Caviardage @1

Un article du Progrès de Lyon du 13 janvier 2011 me donne l’occasion d’aborder la question des chanteurs dont les textes comportent des propos homophobes et sexistes ; les deux vont souvent de pair. Le Progrès écrit « Le festival Paroles et Musiques reprogramme au Zénith les rappeurs coupables de propos homophobes et interdits de concert en octobre dernier à St-Etienne. »
Ce texte est parfait pour ma démonstration. Que dit-il ? Que Sexion d’assaut serait « coupable » (de propos homophobes). Je m’interroge : le groupe a-t-il été poursuivi et condamné par un tribunal ? Sauf erreur de ma part, ce n’est pas le cas. Alors qui les déclare « coupables » ? Vous ? Moi ? Un directeur de salle de spectacle ? Une association LGBT ? Et qui, dans la foulée, « interdit » ?
Imaginons… Je décide de me mettre à la chanson. Je chante des chansons qui disent que l’hétérosexualité est une injure à l’humanité en ce qu’elle opprime les femmes, que l’homosexualité est la seule sexualité possible pour s’extraire de la barrière génitale et réduire les violences conjugales, que…, que des choses que j’ai pu déjà écrire ou proclamer depuis plus de dix ans. J’organise un concert — « que les filles soient nues et se jettent sur moi », Bonheur ! — et là, le directeur de la salle, sous la pression d’associations familliaslites et papistes qui crient à l’hétérophobie primaire, ce que je revendique, interdit mon concert. Qu’en pensez-vous ? Qu’en penseront les associations LGBT ? Allez-vous, avec elles, vous mobiliser pour le respect de la liberté d’expression et de création ?
Je l’espère car c’est bien de cela dont il est question. La liberté d’expression est, dans notre système de droit, une liberté fondamentale et seul le législateur peut définir les « abus de la liberté d’expression » ; il le fait quand il pénalise les « incitations à la haine », homophobe, par exemple. Et il dévoue au juge, et au juge seul, le droit de sanctionner ces « abus de droit ». Et quand on demande à une personne privée de sanctionner de tels abus sans passer par une décision de justice, on ne fait rien d’autre que de préconiser le recours à l’arbitraire ; on crée des précédents et on permet, à terme, que la censure s’applique à nous-mêmes parce qu’il y aura forcément un jour où notre opinion et notre création ne seront pas « les bons ».
Alors oui, il nous appartient de dénoncer les propos homophobes et il appartient à nos associations en capacité juridique de le faire de poursuivre leurs auteurs si l’on considère qu’ils ont enfreint la loi. Mais non, ne faisons pas justice nous-mêmes. Défendons la liberté d’expression, partout, pour tous et faisons confiance à la justice de notre pays pour faire son travail. Ces libertés-là, il faut les défendre, même quand cela ne nous arrange pas ; il en va du monde dans lequel on souhaite vivre.

 

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