Archives mensuelles : janvier 2011

Clope @1

Je suis allée ce matin acheter des cigarettes pour Pascale qui peine à sortir quand il fait froid. Elle voulait une cartouche de « XXXX », les blondes les moins chères du marché. Je sors un billet de 50 que le distributeur venait de me donner, ravie de pouvoir le casser.
— 54 euros, s’il vous plaît !
Mazette ! J’ai bien fait d’arrêter de fumer ! Cela fait sept ans, trois mois et quelques jours. Je respirais mal ; mon cœur en souffrait. Mais c’est une augmentation du prix qui m’a décidée, du jour au lendemain. Un mois de patch. Du sport. Des cure-dents. Des bonbons sans sucre. Et un réseau amical qui m’a toujours soutenue.
Je n’ai jamais repris et ma prochaine cigarette est programmée pour le jour de mes 80 ans. J’aurai alors économisé, au cours d’aujourd’hui (à consommation et prix constant), autour de 80.000 euros… et j’espère quelques années de vie, surtout quelques années à mieux respirer et à me sentir plus légère.
Merci Pascale de m’avoir envoyée acheter tes cigarettes ! J’aime tous les encouragements à ne pas fumer car je sais que je suis une fumeuse qui ne fume pas ; une position toujours délicate à tenir.

Corps @1

 

 

 

À mon travail, il y a une salle de sport pour le personnel de l’établissement. Je la fréquente beaucoup, hélas non pas tant pour y transpirer sainement et sereinement, mais parce que je m’occupe de sa gestion. Cela peut aussi faire suer. Lors de travaux dans les vestiaires, j’ai visité le chantier et donc les espaces pour les hommes et ceux pour les femmes. Les deux vestiaires sont en grande partie identiques : un espace commun pour se changer, des douches individuelles fermées, des toilettes, des lavabos, mais il y a une différence notable : dans les vestiaires femmes, une petite pièce fermant avec une porte permet de s’isoler pour se changer. Les rares fois où j’ai fréquenté la salle pour du cardiotraining ou un cours, je n’ai vu personne l’utiliser. Toutefois, j’imagine qu’elle peut servir, ne serait-ce parce que c’est un espace en plus pour s’habiller ou se déshabiller lorsqu’il y a du monde. Il y a tout de même dans l’idée que la pudeur entre femmes a une place qu’elle n’a pas entre hommes. Or, je fréquente d’autres salles de sport où il n’y a pas du tout cet espace d’intimité. Est-ce parce que dans le monde du travail, il a été jugé qu’il pouvait y avoir besoin de cette distance entre femmes ? Je n’ai pas réussi à savoir qui avait conçu cette distribution intérieur, donc je n’ai pas plus d’idée sur ce qu’imaginait son concepteur…

Paris @5

Robin des ruesRentrant d’un dîner, un soir de janvier, je vois sur le trottoir devant le métro un homme assis par terre entouré de trois personnes debout. L’homme est un SDF assis là depuis quelques jours, sur une grille d’évacuation de l’air. Les trois personnes portent le blouson d’une association d’aide aux SDF effectuant une maraude. Le plus souvent, les volontaires se mettent dans ces conditions à la hauteur de la personne à laquelle elles parlent, en s’accroupissant. Là, non. Des trois, une des deux femmes parle avec lui, de haut. Aucun ne sourit, l’un d’eux regarde ailleurs.
Quel sens cela a-t-il ? Pourquoi ces personnes sont-elles volontaires ? Est-ce par un souci d’effectuer des bonnes actions ? L’effet est saisissant pour moi, simple passante. Les maraudes ont permis à la société de s’acheter à bon compte une compassion vis-à-vis de personnes qui le plus souvent n’en veulent pas et avec des solutions politiques inexistantes, comme des pansements. A voir ces bénévoles, le constat s’impose que les pansements se décollent doucement.

Voir aussi Paris @4.

