Élections @14

Même si je suis l’actualité politique, je constate que la « campagne », en tant que telle, ne me passionne pas ; ni dans les médias ; ni sur le terrain. Je me sens en décalage, un peu vieille, parfois si loin de la manière dont les choses se déroulent que je m’inquiète : serais-je aigrie ? Je ne le voudrais pas.
En écoutant une chroniqueuse un soir par hasard sur i>TV, j’ai enfin compris où était mon problème avec la chose politique… Cette jeune femme, très à l’aise, commentait la campagne, et les chances des uns et des autres, en arguant « comm’ » ; untel aurait une bonne « comm ’ », l’autre moins ; et ses objets d’analyse ne dépassaient pas la longueur de quelques mots. Ainsi, elle ne s’intéressait qu’aux phrases (même pas vraiment au langage), et proposait une analyse superficielle du discours des uns et des autres.
Et si le discours est une chose essentielle en politique, si effectivement il se construit, se pense, se porte, je ne crois pas que l’on puisse le réduire aux invectives et autres échanges de « petites phrases » qui font une bonne part de cette campagne. En remontant le temps, je me suis souvenue qu’à l’époque où j’ai commencé à faire de la « communication politique » on parlait « propagande ». Nous avions un projet politique écrit, produit d’une réflexion collective (« Le projet pour la France des années 80 ») et, quand il s’agissait de s’adresser aux électeurs, on cherchait ce que l’on voulait dire sans se soucier une seconde de ce que « les gens » voulaient entendre.
Et puis les choses ont évolué. Petit à petit, les candidats voulaient « être proches des gens » (toujours eux !) et nous avons abandonné la lettre de notre projet pour nous concentrer sur des « mesures concrètes » susceptibles de « plaire ». On est ainsi passé de la diffusion et la valorisation d’un projet politique à la recherche permanente de « ce qu’ils veulent », ces « gens » indéfinis, ces Français ou ces Parisiens pressés et impatients qui ne voulaient plus entendre de « grands discours » mais voulaient qu’on les écoute.
Et petit à petit, j’ai arrêté de « faire de la politique » car je n’ai pas envie que le futur président soit « près de moi ». Je veux qu’il me fasse rêver. Je veux qu’il ait un projet, un idéal politique, qu’il ait pensé la société de demain et qu’il veuille gérer les affaires courantes selon certains principes, etc., etc. Aujourd’hui, le seul projet politique de gauche qui propose un autre monde c’est le projet d’EELV porté par Éva Joly. Et ce projet-là me va. Et si Éva Joly est assez inaudible, c’est sans doute parce qu’elle se préoccupe plus de porter ce projet politique global que de se mêler au concert des petites phrases. Elle est différente, pas médiatique pour un sou, et son piètre score annoncé est malheureusement la preuve que j’ai rejoint le camp des vieux cons pour qui les mots « idéologie » et « révolution » ne sont pas des gros mots !
Ceci étant, je suis contente d’avoir compris où mon bât blesse. Cela m’évitera sans doute l’écueil de l’aigreur. Cette jeune femme sur i>TV a finalement fait une « bonne comm’ ». Merci !

1 commentaire pour Élections @14

  • Isabelle

    Merci Cécyle et merci Eva ! ;-)

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