Régis @5

Jeu de pisteIl m’arrive de parler de la question de la qualité de la relation à autrui, de la façon de créer du lien avec les proches, ceux qui le deviennent ou pourraient le devenir.
Une première conversation récente était le sujet dans un précédent billet, je continue ici avec une autre où l’interprétation inattendue d’une question a alimenté ma réflexion. J’avais demandé à mon interlocutrice ce qu’elle envisageait pour nourrir notre relation, à la suite d’un autre échange sur le sujet. Elle s’est défendue en refusant toute idée de programme ou de plan, mettant en avant la spontanéité. Ce n’était pas le sens de mon interrogation, car loin d’une liste, j’avais plein d’idées non de quoi, mais de comment. La spontanéité y a toute sa place, tout comme la créativité.
En effet, le plus souvent, dans une relation (amicale, affective, y compris amoureuse), le plus évident est de manger ensemble, prendre un verre, aller au cinéma, à des expositions, à des concerts, etc., et bien sûr tout « simplement » (?) donner des nouvelles. Tout cela m’intéresse quand c’est l’occasion de parler de soi, de l’autre, de points de vue sur la vie, le monde, l’actualité, vivre les théories, penser les pratiques…
Cela me fait penser à un billet de Cécyle où elle écrit « je rechigne aux activités sociales “en bande organisée” autant que je ne consomme que fort peu de “produits culturels” ». Je rechigne aussi au côté « bande organisée », car je préfère voir les gens individuellement, à trois ou à quatre. Toutefois, je consomme des produits culturels et je suis contente d’être en compagnie pour voir un film, visiter un lieu, écouter un opéra… C’est un partage ouvrant la voie à la communauté d’émotions et à la discussion.
J’aime la conception de jeux de piste et la participation à des ateliers de cuisine, de dessins, de danse… J’aime rouler à deux à vélo pour quelques heures ou quelques jours, rester sur l’herbe au soleil dans un silence serein plein d’une qualité de partage du moment. J’aime les échanges de courrier postal tout autant que donner et recevoir ce que l’on a préparé, cuisiné, fabriqué et pas seulement acheté… Partager, c’est aussi cuisiner ensemble, aller dessiner, fabriquer un fanzine, participer à un projet associatif, se rendre à la piscine, marcher dans Paris ou ailleurs, une heure, une journée, de nuit, coanimer un site, un blog…
Avec des amis vivant à Paris, que je vois plus ou moins souvent, il arrive que nous nous envoyions des cartes postales simplement pour écrire quelques mots, des impressions à partager, sans avoir besoin de partir de la capitale.
J’ai des idées, qui veut les partager, les faire vivre, en ajouter ?!
En écho au billet de Cécyle se terminant par « Qu’est-ce que tu proposes ? », je pense que c’est la question pour toute relation personnelle.

6 commentaires pour Régis @5

  • Cécyle

    Je rebondis juste sur cette idée de « spontanéité » qui me paraît un faux alibi pour ne pas s’attacher à construire des relations de qualité avec les autres. « De qualité » est subjectif, bien sûr. Tout dépend ce que l’on en attend.
    Pour ma part, je n’aime pas « picorer » les autres et me fier à ma « spontanéité » pour inscrire une relation (amicale, amoureuse) dans la confiance et l’amour. Car ma « spontanéité » me porte plus à ne rien faire, ne rien dire, rester tranquille chez moi. « Spontanément », par exemple, je n’ai pas envie de traverser Paris sous une pluie batante en pleine grève de métro pour boire un café avec Isabelle qui d’ailleurs n’en boit pas.
    Ce qui me porte à le faire, c’est un choix, une action volontaire ; et il m’arrive de me contraindre un peu, car je ne veux pas céder à cette facilité qui mine toute relation. L’amitié, la relation amoureuse, « c’est du taff », comme dirait Sarah. Alors des fois, mes mails à quelqu’un que j’aime, mes attentions, mes rendez-vous n’ont rien de « spontané » ; ils sont un soin à l’autre et à la relation, car j’y tiens, et la satisfaction du « petit plaisir immédiat » de rester sous la couette, par exemple, (je pourrais dire « narcissique ») ne vaut rien à l’aune de ce que me donnent mes amitiés.
    L’amour, cela ne tombe pas du ciel. C’est comme les souris, ça ne peut pas naître dans un paquet de chiffons enfermé dans un placard.
    Merci Isabelle pour ce billet qui amène foule de réflexions.

    • Isabelle

      Je suis d’accord avec Sarah, et donc toi, sur l’idée que « c’est du taff » et que n’être que dans la spontanéité est de façon de ne pas cultiver une relation.
      En revanche, je ne souscris pas à tout ce que tu dis sur la spontanéité. J’ai connu le copain d’un ami qui pouvait arrêter une conversation en plein milieu, voire en court de phrase quasiment, s’il avait faim, envie de dormir ou une envie de faire ci ou ça, parce qu’il devait sur le champ satisfaire son envie. Toutefois, je crois que c’était un extrême assez rare.
      Je crois important de garder une place à la spontanéité, car elle est nécessaire et peut permettre d’exprimer plus facilement ce que l’on voudrait que si on y réfléchissait. Elle peut aussi être révélatrice et la refuser, c’est une façon de mettre de la distance à trop penser ce que l’on fait.
      C’est une question d’équilibre…

  • Cécyle

    Mon commentaire se limitait à la « spontanéité » dans la prise de rendez-vous, si je peux le dire ainsi. Pas dans celle qui, l’amitié ou la relation construite, exprime la créativité.
    Je suis donc d’accord avec toi ! 😉
    (quel blog consensuel ! ;-))

  • Virginie V.

    Bonjour,

    De la même façon que toutes deux alimentez ce blog _avec talent_ et qu’il faut, j’imagine, vouloir le faire plutôt qu’attendre le moment où cela se fera, je crois effectivement qu’il faut vouloir l’amitié, l’amour, etc. Ne pas se contenter de les espérer, mais surtout les vouloir. Et plus difficile encore, continuer de les vouloir, même lorsqu’ils sont là. On devrait dire « faire l’amitié » comme on dit « faire l’amour » (sans que cela exige le même niveau d’épilation).

    • Isabelle

      Je suis bien d’accord Virginie… Avoir envie de et s’en donner des moyens, donc aussi en donner la possibilité à l’autre.

    • Cécyle

      Et moi qui ne m’épile ni en amour, ni en amitié ! 😉
      J’aime beaucoup l’expression « faire l’amitié ». Merci Virginie ! Je la garde.

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