Bigleuse @6

La loi des séries…
Même si je travaille à la maison, ma vie sociale est riche, par mes activités associatives notamment. Je pense donc pouvoir dire que j’en ai croisé du monde en quarante-huit ans et des poussières et, même si je ne communique pas toujours sur le sujet, ma bigleuserie n’a jamais posé problème, au sens où depuis que je suis adulte, je n’ai pas senti être stigmatisée sur ce point dans mon « cercle privé ». Au contraire, les gens sont en général compatissants (un peu trop parfois) voire admiratifs de mon autonomie (ça, c’est quand ils arrivent à mesurer ma déficience visuelle, ce qui reste assez rare).
J’ai été pourtant, ces derniers mois confrontée à deux témoignages de la part de femmes qui m’étaient suffisamment proches pour que leur propos me secoue. La première, tout en saluant mon « courage » (je n’aime pas ce mot ; je ne suis pas courageuse ; juste je n’ai pas le choix) était très inquiète du fait de savoir si je la voyais assez pour voir combien elle était belle… La seconde trouvait ça « chiant » (citation exacte) d’avoir une copine malvoyante.
Ces deux considérations sont suffisamment énormes pour que je sois en mesure de considérer qu’elles ne doivent pas me toucher puisque cela en dit plus sur ces personnes que sur mon handicap ; mais j’en ai été touchée, et triste, et blessée. Par la première, car elle me retirait le « droit de voir », car je vois même si ma vue n’est pas la sienne ; par la seconde, parce qu’elle touchait à mon autonomie, à tout ce que je mets en œuvre pour que la plupart des gens n’aient pas même un doute sur mon acuité visuelle.
Impossible de traiter cela par le mépris, donc. Que faire ? J’ai rompu toute relation avec l’une et l’autre, l’une notamment pour cette raison, l’autre juste sur ce point, ce qu’elle n’a d’ailleurs semble-t-il pas compris (n’est-ce pas ce qui m’affecte le plus ?) Mais cela n’est pas suffisant. J’ai besoin de plus pour passer outre ces « blessures narcissiques » qui renvoient forcément à d’autres, plus profondes. Une bonne sœur coach (ça existe !) disait que le bien-être correspond à la manière dont on est capable de gérer sa souffrance…
Je gère donc et vais aller mettre tout ça dans mes Feuillets en plus de ce que je viens d’amorcer dans ce billet. Ils s’y prêtent et, en général, l’écriture a le don de me faire du bien. Marcher aussi. Il y a justement une amie qui m’attend rue Lafayette ; j’y cours.

6 réflexions sur « Bigleuse @6 »

  1. Valérie

    Pour la première … pour vérifier sa supposée beauté (ben oui c’est quand même subjectif la beauté) je lui aurai demandé dans un premier temps de se mettre nue puis je lui aurai bander les yeux pour mieux la « regarder » avec les mains ; pour la seconde, je l’aurai autorisée à rester habillée mais lui aurai également bandé les yeux puis je lui aurai demandé de traverser la rue …

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    1. Cécyle Auteur de l’article

      @ Valérie
      Très jolie solution, en effet ! Ca m’a fait rire ; c’est bon signe !

      Note spéciale pour Isabelle : M’y vois là !

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  2. elsadorsa

    Pas plus tard qu’hier au restaurant….j’ai eu une remarque d’une « copine »… sur la façon de m’habiller, j’avais un pull… assez près du corps… je n’avais pas mis de soutien-gorge (j’aime pô les prothèses).
    Nous étions au dessert quand Madame a fait sa remarque, J’ai enlevé mon bonnet (j’aime pô les perruques), j’ai pris mon téléphone portable puis cherché son nom dans le répertoire, je lui ai montré son prénom a l’écran puis effacé de ma liste… Putain, mais que cela fait du bien !

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    1. Cécyle Auteur de l’article

      Et elle lui reprochait quoi, à votre pull ?
      J’aime bien la manière dont vous avez rayé son nom du téléphone. Jolie claque ! 😉

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  3. elsadorsa

    Il me manque un sein (mammectomie)… Et cela se voit quand un vêtement colle au corps 😉
    Ceci dit… je dois évoluer puisque c’est bien la première fois que je montre ma tête sans cheveux… en public… 🙂

    J’ai aussi une collection ou plutôt un bêtisier de phrase qui tue, du style : « toi, c’est cool, on ne dirait pas que tu as le cancer » !!! Ben voyons, j’aurais dû me faire tatouer un crabe sur le front ? Et mes cheveux, mes cils, mes sourcils, mes paupières gonflées, mes yeux qui pleurent tout le temps… à part ça cela se voit pas ???
    J’en rigole maintenant… 😉

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    1. Cécyle Auteur de l’article

      Cela me rappelle cette gentille partie du judo où il m’a fallu cinq bonnes minutes pour me rendre compte que le truc étrange chez cette petite fille qui me regardait tout aussi étrangement était qu’elle n’avait pas de bras. J’étais tout aussi étrange pour elle. On s’est régalées ensuite à faire du judo-pied ! 😉 Par contre, je n’ai pas cherché à rivaliser avec « son attraper de chips entre doigts de pied » !
      Ceci pour dire que dans notre Vie en Hétéronomie, on coupe souvent les cheveux en quatre mais on ne compte pas les nichons ! Mais vous l’aurez déjà compris… 😉

      Allez, la devise du soir (je l’ose) : un nichon vaut mieux que deux tu ne caresses pas !

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