Brosse @9

J’étais l’autre soir dans une soirée organisée par une association LGBT dont je tairai pour cette fois le nom. Au moment de partir, je me suis retrouvée face à trois garçons auprès de qui j’ai voulu faire la promotion d’un atelier d’écriture, précisant qu’il leur était ouvert (en tant que garçon). Comme cet atelier avait pour thème la sexualité, l’un d’eux m’a fait une remarque indiquant que l’échange inter-sexe sur le sujet était difficile.
Pour l’avoir pratiqué, je sais que c’est au contraire toujours très enrichissant. J’ai joué alors la provocation, énumérant quelques pratiques sexuelles « hard » chères à certains garçons. Et j’ai fini par ces mots « Et si on parle éjaculation, cela concerne aussi les filles ! »
Que n’avais-je pas dit ? Après avoir mis en doute la réalité de cette éjaculation, simple « écoulement vaginal » pour eux, refusé mes explications biologiques (« Une glande ne peut produire autant de liquide, c’est forcément de l’urine » a argué l’un d’eux, médecin), le même a expliqué aux autres qu’il avait vu cela dans un film porno et que l’actrice prenait clairement son pied. La discussion a ainsi dégénéré ; j’ai proposé de leur simuler un orgasme, là, en direct, sans les mains… Ils ont refusé, outrés. Je leur ai fait remarquer que leur propos était sexiste, que les films pornos sont l’expression d’un désir masculin… « Mais non, les filles aiment ça, aussi ! » et « Les actrices sont des salopes »… J’ai essayé de dire que… « Mais tu ne comprends pas ! » ; « Tu déformes tout ! » ; « Tu décrètes la domination masculine, ça n’existe plus ! » ; d’ailleurs « Ma mère qui a fait la vaisselle toute sa vie, c’est elle qui maltraitait mon père… »
J’étais en colère, en colère de devoir argumenter encore sur ces points dans un milieu où normalement ces questions ne devraient plus faire débat, en colère d’être celle qui ne « comprend pas », « n’entend pas » et forcément, « est agressive ». Et je n’ai pas su en effet faire autrement qu’être en colère ; je suis allée raconter l’altercation à deux autres femmes présentes et entendu dans mon dos « Et elle va le dire à ses copines ! »… Je ne suis pas revenue placer un Ipon, mais cela m’a fortement démangé.
Que faire ? Je ne sais pas. Il y a bien sûr la solution de leur laisser le privilège de l’éjaculation et de se la jouer « potiche de salon » ; cela passe très bien et la mixité, dans ces conditions, est facile… Facile… Pour eux ! Et pour moi ?
Vendredi 25 novembre 2011, à Paris, 18 heures, près de Beaubourg, il y a un rassemblement contre la violence faite aux femmes. Je ne pourrai pas y aller mais vous convie à le faire !

3 commentaires pour Brosse @9

  • Valérie

    je n’étais pas là, donc je ne peux que me faire une idée … mais ne les avez vous pas un peu trop bousculé dans leurs certitudes ? Dans leurs préjugés ? Les hommes n’aiment pas être « bousculés », vous mettez en cause la virilité qu’ils pensent détenir de fait … Ils ne méritaient pas votre colère …

    • Cécyle

      « Trop bousculés »… Devrais-je donc laisser intacte la domination masculine ?
      Il n’en est pas question. Quel qu’en soit le prix.
      Vous venez de me convaincre de ne pas baisser la garde ! 😉
      Hajime !

  • Cécyle

    Je vous invite à lire ce texte de Bourdieu sur la domination masculine paru dans le Monde diplomatique en août 1998.

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