Sauna @13

Si je crois de plus en plus en l’amour comme « valeur d’existence », je m’interroge en parallèle sur la relation amoureuse, son sens, sa portée, son intérêt. Dit ainsi, cela sent le dépit à plein nez. En effet, je suis dépitée, par tous ces couples qui ne me font pas envie même si chacun des protagonistes est quelqu’un que j’aime, par toutes ces histoires gâchées souvent par enfantillage et lâcheté quand ce n’est pas, comble de fourberie, par peur d’aimer ou d’exister, par ces violences plus ou moins larvées qui font de la relation amoureuse un espace où la souffrance n’est jamais bien loin.
Je suis dépitée et un peu colère. Car au fond de moi, je sais que je ne suis pas exempte de ces travers, et je sens bien que j’aimerais, comme tout un chacun, rencontrer cette autre avec qui je… Avec qui je quoi ? Il est bien là, le point d’achoppement. Je ne regrette rien des histoires que j’ai vécues (à part la violence, bien sûr, qui me peine encore). J’aime aimer. J’aime la passion. J’aime le désir. Mais j’aime surtout ne pas souffrir et, dans ce que je vois autour de moi, rien ne m’indique que la relation amoureuse puisse être exempte de souffrance.
La vie aussi, évidemment. Mais quand la vie me fait mal, ce n’est pas au nom de l’amour ; et justement, l’amour alors est là pour m’apaiser. L’amour, cette lumière qui me fonde et me dit que je suis vivante, cette force de donner, d’être, d’exister. Oui, l’amour est un remède là où la relation amoureuse me semble être une illusion fondée sur des malentendus, celle d’une solitude qu’elle absorbe sans la résorber, celle où se vivrait le désir dans la chaleur d’un cocon dont au final les fils sont avant tout barbelés.
L’amour. J’ai envie aujourd’hui de le vivre avec mes amis et mon prochain. J’ai envie de ce partage. Mais, si un joli minois venait à solliciter mon désir et me proposer une relation amoureuse, rappelez-moi, s’il vous plaît, de fuir. Loin. Merci. Et si quelqu’une voudrait prétendre que j’ai tort, je lui répondrai « Qu’est-ce tu proposes ? »

10 commentaires pour Sauna @13

  • Paradisbulle

    Ma petite bulle serait tout a fait d’accord je pense !
    Elle me manque mais …. et …
    La souffrance l’absence est bien là hélas.

  • Isabelle

    Cécyle, tu sais combien nos discussions alimentent mes réflexions. Tu sais aussi que si je partage ton constat, je crois en la possibilité d’une relation amoureuse. Je souscris surtout pleinement à ta question « finale » dans ce billet, interrogation fondamentalement d’ouverture. C’est d’ailleurs bien comme cela que je peux maintenant aussi parler : ce dont j’ai envie est l’autre versant de ce que je propose.
    Une belle illustration de l’amour comme force de donner à l’autre qui m’a permis d’y voir (un peu) plus clair.

    • Cécyle

      Tu ne me rappelleras pas de fuir alors ? Zut ! 😉
      Ne cède surtout pas à mes doutes !

      • Isabelle

        Ne fuis surtout pas mes rappels ! 😉

  • Bauwens Bettina

    J’aime comme vous décrivez ce que je ressens !
    Pourquoi ne pas publier la suite de Once upon a poulette en plusieurs tomes ?
    C’est tellement dommage de savoir que vous avez écrit plus de 500 pages et qu’on soit privées de leurs lectures.

    • Cécyle

      Merci ! 😉
      Ce sont les éditeurs qui décident de ce qu’ils veulent publier et sous quelle forme ; après, ils proposent des contrats aux auteurs, contrats plus ou moins acceptables et/ou négociables. La décision de publier ne m’appartient donc pas…

    • Paradisbulle

      Eh oui.

  • Virginie V.

    Cécyle,
    Bravo pour ce texte, aussi juste que beau. Tu pointes la principale difficulté : « avoir mal pour quelque chose qui devrait faire du bien ». Enfin, bref, tu le dis mieux que moi !
    Le couple est un terrain de volontés contraires : bonté, dureté, douceur, jalousie, domination, soin. On apprécie, au début d’une passion amoureuse, que l’autre bouleverse nos habitudes, qu’il nous porte ailleurs, qu’il nous réveille, qu’il nous transforme. D’ailleurs n’exigeons-nous pas que cela de l’amour : devenir autre ? Ne plus se reconnaître. C’est d’ailleurs, peut-être d’abord de ce nouveau « soi-même » dont on tombe amoureux au début d’une passion…
    Bien sûr, plus la passion est grande, plus on accepte d’être changé par l’autre, façonné à la taille de ses besoins. Très vite, on souffre de cela. Puis un matin (de décembre ou de janvier, alors que le ciel est toujours au dessus des toits et le bitume gelé sous nos pieds), cet autre (cette fille, hein…) nous quitte. Alors, on découvre une grande banalité de l’existence : l’amour fait souffrir à hauteur de ce qu’on a (ou de ce que l’on croit avoir, cela revient au même…) sacrifié, accepté, supporté pour lui. L’amour fait souffrir à hauteur de la place que l’on a donnée à l’autre ennemi ! Je devrais dire « prêtée ». Parce que c’est cela au final, qui est intolérable à la fin d’une passion : que l’autre nous redonne ce qu’il nous a arraché de force. L’amour, le vrai, s’il existe, ne devrait rien nous prendre par la violence. Ni notre attention, ni nos gestes, ni nos mots.

    • Cécyle

      Et si justement on ne « sacrifiait » rien à l’autre, ni à l’amour ; ne serait-ce pas un moyen d’éviter (d’amoindrir) la souffrance ?
      Merci de ce joli commentaire qui me fait réfléchir.

    • Isabelle

      Merci mêmement Virginie pour ce commentaire. Il m’a donné à écrire… un commentaire ou un futur billet ? J’y réfléchis encore.

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