Archives mensuelles : avril 2011

Route @1

La « toute-puissance » de l’automobiliste est quelque chose que je peine à comprendre au point de susciter ma colère. J’en veux deux exemples récents, un plus dramatique que l’autre, pour l’instant.
L’un des marronniers de la Liste des albinismes où nous discutons de ce qui touche peu ou prou les albinos et leurs parents et amis, est le permis de conduire. Le code de la route limite le passage du permis à une acuité visuelle de 5/10 ce qui n’empêche pas certains d’entre nous de conduire, des véhicules « sans permis », des deux roues motorisés, des vélos… Qu’ils mettent leur vie ne jeu, peu me chaut ! Ce qui m’embête plus, c’est l’idée de traverser la route qu’ils emprunteraient. J’ai tenté d’attirer leur attention sur leur responsabilité civile et pénale. J’ai eu pour réponse « Laisse conduire ceux qui estiment pouvoir le faire avec le maximum de sécurité », comme s’il appartenait à chacun d’être juge de sa capacité à conduire !
C’est certainement ce qu’a fait ce conducteur qui a utilisé son véhicule, privé de son permis de conduire après de multiples infractions, après quelques verres et foncé dans un Abribus à plus de 100 km/heures (en ville) et tué trois personnes. Boum ! J’ignore ce qu’il a déclaré à la police mais il est évident que quand il a pris son véhicule, à l’instar de mon interlocuteur albinos, il a considéré « pouvoir le faire avec le maximum de sécurité ». Et le pire, dans cette affaire, ce sont les déclarations des « témoins » enregistrées vingt-quatre heures plus tard par France 3. Ont-ils dénoncé le comportement irresponsable du conducteur ? Que nenni ! Ils ont, chacun leur tour (ils étaient trois, tous des hommes), dénoncé le carrefour, mal conçu, qui ne pouvait que provoquer un accident !
Serait-ce à dire que ces trois-là étaient sincèrement solidaires de ce conducteur, parce qu’eux aussi prennent le volant convaincus de « pouvoir le faire avec le maximum de sécurité » après avoir bu quelques verres, avec ou sans permis, en dépassant les limitations de vitesse dont chacun sait qu’elles ne sont qu’un moyen détourné de vider les porte-monnaie des pauvres automobilistes injustement surveillés par les méchants gendarmes ?
Oui, je le pense. Henri Tachan chantait que « La chasse (…) c’est le coït des frustrés ». L’automobile aussi !

Forêt @3

La Laïta n'est pas ma rivière...J’ai récemment passé quelques jours dans une chambre d’hôtes en Bretagne. Les hôtes m’ont conseillé des chemins, en particulier le long de la Laïta. Ils ont notamment évoqué l’autre rive, me précisant que de ce côté-là, c’est plus « scabreux ». Je n’ai réagi qu’intérieurement à cette utilisation du mot, mais j’ai trouvé cela assez drôle. Si scabreux peut être utilisé en langage soutenu pour ce qui est risqué ou périlleux, c’est, je crois, plutôt au sens figuré. Qu’ils aient utilisé de façon particulièrement pointue ou de façon malpropre le mot, c’est assez inusité pour parler marche à pied.
Ils m’ont précisé que pour atteindre l’autre rive, le mieux est d’utiliser le bac. À cette période de l’année, il faut demander ses horaires au passeur. En ces temps de chasse aux clients de prostituée, n’est-ce pas dangereux de solliciter une passe pour trouver plus scabreux ? Ah, non, pardon, il s’agit d’un passage, enfin, ce terme n’est pas beaucoup moins porteur (aux nues) de sens.
Bref, voilà comment perspective de randonnée conduit sur les voies glissantes de l’imaginaire érotique. Ah, quand l’imagination saute le pas ! Oups, encore de la métaphore, bon, j’arrête là…

