Gentil @1

Je suis sans doute la dernière personne à être habilitée à parler de « regard » mais je m’y colle tant les propos du président de l’Armée du Salut, dans Le Parisien du 6 janvier 2011 me paraissent décalés par rapport à mon vécu de Parisienne et de bigleuse. Son propos est de nous inviter à regarder les personnes sans-domicile dans les yeux, parce qu’« un regard d’amour, de compassion (…) cela vaut peut-être plus qu’une pièce. (…) il signifie à l’autre qu’il existe, il prend en compte la personne. »
Certes mais… Je ne me sens pas de « regarder dans les yeux » quelqu’un qui ne s’adresse pas à moi directement, quelqu’un qui passe ou stationne pour faire la manche. Je crois que j’aurais peur que ma compassion et mon amour — je suis membre de David et Jonathan, ne l’oublions pas — ne soient vécus comme une agression. Je le crains d’autant plus que je ne maitrise pas mon regard pas plus que je n’ai véritablement accès à celui des autres. Il me semble pourtant que les cas sont nombreux où il est préférable de baisser les yeux, ne pas regarder justement, parce que la détresse de l’autre n’a d’autre moyen d’expression qu’une violence qui nous met en danger.
Cette proposition du président de l’Armée du Salut me rappelle une réflexion de Sarah lors de la Canicule, quand le Premier ministre nous avait expliqué que si chacun de nous avait pris soin d’une personne âgée, il y aurait eu moins de morts. Outre qu’elle relevait le caractère fondamentalement culpabilisant de cette injonction gouvernementale, elle faisait par ricochet remarquer que la responsabilité collective n’est pas égale à la somme des responsabilités individuelles et que, sans nous désintéresser de la vie sociale, chacun ne pouvait tout faire, par manque de temps, de moyens, ou tout simplement par défaut d’envie.
Autrement dit, nous avons tous nos « œuvres sociales » et celle de l’Armée du Salut est de s’occuper des SDF et certainement pas de juger de nos regards, souvent guidés par les circonstances et non par les cœurs de pierre que l’on nous attribue dès que nous n’exprimons pas expressément notre solidarité face aux misères qui frappent le monde. Cœur de pierre… Ah ! monsieur l’abbé. Pardonnez-moi ; votre appel est toujours d’actualité et je le relaie volontiers à défaut de sourire à tous celles et ceux que je croise dans la rue, SDF ou pas, quelle qu’en soit la raison, quel que soit l’amour ou le non-amour qui est dans mon cœur.

Note : Pardonnez le silence d’Isabelle, elle est en villégiature même si son TGV a eu du mal à la mener à bon port. Ah ! le regard dans les yeux du dossier du siège de devant : si seulement cela pouvait faire avancer les trains ; c’est Guillaume Pepy qui serait content.

 

1 commentaire pour Gentil @1

  • Isabelle

    Le TGV qui me menait à Genève a à un moment fait marche arrière (si, si, c’est ça la haute technologie) pour finalement passer par Culoz, dont j’ignorais jusqu’à présent l’existence. Pile une heure de retard, à la minute près : bravo !

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