Peur @4

Jeu de pisteJe n’ai pas répondu en commentaire au billet où d’une histoire sociale, Cécyle arrivait à évoquer le rapport personnel. J’ai préféré laisser mûrir ce que je pouvais en penser et ressentir, puis écrire un billet.
Cécyle évoque l’amitié, mais je crois que ce qui est dit est dans toute relation affective, amicale, familiale, amoureuse, avec ceux que l’on côtoie et apprécie sans être véritablement ami (au travail, associativement…), avec ceux que l’on croise et respecte simplement sans définir le lien.
Ses quelques mots m’ont fait réfléchir.
J’ai mieux compris en quoi la peur incite à taire le mal, la souffrance, la peine, les reléguer, les enterrer, les sublimer, donc les garder. Au fil des années, grâce à Cécyle en particulier, j’ai saisi combien il est important de les dire. Peu à peu, je comprends mieux pourquoi c’est important de les dire.
C’est expliciter ses propres interprétations et parfois tout simplement se rendre compte de ce qu’elles contiennent d’erreurs d’appréciation, de projections, d’échos à d’autres histoires parasitant le lien avec cet autre qui est là. C’est soulager son fardeau, celui d’en vouloir à soi (« peur d’être une mauviette »), d’en vouloir à l’autre (comment ne pas lui en vouloir d’être capable de me licencier en plein match de squash ?) C’est aussi permettre à l’autre de prêter attention à ce qui peut, ce qu’il peut provoquer. S’il le souhaite, il peut garder en tête de quoi tenter d’éviter les « mêmes » comportements ou propos, du moins ce qui pourrait avoir les mêmes effets.
Ceci n’est en rien exhaustif, ce sont mes jalons dans la recherche d’une qualité du lien à l’autre.
Pourquoi cela reste-t-il si difficile ? J’en arrive à penser que la peur de perdre l’autre est la condition de possibilité de cette perte même. Quand il n’y a plus ni peur, ni envie, le lien se délite. L’envie de ne pas perdre l’autre est la condition dynamique pour pouvoir lui donner sa place, ici, maintenant, demain, ailleurs. Un constat peut-être tout simple. Je saisis combien il est important de le dire, de me le dire.

4 commentaires pour Peur @4

  • Cécyle

    Isabelle me signale que c’est là notre 500e billet ! C’est un hasard, heureux, très heureux.
    Merci de ce billet, Isabelle, billet qui m’a touchée et émue. Je nous souhaite une toujours plus longue et belle vie en Hétéronomie !

    • Isabelle

      Je n’ai pas peur de perdre notre relation dans « La vie en Hétéronomie », je n’en ai qu’envie 😉

  • Merci pour ce couple de textes qui donnent à réfléchir.
    Dans le morceau de phrase : « la peur de perdre l’autre est la condition de possibilité de cette perte même » , quelque chose m’échappe cependant. La peur comme condition de perte ?
    Je comprends : « la peur de perdre l’autre est la condition de ce lien même avec l’autre », me trompé-je ? Une relation dont on sent la fragilité s’en trouve préservée ?
    Dommage, tout de même, que le mot « peur » vienne teinter les relations humaines. Je cherche un autre terme, plus proche de la prudence, du sentiment d’humanité…

    • Isabelle

      Merci Hélène pour ce commentaire, d’autant qu’il me permet de préciser ma pensée.
      Je n’avais pas vu l’interprétation que tu fais. C’est vrai qu’elle est juste dans certaines relations.
      Toutefois, mon idée, plus générale, est que la peur de perdre l’autre rend encore plus probable de le perdre, que la relation s’arrête ou pas d’ailleurs. L’autre jour, quelqu’un me disait de son mariage que le seul constat qu’il pouvait faire est : « on s’est perdu de vue. »
      Cela ne veut en rien signifier qu’il n’y a pas de risque que la relation s’arrête lorsque l’envie mène la danse. En revanche, je pense que si on a vécu ses envies, sans la peur, tenter de la vivre en exprimant ses peines, en se donnant les moyens de se sentir mieux dans la relation, et du coup en permettant aussi à l’autre de l’investir, on a gagné cela. On aura donné ce qui dépendait de soi pour vivre cette relation.
      Cela me renvoie à l’idée « du plus beau jour de sa vie », dans les commentaires d’un billet de l’an dernier.

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