Écrivaine @3

À chaque personne qui me demande quand je publie un prochain livre, je réponds que je n’ai plus d’éditeur et que le temps sera sans doute long avant que je n’en retrouve un autre. Les uns et les autres sont toujours sincèrement désolés pour moi et m’abreuvent de gentils conseils pour que ma situation économique s’arrange au plus vite. Le plus souvent, on m’invite à infléchir les thématiques de mes romans : « Fais moins lesbien ! » ; « Et si tu écrivais un truc avec des hétéros ? » ; « Les polars, ça se vend bien »…
Là, s’engage invariablement une discussion sur la création littéraire tant je peine à comprendre que l’on puisse dire à un créateur d’orienter son travail en fonction du marché. J’ai rarement gain de cause, mes interlocuteurs arguant immédiatement mon entêtement et mon intransigeance. Car, « quand même », je pourrais faire un effort et cesser de m’obstiner à écrire des cochonneries lesbiennes… Le fait que j’écrive aussi autre chose (ceci, par exemple ; ou cela) n’est jamais considéré comme un argument comme si ce travail n’existait pas ; ce n’est pas publié ; j’imagine que ceci explique cela.
Ce « rappel des faits » est là pour m’amener à ma dernière (en date) discussion sur le sujet avec une de mes lectrices dont je sais qu’elle n’a lu que Once upon a poulette (1998). J’en étais à l’argument de « Mais j’écris autre chose », quand elle avance : « Le problème, c’est ton style. Il faut que tu changes ton style. » Je lui fais remarquer que, depuis mon premier roman, mon style s’est sans doute affiné et que j’ai multiplié ses modes d’expression…
— En fait, tu es chiante ! Tu pourrais t’adapter. Regarde-moi, quand un cocktail ne se vend pas, je l’enlève de la carte.
Que répondre à ça ? Je suis triste, simplement.

Décroissance @1

Mongolie 1998Le thème de la décroissance est « à la mode ». Discuté, attaqué, défendu… il est au cœur de divers débats mêlant économie, écologie, critique sociale, position politique et j’en passe. Je m’intéresse à cette notion, mais plus encore à ce qu’elle peut inspirer comme comportement et comme réflexions. La décroissance est souvent caricaturée par ses défendeurs comme par ses détracteurs. Cela notamment à cause du point de vue sur la croissance comme progrès…
Pour comprendre un peu mieux ce que ce terme peut porter, je renvoie à une vidéo où Cécile Duflot explique l’expression sur le site d’Arrêt sur images dont j’ai déjà parlé. Le site recense aussi les reportages télévisés où sont présentés des « décroissants ». La plupart sont hyperréducteurs, présentant des personnes vivant sous des yourtes en faisant du compost et utilisant des toilettes sèches. Je trouve ce choix courageux et noble. Tenter de vivre selon des principes simples mais pas simplistes, de chercher sa voie suscite ma sympathie sans mépris. Dormir sous une yourte est très agréable, mais personne ne vante la yourte pour tous. D’ailleurs, cette façon de vivre n’est qu’une façon extrême de prendre  en compte  la décroissance.
Cela m’a rappelé mes deux voyages en Mongolie. En ce pays traditionnellement centré sur le nomadisme, l’hospitalité est une vertu essentielle. Or, le tourisme a fait beaucoup de mal, notamment le comportement des Occidentaux, en particulier des Français. En effet, ils ont confondu hospitalité et gratuité, squattant sans trop de scrupules, s’invitant sans vergogne. J’avais rencontré des Mongols devenus méfiants.
Beaucoup étaient aussi hélas devenus sédentaires dans des conditions déplorables. Ah, le mirage de la croissance !….

Miam ! @2

La poulette au chocolat ?!Dimanche de Pâques, l’émission On va déguster sur France inter est consacrée au chocolat. En début d’émission, il y a quelques informations diverses discutées. Elvira Masson évoque un classement international, le World’s 50 Best Restaurants. Elle s’agace qu’il y ait un classement à part pour la meilleure femme chef, demandant pourquoi cela devrait être le cas. Le présentateur la taquine alors sur le thème qu’elle n’est donc pas féministe.
Mais, au contraire, car plus encore, ce qui la scandalise est qu’au classement général, Anne-Sophie Pic, chef mise en avant, est à la… soixante-septième place ! La chroniqueuse trouve cela condescendant, genre « Vas-y ma fille, accroche-toi, tu vas y arriver un jour ». C’est vrai que cela donne un peu l’impression d’une médaille en chocolat !
Elle ajoute qu’il y a eu une remise des prix à Londres et que l’on peut voir cette Française venir prendre le sien. Le présentateur de l’émission François-Régis Gaudry ajoute alors « J’aurais été elle, je serai restée chez moi. »
Cela m’a fait plaisir d’entendre cet échange. Oui, le féminisme ne peut accepter la condescendance et les classements à part visant à démontrer au fond la domination masculine et la petite place accordée aux femmes. Paradoxalement, en haute cuisine, il s’agit d’autant plus de montrer que si la femme est bonne pour la popote, elle n’est pas assez douée pour la haute voltige culinaire.
Mais serais-je restée chez moi ? Anne-Sophie Pic s’est-elle déplacée de Valence parce que c’est tout de même une reconnaissance internationale ? Parce qu’il y a des enjeux économiques ? Parce qu’elle n’a pas vu le mal à cette différence ? Tout simplement parce que ça lui faisait plaisir ? Quelques soient ses raisons, il n’y a aucun lieu de les juger négativement. Je pense que je serais restée chez moi, mais il faut dire que c’est le seul endroit où on évalue généralement ma cuisine.
Bon, d’ailleurs, j’y retourne, car cette émission donnait de très bonnes recettes dont une de panna cotta sauce chocolat de Rosalba de Magistris, qui a travaillé avec de grands chefs, donne des cours, écrit des livres, bref une sacrée bonne femme, enfin plutôt comme dirait Cécyle alias Cy Jung, une sacrée poulette (en chocolat).

