Archives mensuelles : mai 2011

Décroissance @4

Ah ! Un peu de repos...Il y a quelques semaines, lors d’un dîner, je me suis rendu compte qu’un canapé en bon état allait finir le lendemain sur le trottoir. Il allait se retrouver à la portée de n’importe quel client sans être hors d’âge ni d’usage. J’ai donc posé une option et cherché une solution pour lui faire traverser le canal de l’Ourcq afin qu’il trouvât asile chez moi. Grâce à sa propriétaire, à des voisines et à un ami de ma soeur, hop ! j’ai eu un canapé dans mon appartement au lieu d’un acheter un sur lequel je n’arrivais pas à me décider. Cette semaine, dans ma rue, c’est une table basse, un meuble bas de télé et une vieille radio que j’ai recueillis de leur échouage sur le macadam.
Ce n’est pas tant le gain financier de cette dépense non effectuée, que je n’aurais au final pas faite, notamment pour les deux derniers meubles dont je n’ai pas « besoin », que le plaisir de la découverte, le recyclage et l’opportunité d’aménager différemment qui m’ont réjouie. Je ne récupère pas tout ce que je vois, largement pas, mais certains objets surgissent et prennent leur place dans mon environnement. Ils me permettent d’envisager de modifier mon monde intérieur, d’ajouter, enjoliver…
Non seulement, ces objets ne seront pas gâchés, mais ils participent à une économie du lien social : je pense à autrui, je donne pour que quelqu’un en profite, je stocke pour l’autre, je m’arrange pour aider à descendre, transporter, monter… Bref, ces actions sont destinées à l’autre, car il serait aussi simple de mettre sur le trottoir quand ça arrange, de casser les objets pour les déplacer plus facilement, de ne pas mettre un mot ou une caisse permettant de transporter une vieille radio.
J’ai beaucoup donné via des sites de recyclage au sens de donner plutôt que de jeter, au prix parfois de rendez-vous manqués, de maints échanges de messages pour arriver à trouver un créneau afin de donner un petit objet, mais je n’ai jamais regretté le principe. Donner, recycler, faire circuler… des objets, du temps, de l’énergie, c’est, à mon sens, transmettre un peu d’amour de l’humanité.

PS : J’ai le même rapport à la revente d’objets, car cela participe aussi à la circulation des objets. J’ai juste envie d’éviter la stérilité du gâchis.

Anniv’ @2

Pendant des années, je me suis refusée à fêter mon anniversaire, considérant que je n’avais pas envie de me réjouir de vieillir. Je tenais ça de ma mère, je crois. Et puis, je n’aime pas les « fêtes » au sens où on l’entend ; j’aime les partages à deux et, quand il y a beaucoup de monde, je m’ennuie à passer de gens en gens pour ne finalement pas dire grand-chose.
Je ne fêtais donc pas mon anniversaire et peu sont celles et ceux qui osaient me le souhaiter. Mais, de fil en aiguille, depuis que j’ai passé quarante ans, je me surprends à aimer vieillir car j’aime ce que le temps me donne, me construit, me permet d’être. Cela me rappelle une remarque que j’avais faite à maman qui se plaignait des effets de l’âge. Je lui avais rétorqué, avec violence « Mais toi au moins, tu es en vie. » (Je faisais référence à mon père, mort il y a bien trop longtemps).
Et je me rends compte que oui, je suis en vie. Et que c’est diablement bon, cette chose-là ! Comment par exemple ne pas être émue devant cette bougie allumée par Pascale pour un anniv’ anticipé ? Je le suis. Car c’est ce que je veux de la vie : de l’amour et des émotions. C’est du boulot, je sais. J’y travaille.

