Vérité syndicale @4

Jeu de pisteUn article de Libération du 31 mars 2012 raconte l’histoire dramatique de Stella, femme de ménage dans un laboratoire d’anatomopathologie. En plus de faire le ménage, son employeur lui demande de manipuler des bocaux de formol et des restes humains. Elle est intoxiquée et licenciée pendant un arrêt maladie.
Au procès pour licenciement abusif (qu’elle gagnera !), son employeur argue « On n’a jamais forcé les gens. Si elle avait dit « je ne peux pas faire ça, ça me dégoûte », on aurait trouvé une solution. Il fallait qu’elle exprime cette souffrance. Ici, les salariés ont le droit de se plaindre. » On pourra trouver l’argument spécieux voire « faux-cul » (désolée, je n’ai pas mieux). Qu’importe ! Car même s’il est vrai, il ne peut en rien excuser la faute de l’employeur qui a placé cette femme en contact avec des produits dangereux sans assurer sa formation ni sa protection.
« Même si »… On ne peut en effet exclure qu’il dise vrai tant « exprimer sa souffrance » n’est jamais très acceptable, dans le monde de l’entreprise ou ailleurs. Il y a bien sûr des gens qui « se plaignent tout le temps », la plainte étant un mode de fonctionnement comme un autre. Mais « se plaindre » n’est pas forcément « exprimer sa souffrance » car souvent, ce dont on « se plaint » est extérieur à soi. Alors que la souffrance…
On ne l’exprime pas, j’imagine, pour deux raisons majeures. Soit on craint de passer pour une mauviette ; soit on craint que l’autre ne nous trouve pénible. Ce qui revient au même, finalement. Et je crains que cette femme qui s’exprime très dignement dans l’article de Libération ne soit pas du genre à « se faire plaindre ». Sans doute a-t-elle même considéré que sa souffrance n’avait pas lieu d’être. N’avait-elle pas un bon travail ?
Eh bien moi, j’ai de bonnes amies. Parfois, elles me font souffrir. Est-ce que je dois craindre qu’elles ne me licencient en plein cours de judo si je leur dis quand elles me font du mal ? Ou qu’elles ne me prennent pour une mauviette ? Je sais, ce sont des amies… Et pourtant… Oui, j’ai toujours peur qu’elles ne m’aiment plus quand je leur dis quelque chose qu’elles ont fait et qui m’a fait du mal. Mais je le leur dis. Toujours. Sinon, quel sens auraient mes amitiés ?

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