Archives mensuelles : mars 2012

Entendu @10

http://www.franceculture.fr/emission-science-publiqueLors de l’émission Science publique consacrée à l’intuition, une discussion sur le lien entre celle-ci et le genre aboutit au consensus qu’il n’y a pas scientifiquement de quoi étayer la thèse d’une spécificité d’une intuition féminine. Ceci amène un des invités, ancien négociateur du Raid, à préciser que dans ce corps d’élite de la police, pour les négociations « on utilise des femmes » pour d’autres raisons, notamment l’absence de compétition entre un homme sur la sellette et les forces de l’ordre.
« Utiliser » ? Certes avec l’emploi de plus en plus anodin de la notion de ressources humaines, ce terme ne devrait pas choquer, mais dans ce contexte, cela a heurté mon oreille. Loin de considérer qu’il y avait une once de misogynie, car je ne doute pas qu’il aurait dit tout autant « on utilise des hommes », j’y sens une différence.
Qu’il y ait des hommes au Raid semble une évidence, qu’il y ait des femmes doit se justifier par l’intérêt spécifique de leur « utilisation », c’est un état d’esprit général qui se manifeste, je pense, là.

Colère @3

Peut-être aurez-vous été surpris que je n’aie rien écrit à ce jour sur « l’affaire de Toulouse » et ce tueur intégriste qui a fait beaucoup de dégâts. Dégâts humains, d’abord. Dégâts politiques, par ricochet. Cet événement m’a touchée, bien sûr, touché mon humanité comme mes engagements mais, pour l’instant, je ne me sens pas capable d’en dire quoi que ce soit de très intelligent. J’observe, j’écoute, j’essaie de comprendre. Et mon opinion se tisse au gré des informations dont je dispose, informations tellement partielles !
Alors, pourquoi ce billet ? Je vais vous raconter mon rêve de la nuit de dimanche à lundi, un rêve qui m’a réveillée trois fois, et qui me semble dire beaucoup de choses de ce tueur, de ce que je ressens, et de ce que je crois être le bien et le mal.
J’étais à mon cours de judo du lundi matin avec Christian ; monsieur C. n’était pas là. Il y avait par contre des judokas que je ne connaissais pas, en stage pour devenir assistants de cours. Dans la « vraie vie », ce cours aurait dû avoir lieu ce lundi. Dans mon rêve, plutôt que de travailler les katas, ces judokas, tous ceintures noires, travaillaient par deux des prises sous les conseils de Christian. Mon partenaire, que je ne connaissais pas, s’est mis à bavarder et à proférer des propos particulièrement racistes et antisémites. Je ne les reproduis pas mais ces phrases étaient dans mon rêve, très violentes (je les ai depuis occultées). À deux reprises, je lui ai demandé de se taire. Il n’en a rien fait et là, de colère, je l’ai surpris avec un magnifique ippon seoi nage suivi au sol d’un étranglement en sankaku jime (assez improbable en vrai). Christian est venu m’arrêter car en dépit des frappes de mon partenaire, je continuais à l’étrangler.
S’en est ensuivi, toujours dans mon rêve, une exclusion de ce judoka et une mesure de rétrogradation à mon égard, sanction d’une attaque qui n’avait pas lieu d’être sur un tatami. J’y perdais donc ma ceinture orange, à la fois fière de mes deux prises magnifiquement exécutées et penaude d’avoir fait justice moi-même. Christian, lui, était dans le même état d’esprit, désolé de devoir me rétrograder au vu de la qualité de mes prises et très mécontent que j’aie utilisé le judo pour faire taire cet homme raciste et antisémite, même s’il trouvait cela justifié.
Voilà. Mon inconscient a parlé. Ce qu’il dit ne me fait pas peur ; mon Surmoi veille !

Réclamation @10

EDF Bleu cielQuand j’ai emménagé, j’ai souhaité des prélèvements mensuels pour ma facture EDF. La première année, j’ai eu le montant de mes prédécesseurs, ce qui m’a valu un remboursement conséquent en fin d’année. Du coup, quand la facture suivante montrait des mensualités supérieures, j’ai dû batailler pour ne pas avoir de changement. L’année suivante, encore une augmentation de plusieurs euros par mois, mais cette fois, mon appel a été vain, l’agent soutenant que le montant était totalement justifié en fonction des équipements chez moi dont nous avons refait le tour. Jusqu’à réception d’un courrier rectificatif après passage d’un agent vérifiant les compteurs : mes mensualités passent de 27,27 euros à 19,53 euros, soit le tarif le moins élevé de toutes les factures.
Eh oui, on peut dépenser moins que les prévisions d’EDF…