PS : pour les gourmets, la recette de panna cotta est sur le site avec quelques autres…

Course @4

Dossard humarathonIsabelle, à l’occasion d’un semi-marathon, s’interroge sur le fait de savoir si payer un coureur à pied revient à exploiter son corps (« Course @3 »)… Le sujet est vaste et, en ces temps où l’on envisage de passer à l’amende les clients des prostituées, va-t-on enfin voir les stades de foot se vider au motif que payer pour voir le corps d’un athlète en mouvement est une activité d’inspiration prostitutionnelle.
Je pousse le bouchon un peu loin, bien sûr ! Mais j’aime bien ! Je continue donc. Dès que l’on exploite la force de travail, physique ou intellectuelle, on exploite le corps. Et si l’on reprend la définition du Petit Robert de « prostitution », « Le fait de « livrer son corps aux plaisirs sexuels d’autrui, pour de l’argent » (Dalloz) et d’en faire métier; l’exercice de ce métier ; le phénomène social qu’il représente. », il faut reconnaître que sauf à prouver qu’ils bandent et jouissent juste en regardant courir les stars de leur ballon, il va être compliqué de verbaliser les supporters du PSG. Dommage.
Ceci étant, d’autres cas ont occupé les tribunaux, en matière d’exploitation du corps. Je pense principalement au « lancer de nains ». Oui, cela existe. On prend un nain et hop ! on le lance, à main nue le plus loin possible, ou plus drôle encore, avec un canon. Au nom de la « dignité humaine », ces lancers ont été interdits. Et les nains volants ont protesté : ils y ont perdu leur gagne-pain. Je ne sais plus quel est le fin mot de l’histoire mais ce n’est pas très important car la question revient à celle posée par Isabelle : le consentement est-il suffisant pour rendre l’exploitation du corps acceptable ? Et que vaut ce consentement quand il est motivé par la survie économique, sociale ou même affective ?
Je n’ai évidemment pas les réponses à ces questions mais les poser est déjà important. Merci Isabelle !

Entendu @2

Plus de 25 ans / SeniorDans l’optique de reprendre des études, j’ai passé un test pour intégrer une école accessible avec le bac. Le public était essentiellement composé de jeunes bacheliers commençant leurs études supérieures.
J’étais très détendue, au milieu d’une foule de jeunes et de moins jeunes, assez stressés. Quand j’étais dans ces mêmes lieux, il y a quinze ou vingt ans de ça, je n’en menais pas large non plus…
Juste avant de monter, derrière moi je surpris cette conversation :
— Putain, y a des 25 ans qui passent le test !
— C’est hallucinant !
Pourtant, arrivée au quatrième étage, au sein d’un flux composé de personnes bien plus proches de la majorité que moi, je vis une autre femme d’une quarantaine d’années qui attendait. Quelques minutes avant l’entrée en salle, elle commença à faire mine de descendre, puis se retourna pour un dernier « Delphine, tu as bien ta convocation et ta carte d’identité ? »
Vérification faite dans la salle, les autres de mon âge étaient… des parents de candidats restés en bas !
Je n’ai jamais été aussi à l’aise pour passer une épreuve, c’est bien parfois d’avoir quarante ans…