Ailleurs @1

"Storytelling" de Christian SalmonDans son livre passionnant Storytelling, Christian Salmon décrit le storytelling, nouvelle méthode de management appliquée aussi dans le domaine politique.
Un passage est consacré aux call centers en Inde où de jeunes Indiens se voient proposer de très bons salaires locaux pour un travail répétitif sur des lignes d’assistance ou de vente pour des clients américains, donc de nuit en raison du décalage horaire. Ceux-ci n’étant pas censés savoir qu’ils parlent à des étrangers à des milliers de kilomètres, les employés ont des cours pour gommer leur accent, connaître les règles et équipes de football américain, les modes de vie et habitudes aux États-Unis, l’actualité du pays, etc.
Salmon fait remarquer que si l’immigration induit d’avoir le corps dans un pays étranger quand l’esprit et le cœur sont « dans » son pays d’origine, ces jeunes Indiens vivent l’inverse. Une schizophrénie pernicieuse s’installe.
Cette façon de présenter l’acculturation contrainte par le travail est éclairante sur nombre de pratiques du monde professionnel. Sans aller jusqu’à ce changement de peau (au moins dans ce que l’accent peut dire de sa couleur), de nombreuses méthodes de travail impliquent un changement plus ou moins important de personnalité.
De fait, il y a acculturation à sa propre culture en faveur d’une culture d’entreprise, égale le plus souvent à un discours auquel il faut adhérer pour se couleur dans un moule. Il s’agit alors plus de faciliter l’acceptation du fonctionnement et des buts de la société en excluant les trop grandes différences et les points de vue subjectifs liés.
L’ouverture de Disneyland Paris avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque, quant à l’interdiction aux hommes de porter la moustache. La vraie évolution sera-t-elle quand les femmes pourront aussi librement la porter ?

Brosse @1

Je fais du judo, on l’aura compris. Je suis assez discrète sur mon homosexualité, ce sport étant un sport d’étreintes et dans mon club, l’année dernière, il y avait beaucoup d’adolescentes. Cette année, mes partenaires sont essentiellement des hommes et des femmes majeures. Je reste néanmoins discrète mais quand on me demande ce que je fais dans la vie, sauf à mentir, je fais d’emblée mon coming out.
C’est ce qui est arrivé il y a un mois à mon cours du jeudi. Dans les vestiaires des filles, la seule judoka présente avec moi me demande quel est mon travail… « Et tu écris quoi ? » ; « Et tu es publiée ? » « Et c’est quoi ton éditeur ? »
— Les éditions gaies et lesbiennes.
Voilà, c’était dit. Mon interlocutrice s’est tue, gênée. J’ai pris soin depuis de bien tourner le dos quand elle se déshabille, de ne pas aller la chercher comme partenaire, de la laisser revenir tranquillement. Ce qu’elle a fait. La gêne s’est dissipée de cours en cours. Et, la semaine dernière, depuis la douche, elle crie : « Tu as une brosse à cheveux ? »
Ouf ! me voilà redevenue une femme comme une autre. Avec ce que j’ai de cheveux sur la tête, c’est un exploit.

Paris @4

En cherchant le mot « maraude » dans le dictionnaire, me demandant combien de sens il y a, je pensais à ces opérations destinées à aller voir les SDF pour leur proposer de les accompagner à des lieux d’accueil où dormir, se laver, manger. J’ai été stupéfaite de lire les définitions, car je n’avais jamais rapproché la maraude humanitaire avec le verbe « marauder » et son substantif « maraudeur ». Les définitions successives pour « maraude » donnent ainsi « Vol des produits de la ferme » puis « Patrouille, ronde de recherche », ajoutant que « spécialement » le terme est employé pour la « patrouille de recherche et d’hébergement de personnes sans domicile fixe ».
Je ne sais pas qui a introduit le terme dans le langage courant pour ce dernier sens. En tous les cas, sans doute que la notion de patrouille prévalait. Toutefois, le terme de maraudeur est suffisamment présent dans le langage ordinaire pour ne pas être considéré comme inusité. Mon étonnement est d’autant plus grand et ne passe pas.

Plastique @2

Blog Pièces jaunesAprès les cours qui permettent aux femmes à « marcher sur des talons » et à « s’effeuiller », être des « vraies femmes » (voir Plastique @1), en quelque sorte, voici le coach qui vous aide à faire votre coming out. Sur son site, il détaille sa démarche et ses bienfaits et, en cherchant bien, indique que le prix de sa prestation sera communiqué… « lors de la première séance », « la question d’argent ne devant, bien sûr pas être un frein à votre cheminement. »
Ah ! la rémunération des professionnels de l’être, ce douloureux problème.

Note : Inutile de vous communiquer l’adresse de ce coach — oh ! que j’ai envie de mettre des guillemets —, je ne souhaite ni faire sa publicité, ni sa contre-publicité.