Course @8

A boire !J’ai de plus en plus un véritable problème avec la participation à des courses organisées. Non, pas seulement mes histoires de genou ou de chaussures, mais l’impact écologique… En effet, la course est présentée à juste titre comme en soi un sport accessible à tous financièrement et en disponibilité : il suffit d’un équipement léger, qu’il faut renouveler, mais pas tant que ça et hop on court autour de son pâté d’immeubles ou de son coquet pavillon.
M’ouais, mais les courses organisées, c’est une plus ou moins grosse organisation et des ravitaillements. En général, le minimum est de distribuer de l’eau tous les cinq kilomètres (c’est vraiment bienvenu pour le coureur), parfois du sucre, des raisins secs et des quartiers d’orange. L’eau est soit en gobelet en plastique, soit en bouteille en plastique. Ces bouteilles sont de 50 cl la plupart du temps, rarement en 33 cl. Beaucoup de coureurs ne boivent pas toute l’eau et jettent leur bouteille au bout de quelques mètres et quelques gorgées, histoire de ne pas perdre trop de temps. Quand il fait chaud, l’eau de source sert à mouiller le front, la nuque, la figure. Bref, le spectacle des bouteilles juste après le ravitaillement ou à l’arrivée me désole de plus en plus. Elles sont fort rarement recyclées, car même quand il y des emplacements spécifiques pour les mettre, les peaux de banane et trognons de pomme mis dans ces cartons ou sacs plutôt que dans ceux auxquels ils sont clairement destinés gâchent le processus de recyclage.
Je devais participer prochainement à une course où il est annoncé que justement pour tenter de contrer cet aspect de gâchis, il sera distribué à chaque coureur un bidon avec lequel courir et à remplir au ravitaillement. Je ne serai pas présente pour voir comment cela va se passer, mais je ne manquerai pas de guetter les commentaires…
Il y a aussi de nombreux prospectus distribués. J’ai certaines annonces de courses en moult exemplaires, tant elles sont annoncées des mois à l’avance sur de multiples courses.
J’apprécie les courses, l’ambiance, la possibilité de se mesurer à un kilométrage, mais j’ai de plus en plus de mal avec ces aspects de gâchis. Dilemme…

Bééé @1

Animaux grégaires en Nouvelle-ZélandeIl n’y a pas longtemps, j’ai participé à un jury de recrutement. À la question de ce qui motivait son choix de la fonction publique, une postulante a répondu que c’est « l’esprit d’équipe », qu’elle y avait rencontré au cours d’un contrat, contrairement à ce qu’elle avait vécu ailleurs. Ceci nous a réjouis, jusqu’à ce qu’elle ajoute, pour compléter son idée « c’est bien le côté grégaire ». Cela m’a d’abord sidérée avant de m’atterrer. J’ai supposé qu’elle ne savait pas exactement ce que cela voulait dire, mais je me suis dit que ce soit le cas ou pas, c’était peut-être de toutes les façons sa manière de considérer le positif de l’esprit d’équipe. Au fond, c’est ça qui m’afflige le plus !…

Agit-prop’ @1

Il fallait bien que je dise quelques mots de « l’affaire DSK »… Quelques mots décalés. Je ne souhaite pas faire de commentaires prématurés dans une affaire en cours d’instruction, sauf à dire, comme de nombreuses féministes, que la présomption d’innocence n’est pas exclusive du respect dû à la victime et que le sexisme qui entoure le traitement de cette affaire est inacceptable.
J’en reviens à mon commentaire…
Quelques jours avant l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, je sors de l’ascenseur et remarque une chose bien étrange accrochée à la poignée de ma porte. Je m’approche, curieuse, intriguée. Je finis par comprendre qu’il s’agit d’un tract du PS en forme de « Do not disturb » et, en vieille routarde de la communication politique, j’applaudis à la trouvaille, originale et très efficace par rapport à un simple tract glissé sous la porte.
Au vu des circonstances de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, je me demande si l’allusion hôtelière peut survivre à l’actualité…

Princesse @2

Nouvelle séance de soutien scolaire. Trois filles de CM2 sont là.
Il est question de chatte. Ça rigole. On en vient très vite à nommer l’appareil sexuel autrement que par mots argotiques.
— Quel est le nom du sexe de l’homme ?
— L’anus.
Très queer !