Réclamation @9

J’ai récemment fait un billet reproduisant un courrier de réclamation à la SNCF. Pour tout dire, je n’y croyais pas trop, à ma réclamation, car si j’avais payé 15,20 euros de trop lors de cet échange épique, je n’en avais aucune preuve. Et chacun sait, pour l’avoir tenté au moins une fois, que la Sncf est avare de dédommagement, ce d’autant qu’elle décide en juge et partie.
J’avais donc opté pour un ton décalé, pas râleur, « aimable et drôle », comme a écrit Alex dans son commentaire à mon billet.
Eh bien, il semble que cela ait fonctionné. Non seulement j’ai reçu un « Bon voyage » de 15 euros, mais il est accompagné d’un courrier personnalisé où les excuses sont légion. Je m’en vais donc faire un courrier pour remercier la dame qui m’écrit. Ce me semble un minimum.

Grand homme @11

http://www.operadeparis.fr/Saison_2011_2012/Operas/Don-Giovanni/detail/Don Giovanni, un grand homme ? Euh, non, ce n’est pas le qualificatif que j’emploierais… En revanche, pour Mozart, oui. C’est ce qui m’a amenée à prendre des places pour son opéra Don Giovanni joué à l’opéra Bastille en ce mois de mars 2012. Les mises en scène y sont parfois déroutantes, provocantes, dérangeantes… mais aussi affligeantes !
Dans celle de Mickael Haneke, Don Juan et son valet Leporello sont devenus un patron et son secrétaire, la procession des villageois devient la fête de… personnels de ménage poussant chariot, portant serpillère et arborant masques de Mickey ! Ainsi, l’opéra populaire de la Bastille met en scène des techniciens de surface : popularité de surface ? Véritable démagogie plutôt, devenant rapidement dérangeante et nauséabonde, voire stupide : quand les deux hommes échangent leurs habits pour que l’un se fasse passer pour l’autre, ils troquent des costumes de cadre plus semblables que ne peuvent l’être les vêtements d’un gentilhomme et son valet.
Une histoire de pantalons ? Une pantalonnade oui ! Une bouffonnerie grossière, jusqu’à 180 euros pièce pour les meilleures places…

Ailleurs @7

Que Choisir de mars 2012 consacre un dossier à la « consommation collective », dossier que j’envoie à Isabelle qui adore ce genre de sujet. Je relève juste un détail dans l’article consacré à la consommation alimentaire et aux sites d’achats collectifs, des sortes d’Amap en version « je choisis le contenu de mon panier ».
Il est écrit : « Et pas hors de prix, loin de là : des carottes à 2,10 € kg, du potiron à 2,30 € kg, des pommes à 1,25 € kg, rien d’excessif pour des produits majoritairement frais et pour le marché parisien. »
Rien d’excessif ? J’achète mes carottes à un tiers de ce prix en moyenne, le potiron à 50 % et les pommes… Oui, les pommes sont en moyenne à 2,80 euros mais en sac, on tombe vite à 0,80 euro le kg… Je ne fais évidemment pas mes courses sur les marchés bio, ne suis pas regardante sur la provenance, achète en promo et « en sac ». Et la qualité ? Que Choisir démontre régulièrement que la qualité nutritionnelle des légumes de culture intensive n’est pas moindre que celle des produits bio et que les pesticides n’y sont guère présents. Et le goût ? Hormis les fruits, que je cuis souvent, je n’ai rien à redire à mes légumes de grande consommation…
Et l’éthique ? Quelle éthique ? Faire payer des carottes trois fois leur prix sous prétexte que l’on supprime les transports et les intermédiaires tout en faisant des achats groupés… Il y a une logique que je ne comprends pas.

