Entendu @9

http://www.liberation.fr/societe/06015034-les-propos-angoissants-de-sarkozyMardi 20 mars 2012, le président de la République s’est exprimé après la minute de silence d’hommage aux victimes d’une tuerie dans une école juive. Extrait : « Ça s’est passé à Toulouse, dans une école confessionnelle, avec des enfants de familles juives, mais ça aurait pu se passer ici. Il aurait pu y avoir le même assassin, ces enfants sont exactement comme vous. »
Exactement les mêmes ? Oui, comme êtres humains, mais ce n’est pas parce que ce sont des enfants qu’ils ont été abattus, c’est parce que ce sont des enfants juifs. Nuance de taille, « détail de l’histoire » pourrait dire un autre homme politique. Quel hommage que de gommer ainsi l’antisémitisme de l’acte…
Ces propos manquent leur objectif fédérateur en s’appuyant uniquement sur la notion d’humanité. L’essence de la compassion comme souffrance avec l’autre s’appuie sur l’articulation entre ressemblance et différence. Je peux souffrir avec l’autre humain (même plus largement vivant) parce qu’il est autre, radicalement autre par le simple fait qu’il n’est pas moi. De ce point de départ, les autres différences, confessionnelles par exemple, sont accessoires, mais pas effacées. Je peux les prendre en considération et les comprendre sans les ressentir, les partager sans les vivre. Sinon, la communauté repose sur la peur d’un autre, le tiers qui est temporairement notre ennemi commun, au risque qu’une fois l’ennemi absent, cette fraternité d’opposition ne se retourne en opposition de frères.
D’ailleurs, le tiers est aussi humain, sur notre commune nature, des différences considérables m’en éloignent plus que de ses victimes.
Renvoyant à l’angoisse, le « cela aurait pu être moi » pousse aux réflexes de protection, de méfiance de distance et empêche le rassemblement républicain d’une communauté humaine essentielle et en soi potentiellement durable au-delà des différences communautaires.
Bref, même dans la douleur, on ne se refait pas quant à ses visions politiques essentielles.

2 réflexions sur « Entendu @9 »

  1. Cécyle

    J’aime vraiment ce billet. Merci Isabelle de ton intelligence jamais démentie. Vraiment, merci. Je suis fière de notre vie en Hétéronomie.

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