Écrivaine @1

À l’occasion de son Renaudot, Virginie Despentes a déclaré au Télégramme (de Brest) le 10 octobre 2010 : « Il me semble qu’il est plus facile d’être un écrivain lesbien. Les grands écrivains femmes, Beauvoir, Sagan, Yourcenar, étaient bi ou homosexuelles. Ça ôte un poids énorme, celui de la séduction, du regard des hommes. On se sent plus libre. En tout cas, c’est ce que je ressens, mais il faudrait que je creuse plus la question. »
On se doute que cette réflexion m’interroge. Quand j’ai écrit les premières scènes érotiques de Once upon a poulette, je me souviens avoir craint le regard des hommes sur les parties érotiques du texte ; je ne voulais justement pas que leur désir trouve de quoi s’alimenter dans mes textes tant je pense que la sexualité lesbienne n’a rien à voir avec l’image que les hétéros en fantasment.
Est-ce en écho à cette précaution que j’ai voulu prendre que mon écriture du désir lesbien est reconnue comme si particulière ? J’y construis un désir et un plaisir féminin autonome, sujet de la phrase, en espérant qu’ils ne seront jamais pur objet pour autrui. L’intention ne m’a jamais quittée même si aujourd’hui elle est plus de l’ordre de la revendication que de la simple défense. Il n’empêche que le fantasme des hommes sur la sexualité lesbienne reste pour moi une agression, et que la sexualité lesbienne demeure mon sujet principal d’écriture.
Écrire sur d’autres sujets me permettrait-il de m’affranchir ? Encore faudrait-il que j’en aie envie… de m’affranchir ? Oh ! misère.

 

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