Entendu @9

http://www.liberation.fr/societe/06015034-les-propos-angoissants-de-sarkozyMardi 20 mars 2012, le président de la République s’est exprimé après la minute de silence d’hommage aux victimes d’une tuerie dans une école juive. Extrait : « Ça s’est passé à Toulouse, dans une école confessionnelle, avec des enfants de familles juives, mais ça aurait pu se passer ici. Il aurait pu y avoir le même assassin, ces enfants sont exactement comme vous. »
Exactement les mêmes ? Oui, comme êtres humains, mais ce n’est pas parce que ce sont des enfants qu’ils ont été abattus, c’est parce que ce sont des enfants juifs. Nuance de taille, « détail de l’histoire » pourrait dire un autre homme politique. Quel hommage que de gommer ainsi l’antisémitisme de l’acte…
Ces propos manquent leur objectif fédérateur en s’appuyant uniquement sur la notion d’humanité. L’essence de la compassion comme souffrance avec l’autre s’appuie sur l’articulation entre ressemblance et différence. Je peux souffrir avec l’autre humain (même plus largement vivant) parce qu’il est autre, radicalement autre par le simple fait qu’il n’est pas moi. De ce point de départ, les autres différences, confessionnelles par exemple, sont accessoires, mais pas effacées. Je peux les prendre en considération et les comprendre sans les ressentir, les partager sans les vivre. Sinon, la communauté repose sur la peur d’un autre, le tiers qui est temporairement notre ennemi commun, au risque qu’une fois l’ennemi absent, cette fraternité d’opposition ne se retourne en opposition de frères.
D’ailleurs, le tiers est aussi humain, sur notre commune nature, des différences considérables m’en éloignent plus que de ses victimes.
Renvoyant à l’angoisse, le « cela aurait pu être moi » pousse aux réflexes de protection, de méfiance de distance et empêche le rassemblement républicain d’une communauté humaine essentielle et en soi potentiellement durable au-delà des différences communautaires.
Bref, même dans la douleur, on ne se refait pas quant à ses visions politiques essentielles.

Chouette ! @2

Une belle journée.
Samedi dernier, j’ai passé une belle journée.
C’est ce que je me suis dit, en me couchant et, en écrivant ce billet, je la savoure encore.
C’était une journée faite d’amitié, de partage de savoir-faire, d’une parole pastorale, d’un cocktail sans alcool, d’une tarte au butternut et d’une charlotte au chocolat, d’une cantate de Bach, de sourires, de rires aussi, d’émotion, de toutes sortes d’émotions, de tendresse et d’histoires que l’on raconte ; une journée simple, finalement ; une journée riche, forte. Une journée qui aurait pu passer inaperçue, aussi, si je ne m’étais pas arrêtée, sur le coup de 22 heures, en plein milieu d’une tartine de miel, pour en faire le constat.
Et quand j’écris ces lignes, j’ai aussi envie de me dire que ce dimanche à suivre est une belle journée ; et demain aussi ; et après-demain. Et tous les jours qui suivront. Je ne veux plus que des belles journées, même quand elles seront difficiles. Je veux être capable de me réjouir de chacun instant qui passe, de chaque brise d’amour qui vient me caresser la joue.
Une belle journée. Vraiment.

Merci, Isabelle et Alex. Merci Sarah. Merci au pasteur de l’oratoire du Louvre et à l’orchestre qui donnait la cantate. Merci Marie-Delphine, Estelle, Sophie, Samia. Merci Johanne du Fox et à ce garçon dont j’ignore le prénom. Merci à tous celles et ceux que j’ai croisés.
Merci la vie. C’est bon.

Lu @6

http://www.lemonde.fr/, 21 mars 2012, à un moment de la journéeLa présentation des sites internet des journaux avec multiples fenêtres, renvois sur des réseaux sociaux, diaporamas, brèves… induit parfois des télescopages malheureux. J’en ai constaté un exemple récent sur le site d’un grand quotidien national. Un encart « Live » au moment des négociations entre le Raid et le tueur présumé d’enfants juifs et de plusieurs adultes titrait « Toulouse : une intervention du Raid » juste au-dessus d’une photo de deux jeunes femmes en pleurs avec la légende suivante « Elle s’est déroulée en présence des parents et de la compagne enceinte du caporal, de dizaines de militaires, ainsi que de représentants religieux des communautés juive, protestante et orthodoxe. »
Non, ce n’est pas l’intervention qui était a été accompagnée ainsi, mais la cérémonie d’enterrement de l’un des militaires abattus.
Alors que les journalistes se targuent d’une déontologie, du sérieux et de la rigueur de leur travail, sans doute devraient-ils demander le développement d’outils qui ne les dévoient de façon aussi stupide et indécente.

Jardinage @3

Jeter d'oreille et de doigt !J’ai envoyé un texte érotique lesbien à lire à une amie aveugle hétérosexuelle. Elle me répond :

    « Je vais y jeter un doigt (comme mes collègues disent) et je te dirai. »

Je lui fais remarquer plus tard que l’expression, visant un texte érotique lesbien, et une lesbienne, pouvait être porteur d’une certaine ambiguïté. Elle m’a répondu qu’elle en avait eu conscience, et avait failli écrire autre chose, craignant mon esprit « tordu ». Elle a ajouté que pour un fichier audio, elle aurait dit « jeter une oreille ».
Je ne dois pas si être tordue que cela car, pour le coup (oups !), je n’imagine pas bien que faire des mes oreilles… Vous dites, monsieur Spock ?
Ah ! d’accord. Il fallait y penser !