Course @3

Dossard humarathonJ’ai participé à un semi-marathon où étaient annoncés un départ pour les femmes et un départ pour les hommes. J’ai déjà eu droit à des courses avec tee-shirt rose ou bleu (devinez pour qui), alors…
Toutefois, j’étais étonnée, car je ne voyais une arche pour l’arrivée et une, pas deux, pour le départ. Je regarde mieux, sur l’arche marquée « Départ » est précisé : hommes. Je m’adresse alors à un bénévole qui m’explique en me montrant cette arche que les hommes partiront d’un côté et les femmes de l’autre. Il me précise qu’il n’y a pas de départ séparé, car il y a peu de femmes.
Il en vient à me parler des meilleurs coureurs, en précisant qu’il y a des femmes qui sont quasiment aussi rapides que les hommes. Puis, il précise que les Kenyans et Éthiopiens participent pour de l’argent, car cela leur permet de gagner suffisamment quelques années pour vivre ensuite de leurs gains. Il précise que quand même c’est mieux pour les femmes que d’avoir à se prostituer. Certes, ce n’est pas une prostitution classique avec client, rapports intimes, etc., mais ce sont des gens qui travaillent avec leur corps, l’éprouvent, le poussent à des limites pour le spectacle et les résultats à aller montrer de par le monde. À cette course, un de ces professionnels a franchi la barre de l’heure, est-ce vraiment lui qui en tire gloire ou plutôt les organisateurs ? Lui, en tire de l’argent et sans doute une meilleure réputation pour se vendre ailleurs. Les organisateurs en tirent un retentissement médiatique, sinon ils ne mettraient pas autant d’argent dans les sommes offertes aux premiers.
Que l’on apprécie ou pas le système, il faut honnêtement considérer que c’est une façon d’exploiter le corps des autres, avec leur consentement et sans doute mieux pour eux que la guerre, l’usine ou la maison de passe.
Et notre arche de départ alors, qu’indique-t-elle ? Que les femmes sont soit putes, soit coureuses… comme les hommes ?

Pucer @4

Quelques jours après « Pucer @3 », je croise de nouveau mon gardien. Nous évoquons l’état de saleté de l’escalier où l’on trouve tous les jours des mégots, des canettes, des restes de repas et des mares d’urine. Urine animale ou humaine ?
Nous penchons tous les deux vers la première hypothèse. Mais comment savoir de quel chien il s’agit ?
— Vous pouvez demander la pose d’une nouvelle caméra, monsieur R ?
— Madame Djoung !
— Je pensais d’ailleurs aller acheter une bombe de peinture chez Brico. Du rouge, ce serait pas mal, non ?
— Madame Djoung ! ne faites pas ça !
— C’est si simple, je tends le bras et hop ! Plus de caméra.
[Il rit.]
— Vous n’y arriverez pas, vous ne la voyez même pas la caméra !
— Je viserai au hasard au dessus de la porte !
— Madame Djoung ! vous allez en mettre partout ! Et puis, vous en serez couverte de rouge après, on saura que c’est vous.
Y a pas, je l’adore !

Incyclicité @2

Canal de l'OurcqL’autre jour, j’ai assisté à la fin d’une altercation entre un piéton et un cycliste. Il y a actuellement des travaux le long du canal de l’Ourcq et le quai est encombré. Le passage des piétons est contraint par des barrières de chantier qui délimitent un cheminement sur plusieurs centaines de mètres. Il est précisé à chaque bout avec des panneaux que c’est interdit aux cyclistes, qui peuvent circuler sur la chaussée dans un sens, faire le tour ou prendre leur vélo à la main. C’est le plus intelligent, car le passage est très étroit et un peu périlleux en vélo, surtout pour croiser quelqu’un. C’était le même cas avec d’autres travaux, où il est précisé « Cyclistes, pieds à terre ». À chaque fois, des cyclistes empruntent quand même en selle ces passages.
Je commençais en annonçant que j’ai assisté récemment à une altercation. Un piéton reprochait à un cycliste d’emmerder les autres en ne tenant pas compte d’eux. Le ton est monté et le cycliste en est arrivé à traiter le râleur de « facho ». J’étais atterrée, non seulement du culot de renvoyer à l’autre une agressivité qu’il déclenche par son attitude de violence vis-à-vis de ceux qu’ils méprisent ainsi, mais en plus par l’insulte jaillissant de façon totalement aberrante et déconnectée du sens même du mot. Je comprends que l’on puisse être énervé, voire que l’on réagisse agressivement quand on est en faute et que l’on a du mal à l’admettre, que l’on s’emporte, mais jusqu’à ce point, ça je ne peux pas le comprendre.