Régis @2

J’ai vécu une expérience difficile lors du dernier Fêtez Dieu de David et Jonathan Pif. Le thème en était la « Communauté des croyants » et je ne me suis jamais sentie autant exclue lors de l’un de ces « partages de prière » que pourtant j’affectionne. J’y vais sans savoir si Dieu existe, assez hermétique à la parole de Jésus, avec la seule intention de partager l’instant, me poser une petite heure, chanter, et me nourrir de ces paraboles qui portent du sens et mènent à réfléchir.
Ce soir-là, donc, je suis arrivée un peu triste (pour diverses raisons). Pour inviter au partage et à la rencontre, il était proposé à chacun de mettre son prénom dans une corbeille (ma corbeille à tomates reconvertie pour l’occasion) afin qu’un autre puisse porter la prière de celui dont il aura pioché le prénom.
J’étais dubitative mais ai voulu « faire comme tout le monde ». J’ai ainsi mis mon prénom dans la corbeille et pioché un prénom. Jusqu’à présent, le fait que je ne prie pas ne m’avait pas semblé m’exclure du groupe. La chose ne m’avait pas paru obligatoire et là… Le garçon qui avait pioché mon prénom est venu me voir. Que pouvais-je lui dire ? Je ne savais pas. Lui non plus. Il est reparti bredouille. Et moi, j’ai pioché le prénom d’un garçon que je connaissais et qui m’a, pour reprendre une expression chère à Sarah, littéralement « vomi dessus » sans se soucier de l’écho que pouvaient avoir sur moi ses problèmes personnels. Il m’a ainsi listé les trois « intentions de prière » qu’il pensait faire ce soir-là et sommée de choisir entre les trois.
Comment faire ? Je me suis sentie piégée. J’ai demandé s’il était possible de faire autrement que de prier… « Penser à » m’a été proposé. Mais je ne pouvais pas ! Car si je « pensais à ce garçon », cela ne lui suffisait pas. Il voulait vraiment que je porte sa prière, que j’aille dire à Dieu ce qu’il souhaitait ! J’ai réussi à botter en touche sans trop le blesser j’espère en lui expliquant que je ne pouvais m’adresser ainsi à Dieu et en lui offrant l’un de mes Post’it pour qu’il puisse avoir trois intentions de prière, et non deux.
Je n’ai pas réussi à chanter, je n’étais vraiment pas dans le groupe, trop différente, même pas capable d’être gentille avec ce garçon et d’aller dire à Dieu de résoudre ses malheurs. Au moment de la lecture des « intentions de prière », je me suis rendu compte que je n’avais pas non plus envie que l’on prie pour moi. Si Dieu existe, sa fonction me semble l’exact contraire de ces « intentions de prière » et j’ai vraiment eu le sentiment que l’on me « volait ma conscience » à considérer que la prière était un acte quasi « naturel », comme s’il n’était pas possible de partager l’idée de Dieu sans que chacun de nous ait la même. Je suis partie comme une voleuse, abandonnant ma corbeille à tomates, encore plus triste qu’à l’arrivée. Je n’aurais pas dû mettre mon prénom dans le panier ; en m’excluant d’office, j’aurais pu mieux revenir dans le groupe.
Et là, à écrire ces lignes, je songe que j’ai vraiment intérêt à assumer mes différences si je ne veux pas trop en souffrir. Humilité et courage, avais-je déjà écrit. Je ne vois que ça.

Envoyer un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>