Caviardage @2

Chantal GoyaVoyant des affiches pour un spectacle de Chantal Goya il y a quelques jours, je repensais à un de ses grands titres. Dans le refrain, il est question d’un lapin tuant un chasseur avec un fusil. Chantal Goya chantait avec un acolyte déguisé en lapin, comme une grosse peluche dansante.
J’ai retrouvé les paroles. La notion au cœur de l’argument justifiant cette « histoire inventée » est la justice. Quand les chasseurs crient « à l’injustice (…) à l’assassin », il est dit « comme si c’était justice quand ils tuaient le lapin ».
Que pourrions-nous dire de cette chanson ? La notion de la justice mise en avant est celle du justicier, donc est totalement en dehors de la justice légale. N’est-elle pas une incitation au meurtre ?
Il est frappant que personne ne se soit levé contre l’apologie de la violence et sa légitimation, avec le biais de considérer sur le même plan l’animal et l’homme. Même si je n’ai pas spécialement d’affinité avec la chasse, et a fortiori avec les chasseurs, je ne suis pas végétarienne. Je préfère encore des chasseurs œuvrant pour manger leur trophée sans chercher à faire souffrir les animaux à des éleveurs ou bouchers en traitant et abattant dans des conditions telles que la souffrance inutile ne pèse rien face à des intérêts économiques.
Je ne sais pas si aujourd’hui des associations de protection de l’enfance ou des droits de l’homme s’élèveraient contre cette chanson pouvant amener de jeunes enfants à considérer avec bienveillance l’homicide volontaire au nom de la vengeance. Cécyle a raison quand il s’agit de défendre le droit d’expression, donc plus encore qu’espérer que des groupes de censeurs s’agitent, j’espère que les parents pourraient prendre en considération ce qu’ils inculquent à leurs enfants sous couvert de divertissement.
En écho avec les associations diverses s’insurgeant de ce qui est dit, chanté, écrit, ne peut-on pas souhaiter plutôt que des artistes arrivent à allier création artistique de qualité et militantisme. Foin de films ou chansons à thèmes, j’aspirerai plutôt à offrir à des enfants des chansons où il n’est pas tant question de propos revendicatifs que d’amour sans étiquettes de genre. De nouvelles « fabulettes » ? J’espère que je ne fabule pas tant que ça…

Caviardage @1

Un article du Progrès de Lyon du 13 janvier 2011 me donne l’occasion d’aborder la question des chanteurs dont les textes comportent des propos homophobes et sexistes ; les deux vont souvent de pair. Le Progrès écrit « Le festival Paroles et Musiques reprogramme au Zénith les rappeurs coupables de propos homophobes et interdits de concert en octobre dernier à St-Etienne. »
Ce texte est parfait pour ma démonstration. Que dit-il ? Que Sexion d’assaut serait « coupable » (de propos homophobes). Je m’interroge : le groupe a-t-il été poursuivi et condamné par un tribunal ? Sauf erreur de ma part, ce n’est pas le cas. Alors qui les déclare « coupables » ? Vous ? Moi ? Un directeur de salle de spectacle ? Une association LGBT ? Et qui, dans la foulée, « interdit » ?
Imaginons… Je décide de me mettre à la chanson. Je chante des chansons qui disent que l’hétérosexualité est une injure à l’humanité en ce qu’elle opprime les femmes, que l’homosexualité est la seule sexualité possible pour s’extraire de la barrière génitale et réduire les violences conjugales, que…, que des choses que j’ai pu déjà écrire ou proclamer depuis plus de dix ans. J’organise un concert — « que les filles soient nues et se jettent sur moi », Bonheur ! — et là, le directeur de la salle, sous la pression d’associations familliaslites et papistes qui crient à l’hétérophobie primaire, ce que je revendique, interdit mon concert. Qu’en pensez-vous ? Qu’en penseront les associations LGBT ? Allez-vous, avec elles, vous mobiliser pour le respect de la liberté d’expression et de création ?
Je l’espère car c’est bien de cela dont il est question. La liberté d’expression est, dans notre système de droit, une liberté fondamentale et seul le législateur peut définir les « abus de la liberté d’expression » ; il le fait quand il pénalise les « incitations à la haine », homophobe, par exemple. Et il dévoue au juge, et au juge seul, le droit de sanctionner ces « abus de droit ». Et quand on demande à une personne privée de sanctionner de tels abus sans passer par une décision de justice, on ne fait rien d’autre que de préconiser le recours à l’arbitraire ; on crée des précédents et on permet, à terme, que la censure s’applique à nous-mêmes parce qu’il y aura forcément un jour où notre opinion et notre création ne seront pas « les bons ».
Alors oui, il nous appartient de dénoncer les propos homophobes et il appartient à nos associations en capacité juridique de le faire de poursuivre leurs auteurs si l’on considère qu’ils ont enfreint la loi. Mais non, ne faisons pas justice nous-mêmes. Défendons la liberté d’expression, partout, pour tous et faisons confiance à la justice de notre pays pour faire son travail. Ces libertés-là, il faut les défendre, même quand cela ne nous arrange pas ; il en va du monde dans lequel on souhaite vivre.