Commémoration @3

Autocollant CécileLe dimanche 22 mai est le jour d’une fête juive, Lag Ba’omer. Je ne le savais pas jusqu’à passer ce matin-là lors d’une course devant un établissement où un grand camion du consistoire se tenait à l’entrée d’une cour où s’engouffraient des juifs du quartier en habit. Lors de second passage devant ce lieu, plusieurs fillettes sortaient, accompagnées d’adultes. Le fait n’avait rien de notable, mais un élément m’a frappée : les enfants portaient un gros autocollant rectangulaire sur la poitrine, avec sans doute leur nom. Rien de particulier à cela, c’est vrai… Un seul détail pourtant a suffi à me laisser perplexe et mal à l’aise : la couleur, jaune.
Acte manqué ? Question pratique de disponibilité ? Quoi qu’il en soit, parmi la palette de couleurs, même fluo, ouvertes par les boutiques d’accessoire de bureau, le choix de cette couleur-là me semble si peu anodin. Je ne sais pas si cela a suscité des discussions ou des réactions parmi la communauté, en tous les cas, cela m’a trotté dans la tête pendant que je continuais à galoper vers le point d’arrivée.

Route @2

Têtu.com s’est fait l’écho d’une étonnante discrimination dont a fait l’objet un automobiliste italien : son permis lui a été suspendu après qu’il a révélé son homosexualité au motif que celle-ci « fait surgir des doutes sur la continuité des aptitudes psychophysiques requises pour posséder le permis ».
On s’indigne bien sûr, mais ce n’est pas le plus intéressant. La question que je me pose est de savoir à quoi ce motif pourrait bien faire référence. D’abord, je relève la référence à un concept que j’avoue ne pas connaître « la continuité des aptitudes psychologiques ». Car les « aptitudes psychologiques », je connais. On peut imaginer, par exemple qu’il est impossible à un homme de conduire en toute sécurité s’il bande chaque fois qu’il croise un gendarme. Cela expliquerait d’ailleurs pourquoi les femmes hétérosexuelles sont réputées si mauvaises conductrices : le désir du gendarme les pousse invariablement à la faute.
Ce n’est bien sûr qu’un exemple pourtant hors de propos puisque l’argument est la « continuité » de l’aptitude psychologique et non l’aptitude elle-même. Qu’est-ce qui, dans le fait d’être homosexuel, provoquerait invariablement une rupture de la continuité de l’aptitude… sexuelle, c’est le poppers… psychologique… ? Vraiment, je m’interroge. À moins, bien sûr, que le rédacteur de l’argument ne soit un grand défenseur de l’homosexualité qui craint que face à l’homophobie ambiante beaucoup de pédés ne renoncent à leurs penchants et se mettent à débander à la vue du gendarme…
C’est tordu comme raisonnement, j’en conviens. Vous avez une meilleure idée ?

Entendu @3

Lors d’un cours d’anglais, nous évoquions les prénoms. Récemment un fait divers concernait un enfant dénommé Love. Pour notre professeure, Américaine, c’était forcément un prénom de fille, car « l’amour est féminin » dans sa conception « intuitive » du mot. Dans la discussion, nous remarquions que les prénoms français se rapprochant le plus de cette notion portent la marque du genre : Désiré, Désirée, Aimée, Aimé. On notera toutefois que les prénoms renvoient à l’objet de l’amour – être aimé -, et non à l’amour lui-même. Bon, ce n’est pas si simple dans notre langue : entre l’amour masculin et les amours féminines, il y a de quoi en perdre son latin !

Extravagance parisienne @1

Dans la rubrique de mes échanges avec les associations LGBT, me revient une anecdote en même temps que j’écris mon billet « M’sieur, M’dame @2 » et que je lis le billet d’Isabelle sur les grandeurs sans misère de la vie de bigleux.
Une association qui anime une émission radio m’avait invitée. Je me suis renseignée sur le lieu, sachant que mon handicap visuel contraint mes déplacements, surtout hors périphérique. Dans mon mail, j’avais bien indiqué que j’étais malvoyante, chacun sait que j’ai écrit un livre sur le sujet… Au vu de la situation géographique du lieu de l’émission, j’ai dû décliner l’invitation.
Mon interlocuteur en a été fâché, vilipendant ces Parisiens suffisants qui refusent d’aller en banlieue. Je lui ai répondu, arguant de nouveau de ma déficience visuelle, lien sur Tu vois ce que je veux dire à l’appui.
Sa réponse : « J’avais pris votre argument pour une extravagance parisienne. »
Délicieux ! Autant le prendre ainsi.