Charité @4

Je regardais l’autre soir par hasard un reportage sur la misère (Complément d’enquête, France 2, 11 octobre 2011)… C’est dur, la misère : un homme de 50 ans dort dans sa voiture ; une femme vit dans une caravane et vole de la viande ; les métallos de Metal Europe perdent leur emploi. C’est dur. Mais en général, je me blinde, avec des pensées pas forcément très généreuses à l’égard de ces personnes ; j’ai globalement confiance dans le système d’aide sociale de mon pays et dérive parfois à considérer que certains ne sont pas loin de l’avoir cherché…
Ce n’est pas bien de penser ainsi, mais c’est comme ça, un contre-effet de l’idéal méritocratique qui a bercé mon enfance… Et alors que je me retenais à ces pensées antisociales, le reportage a posé sa caméra dans une chambre d’hôtel, 10 m2, deux lits, une femme et sa fille, pas de chauffage, pas d’eau courante, un cabinet de toilette sur le palier où il faut apporter son eau, 5° dans les parties communes… 800 euros par mois !
À l’étage du dessus, toute une famille dans deux chambres séparées par un couloir… 1500 euros dont la moitié payée par la Ville de Paris. Au rez-de-chaussée, une femme de 75 ans et sa fille de 55 ans dans une pièce sans fenêtre ni aération, un seau de toilette et le gardien de cet « hôtel » qui les harcèlent…
Je connaissais les marchands de sommeil. Là, j’ai vu. Mon seul mot a été « C’est dégueulasse » et je ne comprends pas que la Ville de Paris n’ait pas trouvé d’autre moyen pour aider ces personnes que d’encourager l’enrichissement de ceux qui profitent de la misère des autres. En me couchant dans mon lit provisoire, j’ai pensé au monsieur qui dort dans sa voiture. Que ferais-je si je devais dormir dans une voiture ? J’y dormirais, si je n’ai pas le choix.
Avoir le choix… Promis. Quand je regarderai un reportage sur la misère, j’oublierai mon idéal méritocratique ! En plus d’être aidées par les pouvoirs publics, ces personnes ont aussi besoin de mon indignation et de ma compassion. De la nôtre. Vraiment.

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