcement musculaire de haut vol !
J’ai fait tranquille, pour ne pas mettre dans le rouge. Régulièrement, Christian adaptait les exercices pour que je puisse en faire une partie. Pour autant, je n’avais pas de « jus », me sentant comme groggy tant je perdais petit à petit tous mes équilibres et, au fil des minutes, me sentais de plus en plus épuisée, physiquement d’abord, mais psychiquement également : incapacité à suivre le rythme, frustration en ricochet, manque de motivation en conséquence.
J’ai fait tout ce que j’ai pu mais il est arrivé un moment — cinq minutes avant la fin — où j’ai eu la sensation de toucher le fond. Je n’en pouvais plus et j’ai craqué, au sens littéral du terme : à genoux sur le tatami, mes larmes se sont mises à couler, alimentées par quelques sanglots. Je suis restée là, inerte, décidée de toute façon à finir le cours. Une judoka m’a proposé de venir près d’elle. Je l’ai remerciée mais n’ai pas bronché, enchaîné les étirements à suivre, fait le salut, et suis sortie du tatami la larme à l’œil et la souffrance à l’âme.
J’étais sonnée. Et je ne pense pas que la dureté physique de l’entraînement couplée à ma fatigue de départ soit seule en cause. Le changement permanent de position (assis, debout, couché, à genoux, accroupi, roulades) a fortement contrarié ma station debout, et mon entendement, donnant tout son sens à l’expression « ne plus savoir où l’on habite ». La sensation qu’en dépit de ma ceinture verte je n’étais pas à la hauteur, et ne le serai jamais, comme révélateur d’une impuissance, d’une limite du corps, incompressible, quel que soit le travail accompli a sans doute été l’élément déclencheur. Mais je suis restée jusqu’au bout, pleureuse mais le menton haut pendant le salut.
J’ai déjà écrit que ma devise de judoka était « humilité et courage ». J’y ai repensé en mangeant un bout au chinois du coin avant de rentrer. « Humilité et courage ». Oui. C’est ça. Mais qu’est-ce que parfois c’est dur !

Note : Un diagnostic inattendu est tombé dix jours plus tard : déchirure du deltoïde. Nouvelle leçon d’humilité. Et pas de judo cet été (Zut ! ça rime.)

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