Tonton @8

Vous l’aurez sans doute remarqué mais nous écrivons, avec Isabelle, nos billets à l’avance afin que le flux ne soit pas perturbé par nos disponibilités respectives. Et chaque fois que l’une ou l’autre prépare un billet, elle l’envoie à l’autre pour une relecture amicale : fautes, propos qui iraient trop loin, rires et émotions partagés, etc.
C’est ainsi que j’ai envoyé à Isabelle mon billet « Tonton @7 » en format texte avec photo jointe après l’avoir avertie que le billet était « chargé d’émotion ». Avec son accord, je publie aujourd’hui sa réponse envoyée par mail, parce qu’elle m’a émue et que je ne voudrais pas qu’elle soit perdue dans le flot de nos mails.

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Cécyle,

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La photo est superbe. Il est beau, il ferme les yeux, sur lui, comme un recueillement, alors qu’il parle. Il est avec les autres et pourtant, il ne peut les regarder, il a besoin de ce repli, il s’en nourrit et l’offre aux autres. Quel écho à ton texte… D’autant qu’avec la malvoyance de ses enfants, ces paupières fermées, c’est un sacré lien. Bref, il y aurait beaucoup à dire pour ce très beau billet et cette photo qui donne un ensemble très fort.

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Ah ! Oui, tu as pu réagir fort à mon commentaire… ouf, je n’ai pas pris de claque !

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Je pense que la souffrance qui pousse à se suicider est parfois alimentée aussi par la souffrance que l’on sait causer aux autres en passant à l’acte. Pour ceux qui ne sont pas totalement fermés dans une source d’aspiration vers le « néant » (je ne me lancerai pas ici dans une discussion sur la vie après la mort et la spiritualité, car je pense que le suicide dépasse cette question, celui qui le commet n’étant même pas dans ces considérations), la souffrance des autres renvoie à sa propre impuissance à leur apporter autre chose et à surmonter sa propre souffrance. Cela doit faire sacrément mal de ne pouvoir aimer autrement, de ne pouvoir que se rendre compte, qu’assister, à l’évidence de cette ultime douleur, celle que l’on laisse derrière soi alors que l’on n’en ressentira soi-même plus… Cela pousse sans doute encore plus à avoir besoin de ne plus souffrir, à ne plus pouvoir supporter cette souffrance.

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La mort est plus ou moins subite et souvent on n’en parle pas, surtout aux gens que l’on n’imagine pas mourir, du fait de leur âge, ou parce que cela ne se fait pas, ou parce qu’on n’ose pas. Mais, pouvoir parler de la mort, c’est aussi parler de l’amour que l’on a, en évoquant la souffrance de l’absence. Je ne l’ai jamais fait avec mes parents et c’est dommage.

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La lettre laissée est une part de ce dialogue auquel tu n’as pas pu répondre, mais ton père savait sans doute qu’il ne pouvait pas faire autrement que te dire qu’il n’avait pas la force, le désir, les ressources de vivre même pour montrer son amour à ceux qu’il aimait.

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Bon, en tous les cas, je trouve que c’est bien que tu lui en veuilles, bien parce que c’est une facette de l’amour que de ne pas accepter tout de la mort, ne pas accepter les conséquences et les causes de son acte, mais l’aimer aussi jusqu’à accepter sa propre décision et l’acte lui-même. Ce sont les facettes du même amour porté avec la force de la bienveillance qui pousse à dépasser son propre ressenti pour donner de la place au ressenti de l’autre.

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Après, on peut se mettre des carottes dans les cheveux et casser des vases…

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Si cela arrive, c’est qu’on est vivant !

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Je t’embrasse très très fort,

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Isabelle

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Merci Isabelle ; je t’embrasse encore plus fort que ce que tu m’embrasses très très fort !

Note : On ne vous dira rien des carottes et des vases ; on garde (quand même) quelques secrets.
Autre note : J’ai écrit un Photocriture sur la mort de mon père. Le voici.
La boucle est bouclée.

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