Charité @3

On a fait une longue promenade avec Isabelle afin de découvrir la Coulée verte du Sud parisien, depuis Massy jusqu’à Châtillon. Après avoir trouvé en tâtonnant le départ, nous avons très vite pris un chemin bis, puis un chemin ter, petit sentier foulé au pied qui longeait la voie ferrée au milieu des ronces. Nous n’étions pas inquiètes, la route était juste en bas du haut talus à la végétation très dense et nous entendions distinctement le bruit de la circulation.
Et puis, très vite, nous avons trouvé des mûres ! Isabelle s’est souvenue de Pornic, moi des bords de route héraultais et des boîtes vides de Benco que nous remplissions du précieux fruit à confiture. Nous avons donc continué à avancer, concentrées sur notre cueillette (surtout Isabelle qui marchait devant), plaisantant sur la découverte possible d’un cadavre (surtout moi qui lis les pages Faits divers du Parisien). Puis, sans prévenir, le décor le long de la voie a changé. À la place des ronces sont apparues les charpentes en bois de « maisons » encore à demi recouvertes de bâches en plastique… Les lieux n’avaient visiblement pas été habités depuis un moment déjà, la nature avait repris une partie de ses droits.
Cette dizaine de constructions alignées comme à la parade avait pourtant un air inquiétant. On imaginait volontiers qu’elles auraient pu être encore occupées et même si je ne suis pas peureuse de la misère et des personnes qui la vivent au quotidien, d’un coup, la route m’a paru si loin, presque inaccessible… Et l’idée que des gens, des hommes sans doute, aient pu vivre là, reclus, cachés, si loin et si proches de la ville, m’a remplie d’effroi ; j’ai pensé à Sangatte et j’étais triste de cette misère dont notre économie a besoin pour prospérer, triste autant de mon impuissance à ici changer le monde.
Et j’étais aussi soulagée que les « maisons » fussent vides car je n’aurais pas aimé croiser leurs habitants dans un lieu si reculé. Cette peur me chagrine mais je ne peux la nier. J’ignore où sont ces gens aujourd’hui. Cachés quelque part, ou expulsés, à coup sûr. Et j’en suis affligée aussi. Ah ! la contradiction des sentiments selon le point de vue duquel on se place. Comment faire pour les concilier ?

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