Course @4

Dossard humarathonIsabelle, à l’occasion d’un semi-marathon, s’interroge sur le fait de savoir si payer un coureur à pied revient à exploiter son corps (« Course @3 »)… Le sujet est vaste et, en ces temps où l’on envisage de passer à l’amende les clients des prostituées, va-t-on enfin voir les stades de foot se vider au motif que payer pour voir le corps d’un athlète en mouvement est une activité d’inspiration prostitutionnelle.
Je pousse le bouchon un peu loin, bien sûr ! Mais j’aime bien ! Je continue donc. Dès que l’on exploite la force de travail, physique ou intellectuelle, on exploite le corps. Et si l’on reprend la définition du Petit Robert de « prostitution », « Le fait de « livrer son corps aux plaisirs sexuels d’autrui, pour de l’argent » (Dalloz) et d’en faire métier; l’exercice de ce métier ; le phénomène social qu’il représente. », il faut reconnaître que sauf à prouver qu’ils bandent et jouissent juste en regardant courir les stars de leur ballon, il va être compliqué de verbaliser les supporters du PSG. Dommage.
Ceci étant, d’autres cas ont occupé les tribunaux, en matière d’exploitation du corps. Je pense principalement au « lancer de nains ». Oui, cela existe. On prend un nain et hop ! on le lance, à main nue le plus loin possible, ou plus drôle encore, avec un canon. Au nom de la « dignité humaine », ces lancers ont été interdits. Et les nains volants ont protesté : ils y ont perdu leur gagne-pain. Je ne sais plus quel est le fin mot de l’histoire mais ce n’est pas très important car la question revient à celle posée par Isabelle : le consentement est-il suffisant pour rendre l’exploitation du corps acceptable ? Et que vaut ce consentement quand il est motivé par la survie économique, sociale ou même affective ?
Je n’ai évidemment pas les réponses à ces questions mais les poser est déjà important. Merci Isabelle !

4 commentaires pour Course @4

  • Isabelle

    Marcela Iacub évoque ces questions, notamment dans L’anti-manuel d’éducation sexuelle. Elle y parle notamment de ce jugement où une jeune fille n’avait pas été considérée comme consentante alors qu’elle disait l’être, mais était… amoureuse. Or, selon le juge, l’amour l’avait aveuglée et elle avait eu des relations sexuelles avec un jeune homme sans le supposé consentement éclairé qui l’y aurait fait renoncer. En quoi ne pas être amoureuse l’aurait forcément empêchée de coucher avec lui ? Le droit est lieu d’interprétation, mais là, n’est-ce pas particulièrement subjectif ?…

    • Cécyle

      Je ne crois pas que ce soit là la question. Le juge a certainement considéré que le fait d’être amoureuse la mettait dans un état d’aliénation tel que son jugement était altéré.
      Il faudrait revoir les faits et les arguments car cela peut tout à fait s’expliquer (en droit) si la jeune fille était considérée comme fragile ou de santé mentale délicate.
      Le vice de consentement n’est pas là pour exonérer la victime de sa responsabilité mais pour la protéger.

      • Isabelle

        Le hic est qu’en l’espèce, à part l’âge et l’amour, il n’y avait pas, de mémoire, de nécessité de considérer un problème de jugement. La question du consentement est bien pour protéger la victime, jeune fille ou nain (ou inclusif), mais dans cette affaire a servi à condamner le prévenu avant tout.
        Pour le lancer de nains, d’après ce que j’ai lu, il n’y a pas d’interdiction en soi, mais possibilité au cas par cas d’interdire.
        Cf. Wikipédia « Le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies a décidé en 2002 que cet arrêt n’était pas discriminatoire, mais nécessaire au maintien de l’ordre public, au regard notamment de considérations de dignité humaine. Il n’est pourtant pas tout à fait exact de dire que le lancer de nain est interdit en France. Le Conseil d’État a décidé qu’une autorité locale pouvait interdire ce genre de manifestation en public. » Cf. aussi l’arrêt du Conseil d’État du 27 octobre 1995.

      • Cécyle

        Je viens de lire l’article de Marcela Iacub, dans Bêtes et crimes (p. 166), sur cette affaire d’amour qui aurait altéré le jugement de la victime. L’affaire se déroule aux États-Unis. La différence d’âge (15 ans pour elle, 23 pour lui) semble avoir joué pour que l’amour soit considéré comme une « contrainte psychique ».
        En France, une affaire de viol collectif où la victime (15 ans toujours) s’est rendue délibérément, et à plusieurs reprises, sans contrainte physique, à l’endroit où elle se faisait agresser a retenu un argument de nature identique : la « sidération psychique » liée à l’intériorisation, par les filles de certains quartiers, de leur condition d’objet sexuel violables à merci. L’argument a été renforcé par le comportement de la victime identique à celui d’une victime de viol.
        Marcela Iacub conteste l’argument. Je reste dubitative car il me semble que ne pas dire non ne vaut pas forcément oui, surtout à l’âge de 15 ans, surtout dans des conditions psychologiques difficiles. Que ne ferions-nous pas, chacun, pour obtenir un peu de reconnaissance ? Que ne ferions-nous pas pour entretenir l’illusion de l’amour ?
        Ce n’est pas un argument de droit ; je laisse le soin à Marcela Iacub de me ramener, à l’occasion d’une autre lecture, à meilleur considération juridique. Quoi que…

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